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Octobre 2006
« Avec les Utopiales, beaucoup d'a priori sur la science-fiction tombent »
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Interview de Pierre Bordage, écrivain de science-fiction à succès et président de la septième édition des Utopiales, festival international du genre qui se déroule à Nantes du 2 au 5 novembre. |
Cinéma, littérature, bande dessinée, arts plastiques, jeux, science, nouvelles technologies… Le festival International des Utopiales amène à découvrir la science-fiction dans sa plus grande diversité. L'écrivain Pierre Bordage, l'un des maîtres du genre, en est le président depuis 2001.
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A 51 ans, Pierre Bordage vient de terminer une trilogie fantasy historique inspirée notamment de la région.
Photo © Crédit Pierre Bordage |
Qu'est-ce qui vous a donné envie de renouveler cette année encore votre présidence des Utopiales ?
La science-fiction m'apporte beaucoup, alors il me semble normal d'essayer de lui redonner quelque chose aussi... Et puis je suis très attaché à la ville de Nantes, j'habite dans le département et je suis né non loin, en Vendée.
Le festival est placé cette année sous le thème de "L'Invasion vient de Marx", pourquoi ce choix ?
Nous avons eu envie d'explorer la science-fiction de l'Est car elle est assez méconnue. En plus, à travers ce thème, on aborde une question bien contemporaine qui est celle de la peur de l'autre. Qui est celui qui est derrière le rideau, qui est celui qui vient d'un autre univers que moi ?
Quoi de neuf pour l'édition de cette année ?
L'équipe de la direction artistique est nouvelle. Si l'esprit reste dans la continuité des éditions précédentes, vous verrez certains changements. Par exemple, les tables rondes ne se déroulent plus simultanément mais se succèdent. L'aspect festif du festival est également plus développé, notamment le soir.
Quelle est la rencontre que vous attendez avec le plus d'impatience ?
Les Utopiales ont notamment le grand intérêt de faire venir des auteurs de tous les continents. La science-fiction est souvent cantonnée aux anglo-saxons alors que la production européenne est très riche et offre une vision différente du genre. Cela me fait chaque année très plaisir de rencontrer des auteurs autrichiens, finlandais… et que le public puisse aussi les connaître !
A quand remonte votre propre rencontre avec la science-fiction ?
C'était en première année universitaire à Nantes. Un professeur de littérature comparée m'a amené à lire "Les chroniques martiennes" de Ray Bradbury. Ce fut la révélation...
Pensez-vous que des personnes sont conquises par la science-fiction à l'occasion de ce festival ?
Une grosse partie du public vient au festival attirée par la programmation cinématographique. Arrivés sur place, les visiteurs sont ensuite très étonnés de découvrir également la diversité et l'ampleur de la littérature. Avec le festival, beaucoup d'a priori sur la science-fiction tombent.
| "La fantasy a le vent en poupe depuis une dizaine d'années" |
Quels a priori ?
Notamment que la science-fiction serait une littérature pour ados, peuplée seulement de robots et de martiens. Les gens approchent la science-fiction par les grands succès du cinéma, les pubs, les jeux vidéos. Il faut se méfier de la quincaillerie futuriste... Ce festival est l'occasion d'aller plus loin, en leur montrant qu'au-delà de l'aspect merveilleux, la science-fiction engage une réflexion globale sur l'homme, son présent et les conséquences de ses actes sur son futur.
Comment le genre évolue-t-il depuis quelques années ?
Si on parle de l'imaginaire en général, la fantasy a le vent en poupe depuis une dizaine d'années. Ce genre met en scène des mondes merveilleux et médiévaux où la magie est la règle de base et les archétypes tels que le prince, la fée ou encore la sorcière, sont largement repris. On retrouve ce type d'imaginaire dans "Le Seigneur des Anneaux" par exemple.
Pourquoi ce succès ?
Cet engouement s'explique par le fait que notre époque est très angoissée par le présent. Les archétypes de la fantasy rassurent alors les lecteurs. C'est une tentative de se rapprocher des mythes originels. La science-fiction au contraire les angoisse. Ce genre part de présupposés scientifiques, par exemple le réchauffement climatique ou la diminution de l'eau pour en pousser à fond les conséquences. Ce qui aboutit évidemment à des images catastrophiques du futur. Pourtant, la science-fiction est surtout un avertissement…
Et du côté des nouvelles tendances…
Je pense que nous allons vers un éclatement des genres. Les jeunes auteurs mêlent de plus en plus l'anticipation au polar, au thriller ….
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L'affiche des Utopiales de l'édition 2006, festival international de science-fiction.
Photo © Richard Raaphorst 2006 |
Avez-vous déjà pensé à écrire un livre qui n'appartiendrait pas au genre ?
C'est une idée que je n'exclus pas mais qui ne m'attire pas non plus particulièrement. Par exemple, écrire pour le simple plaisir d'écrire ne me tente pas. Je peux apprécier, le style, la musique des mots mais il me manque quelque chose. J'ai besoin d'être happé par un vertige, de rêver, d'entrer dans une nouvelle réalité.
En dehors du festival, sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je viens de terminer ma trilogie " L'enjomineur ". Une grande épopée qui se déroule pendant la révolution entre Nantes, la Vendée et Paris. C'est de la fantasy historique… Avant d'écrire ma première ligne, je me suis documenté quatre mois sur l'histoire de la révolution mais aussi sur les légendes locales comme la Fée Mélusine ou sur des cultes comme celui de Mithra ou du vaudou. Mêler le fantastique à l'histoire, c'est une aventure qui me tentait depuis longtemps.
Serez-vous présent chaque jour aux Utopiales ?
Oui chaque jour et je suis prêt à rencontrer tout le monde !
En savoir plus
Les Utopiales, du 2 au 5 novembre, à la Cité des Congrès de Nantes.
Tarifs : 6 euros, gratuit pour les moins de 10 ans.
www.utopiales.org
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