PROFESSION CHASSEUR D'HERITIERS
Novembre 2006
"En annonçant à une femme qu'elle allait hériter de son père, je lui ai appris du même coup qui il était"
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Interview de Jean-Hugues Deschard qui nous éclaire sur la profession étonnante qui est la sienne : généalogiste successoral, autrement dit… chasseur d'héritiers. |
En droit français, il est possible d'hériter jusqu'au 6ème degré de parenté, soit jusqu'aux cousins dits " issus de germains ". Lorsqu'au décès d'une personne, un notaire n'a pas connaissance de ses héritiers, il fait appel à un spécialiste pour les retrouver. S'ils sont identifiés, le chasseur d'héritier perçoit une part de l'héritage. Si, en revanche, les recherches s'avèrent vaines, l'héritage finira par être versé à l'Etat.
Jean-Hugues Deschard, 44 ans, exerce dans la région nantaise cette profession libérale depuis 19 ans au sein d'une étude.
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| Jean-Hugues Deschard, chasseur d'héritiers depuis 19 ans. Photo © Jean-Hugues Deschard |
Chasseur d'héritiers, est-ce une profession récente ?
Pas du tout. Le cabinet Andriveau pour lequel je travaille est le premier à avoir développé la profession et il a été fondé en 1830. Cette date correspond au développement de l'industrialisation et donc de l'exode rural, facteur important de dispersement des familles dans tout le pays.
Qui sont les héritiers que vous recherchez ?
Il y a une vingtaine d'années, les recherches concernaient principalement les héritiers des 5 ou 6ème degrés. Aujourd'hui, pour un tiers de nos dossiers, il s'agit de retrouver la famille proche. Frères, sœurs ou même enfants…Dans la majorité des cas, la famille s'est disloquée en raison de fâcheries. Les déménagements successifs de chacun, les remariages sont également des facteurs d'éloignement. Et la maison de campagne familiale où chacun avait l'habitude de se retrouver chaque année se fait de plus en plus rare…
Certains cas vous ont-ils particulièrement marqué jusqu'ici ?
Oui, par exemple un jour, en annonçant à une femme qu'elle allait hériter de son père, je lui ai appris du même coup qui il était. Cette personne avait été placée à la DDASS dès son plus jeune âge et n'avait jamais connu sa véritable identité.
Elle était tellement émue...
Avez-vous un accès à des informations spécifiques pour effectuer vos recherches ?
| "Les généalogistes ont une autorisation du procureur de la République pour consulter l'état-civil de moins de cent ans" |
Les généalogistes ont une autorisation du procureur de la République pour consulter l'état-civil de moins de cent ans, normalement inaccessible. Si cet outil est le plus important, nous nous aidons aussi des recensements de population, des déclarations de successions, des listes électorales… Nous travaillons beaucoup dans les mairies et archives départementales. Il faut noter que depuis le boom de la généalogie, les recherches des non-professionnels sont de plus en plus fréquentes. Malheureusement pour nous, les administrations ont du coup tendance à durcir de plus en plus l'accès aux documents. Mais il y a aussi de bons côtés à cette généralisation de la recherche. Les archives départementales ont par exemple été modernisées pour être plus accessibles au grand public, et on en profite également...
Vos recherches vont-elles au-delà des sources administratives ?
Oui, nous travaillons aussi sur le terrain en interrogeant par exemple d'anciens voisins ou en arpentant les allées des cimetières. La succursale de l'étude où je travaille couvre sept départements de l'ouest. Je fais jusqu'à 4000 km par mois !
Un héritier a trente ans pour se manifester, limitez-vous vos recherches dans le temps ?
Non, tant que nous n'avons pas trouvé l'ensemble des héritiers, nous continuons la recherche. Certains dossiers s'élucident en un coup de fil, d'autres en plusieurs années… L'étude Andriveau traite environ 2000 successions par an sur toute la France et la succursale de Rennes-Nantes où je travaille sous la direction de Monsieur Benoist Paris, directeur régional, environ 120. En principe nous retrouvons la totalité des héritiers pour chaque dossier ! La difficulté de la recherche varie selon la localisation géographique des héritiers. Plus ils sont dispersés en France ou encore à l'étranger, plus c'est difficile et long. De la même façon, il est plus compliqué de retrouver les femmes que les hommes, ces derniers étant au moins forcément référencés dans les archives de l'armée.
Comment devient-on chasseur d'héritiers ?
Il n'y a pas de voie classique. Si comme moi, beaucoup ont fait des études de droit et d'histoire, les ficelles de la profession se transmettent de générations en générations de généalogistes.
Après 19 ans d'expérience, le métier vous plait-il toujours autant ?
Quand j'étais étudiant, ma fac de droit à Rennes était voisine des archives départementales. J'ai fini par y entrer un jour "pour voir"… et j'ai ainsi attrapé le virus de la généalogie qui ne m'a jamais quitté. Je souhaite pouvoir continuer à l'exercer dans les meilleures conditions, tout en restant dans cette bonne ville de Nantes.
Quelles sont les réactions des héritiers que vous retrouvez ?
En général, les héritiers ne croient pas ce que je leur annonce. Ils sont d'abord très méfiants. Et puis souvent ensuite les gens veulent savoir combien… avant de savoir de qui ils héritent…
En savoir plus www.andriveau.com
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