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INTERVIEW
 
Décembre 2006

"Le lusitanien possède un équilibre exceptionnel"

Thierry Hodiesne est un dresseur de chevaux autodidacte. C'est avec son lusitanien Tilbury qu'il a appris à maîtriser l'art du dressage. Rencontre d'un passionné de la discipline et amoureux de l'univers équestre.

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Avez-vous élevé et dressé Tilbury vous-même ? A quel âge l’avez-vous eu ?

Tilbury est né en 2000 au Portugal et je suis allé le cherché à Bordeaux en 2003. J’ai fait tout son travail d’éducation jusqu’à ses six ans. Je n’ai commencé l’équitation qu’assez tardivement et je suis assez rebelle au "moule" fédéral. J’ai commencé à travailler avec mon cheval seul pendant 4 ans en me servant de ce que m'avait appris Antoine Bancaud, entraîneur de chevaux en attelage et instructeur d’équitation, qui avait la même philosophie que moi. Sue Oliveira, que l’on voit dans le reportage, est depuis peu mon deuxième mentor. Pour moi, le cheval est le reflet du cavalier : Antoine et Sue sont là pour peaufiner ma technique équestre, ils interviennent pour le côté académique. En matière d’équitation, je suis autodidacte et je vais puiser uniquement ce qui me semble intéressant et juste dans le monde équestre. Ma façon de procéder consiste à demander au cheval en attendant sa réponse, non pas en l’exigeant : je garde toujours à l’esprit la sensation et le respect du cheval.

 

Thierry Hodiesne avec Tilbury sur le Salon du Cheval Photo © Romain Bailbé / L'Internaute Magazine
"Je demande une réponse au cheval, je ne l'exige pas."

Faites-vous de la compétition avec votre cheval ou est-ce seulement du loisir ?

Au début, je voulais prouver qu’on pouvait arriver à faire de belles choses par le travail avec un cheval qui n’est pas hors de prix. Les années allant, le plaisir augmentant, j’ai de moins en mois eu envie de participer à ces concours. Je n’ai pas vraiment confiance en moi et je ne voulais pas m’exhiber. Malgré cette appréhension, je réalise par moments, comme cela a été le cas pendant le Salon du Cheval, que mon niveau n’est pas si différent des autres. Mais j’ai toujours envie de garder le côté académique du concours pour réussir mon deuxième combat qui est de montrer que l’on peut arriver à tout avec un cheval en communiquant correctement avec lui.

 

De quelle nature est la relation avec votre cheval ?

Je ne suis pas un professionnel du cheval et j’ai mon métier à côté. Je m'y consacre donc le soir et le week-end. Nous avons une grande complicité tous les deux et une confiance mutuelle : lorsque j’ai commencé son débourrage, je le tenais simplement au licol pendant que je roulais en VTT. Il a une totale confiance car je ne le force pas mais je lui explique les choses. J’essaie seulement d’être alerte puisque c'est un entier qui peut être imprévisible, en présence de juments notamment. Cet accord entre nous se ressent : quand je suis en forme il réagira positivement, au contraire quand je suis fatigué, il a vite tendance à se dissiper. J'ai retrouvé, et je retrouve encore avec le cheval les mêmes sensations qu'en chute libre.

 

Comment récompensez-vous votre cheval ?

Au début, lorsqu’il réussissait une figure, je descendais de son dos, je lui enlevais tout son harnachement et sa selle et je lui laissais entière liberté. Sur des figures poussées, comme le piaffer, on est amenés à récompenser par des gourmandises. Je lui donne donc des amandes qui contiennent du magnésium, ne prennent pas de place et dégagent très peu d’odeur. Mais je compte diminuer les gourmandises pour ne pas trop l’habituer. La voix et les mots avec lesquels on éduque sont également importants. Mais la meilleure récompense, c’est celle du cœur !

 

Confidences. Photo © Thierry Hodiesne

Pensez-vous que la race détermine le caractère ? La relation homme/cheval est-elle plus importante ?

Les pur-sang par exemple sont plus "sur le feu" et s’ils ne comprennent pas quelque chose, leur instinct reprend le dessus et ils optent pour la fuite. Le lusitanien "réfléchit", il est moins instinctif, et donc plus abordable au travail. Mais la comparaison est difficile, étant donné que les lusitaniens ont justement été sélectionnés par l’homme pour leur mental et pour leur faculté de revenir au calme après un exercice difficile.

 

Le cheval lusitanien est-il fait pour le dressage ?

Ne serait-ce que par sa morphologie et sa puissance, oui. Il est naturellement rassemblé, il a des airs (figures de dressage, ndlr) qui lui viennent naturellement et possède un équilibre sensationnel. Il est fait pour le dressage, car est il est constitué bio-mécaniquement dans ce sens là. Non seulement il a une force tranquille mais il part toute en souplesse. En comparaison, j’avais un anglo-arabe qui partait instantanément, sans prévenir.

 

Considérez-vous que le dressage soit une discipline difficile et pourquoi ?

Les disciplines équestres sont très différentes les unes des autres : le saut d’obstacles va demander une force au cheval et une maniabilité pour engendrer des trajectoires courtes. En dressage il faut être patient car on est obligés d’attendre la croissance du cheval afin qu’il soit dans une position morphologique adéquate. Il faut amener, par une gymnastique intelligente, à muscler et assouplir le dos du cheval pour l’aider à supporter le poids du cavalier. Et une fois qu’il est prêt à supporter le poids d’un homme, il faut qu’il soit prêt à céder dans la bouche et dans la nuque, et ...psychologiquement. Le dressage n’a jamais d’aboutissement car on commence par la basse-école, on continue par la haute-école mais au-delà il y a des niveaux exceptionnels comme ceux du Cadre Noir de Saumur de la Haute-école de Vienne et de l'Ecole Portugaise.

 

 

Tilbury en séance de dressage. Photo © Elsa Sidawy / L'Internaute Magazine
"Le lusitanien a des airs qui lui viennent naturellement."

Que conseilleriez-vous à quelqu’un qui a peur des chevaux et qui souhaite monter ?

Ce qui n’est pas assez pris en compte c’est que selon moi, avant de monter, il faut "apprendre" le cheval en liberté, il faut que l’enfant puisse de lui même faire sa propre approche, que de lui même il découvre, par la manière un peu éthologique, comment réagit un cheval. Après cette première approche au sol, une fois que le contact est fait, je conseille de monter sans selle : c’est ce que faisaient certains anciens maîtres et cette façon de faire a malheureusement un peu été oubliée.

 

Avez-vous une anecdote particulière au sujet de votre cheval ?

Quand je suis au sol ou en selle et que mon cheval veut se gratter, il se retourne. A ce moment-là, je l’arrête et je prends le relais pour le gratter. Il en a pris l’habitude et c’est toujours moi qui le gratte quand on est ensemble. Un jour où nous étions dans la même carrière qu’une jument et sa cavalière, Tilbury a voulu faire son intéressant et s’est légèrement blessé en partant dans un rodéo de séduction. Le lendemain quand je suis rentré dans son pré, il s’est mis à galoper en venant vers moi puis a ralenti le pas en boîtant. Comme il me le montre pour se gratter, il m’a ce jour-là montré son antérieur, là où il avait trop tiré la veille : c’était cette fois une façon de me réclamer de l'aide pour un massage ou des soins !



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