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Rencontre
Janvier 2008
"Les animaux de compagnie ne jugent et ne condamnent à aucun moment nos comportements"
Les animaux rendent-ils les gens meilleurs ? Jean-Luc Vuillemenot De nombreuses études conduites à travers le monde depuis 25 ans tendent à démontrer les aspects positifs de la présence des animaux de compagnie auprès de l'Homme. Notamment dans la capacité qu'ils ont à induire des relations entre les personnes, mais aussi pour la faculté qu'ils présentent de susciter des émotions. Et pour être plus précis sur votre question, la particularité majeure est certainement le fait que les animaux de compagnie ne jugent jamais et ne condamnent à aucun moment nos comportements, nos attitudes, nos prises de position et encore moins notre statut social ou notre état physique. Les millions de foyers français qui possèdent un chien ou un chat ont-ils probablement dans leur relation à l'animal le retour d'émotions "positives".
Les individus qui ont grandi avec un animal de compagnie ont-ils développé des qualités que n'ont pas ceux qui n'en ont pas eus ? Il y a autant de situations différentes que de maîtres. Cela étant, il est souvent constaté une empathie plus visible chez les maîtres. Est-ce la nécessité d'apprendre à communiquer, c'est-à-dire à s'ouvrir à un autre être vivant ? S'agit-il des différences qu'il faut apprendre puis reconnaitre qui poussent les maîtres à être parfois plus attentifs aux autres ? Dans tous les cas, les personnes engagées dans la protection des animaux le sont aussi largement dans l'aide aux personnes en difficulté.
Est-il normal de considérer un animal comme un membre de la famille à part entière ? Est-ce dangereux quand un animal domestique prend en quelque sorte la place d'un bébé au sein d'un couple ? La notion de la normalité est un sujet relié à la liberté individuelle. Je ne peux pas me prononcer... Néanmoins les études conduites par la Sofres pour la Facco (Fabricants d'aliments pour animaux domestiques) montrent que nos contemporains reconnaissent une place importante à leur animal au sein de leur foyer. Ils affirment avoir un animal pour des raisons essentiellement affectives loin devant les motivations plus "utilitaires". Cette courbe est d'ailleurs installée sur ce rythme depuis environ une quinzaine d'années. Ce n'est pas qu'il prenne "la place de", c'est qu'il soit considéré comme un humain à part entière et qu'il ne puisse pas cerner la place qui lui est réservée au sein de la famille. Dans son intérêt, il est important que l'animal, en particulier le chien, reconnaisse une forme "hiérarchique" à la famille. Cela se traduit par des interdits et autorisations et des règles précises à ne pas dépasser. Tout dépend qui des deux arrive le premier. L'exemple du chien qui vit "mal" l'arrivée d'un bébé est souvent lié à une perte du lien avec ses maîtres et un investissement affectif moins intense de leur part. Ici, comme souvent avec les animaux de compagnie, tout est question d'équilibre.
Qu'est-ce que l'AFIRAC ? L'Afirac existe depuis 30 ans. Elle a pour mission d'étudier les relations entre l'homme et l'animal. En particulier les liens entre le chien, le chat et le monde urbain. Ses développements concernent la qualité de vie, les effets positifs sur la santé mentale et physique… Mais l'objectif est aussi de comprendre le rôle, la place, le statut de l'animal de compagnie dans notre société. Elle travaille avec l'ensemble des publics professionnels, le monde institutionnel et les décideurs.
Est-ce qu'un chien peut remarquer lorsque son maître ne va pas bien dans son comportement ? Il semble être reconnu que les chats ont tendance à être des "éponges à stress", que pouvez vous dire à ce sujet ? Remarquer peut-être pas mais discriminer des différences dans nos états émotionnels, certainement. Par voie de conséquence, sensibles aux variations de nos "humeurs", le chien et le chat peuvent adapter leur comportement en retour. Ne nous donnent-ils pas en fait en retour ce que nous attendons d'eux ? La notion d'éponge à stress est connue des vétérinaires, singulièrement les spécialistes du comportement (Zoopsy) qui voient arriver dans leur cabinet des animaux qui souffrent des maux et des variations des humeurs de leur maître. Notre stabilité est aussi synonyme de stabilité et de bien-être pour les animaux de compagnie. Dans tous les cas, des études montrent que le fait de caresser un animal a un effet anxiolytique. Le Pr Katcher a démontré aux USA les aspects et les vertus de la présence d'un animal dans des situations difficiles et de tension pour l'humain.
Que pensez-vous des NAC ? Vous devez évoquer les "nouveaux animaux de compagnie" qui apparaissent depuis quelques années sous la forme de reptiles, mustélidés, amphibiens et autres gastéropodes ... Autrement dit, les petits rongeurs, les insectes et les serpents. Il me semble que cette adoption pose plusieurs questions de fond : d'abord l'origine des animaux, leur commercialisation et les effets éventuels sur notre santé. Ensuite l'incapacité de certaines de ces espèces à communiquer avec l'espèce humaine du fait de leur absence d'imprégnation à nos systèmes de communication. Sur le fond, la commercialisation de certains NAC posent de nombreuses questions éthiques dont les origines, les modes de capture ou de reproduction et la nécessité d'être parfaitement informés des conditions nécessaires à leur bien-être en captivité. Cela étant, quelques espèces plus courantes comme les oiseaux de volière, les poissons d'ornement et certains petits rongeurs sont plus adaptés.
Suite au décès de Nouk, mon chien de 12 ans, voilà maintenant 15 jours, je suis en plein deuil et j'affirme que ce décès nous perturbe énormément. Combien de temps faut-il pour que la douleur soit moins forte, c'est si dur... ? Il n'est pas extraordinaire, ni anormal d'évoquer le deuil d'un animal de compagnie. Cette "douleur" a d'ailleurs fait l'objet de travaux aux USA et en Grande-Bretagne pour en comprendre les ressorts et les meilleurs moyens d'y répondre. Ainsi aux Etats-Unis, des groupes de parole ou même une hotline sont à disposition des maîtres qui perdent un compagnon. Cela paraît légitime d'avouer une peine affective après souvent plus de dix ans de vie commune...
Il serait bon que les citadins comprennent qu'il est anormal qu'au XXIe siècle on circule entre des excréments ! C'est pire qu'au Moyen-âge ! Ne devrait-on pas instaurer un impôt à tous les propriétaires de chiens, et par animal, afin de financer le nettoyage des rues ? Vaste question ! Pour mémoire, au XIXe siècle, Paris comptait un nombre important de chevaux de trait et le problème des déjections était singulièrement posé. Cela étant, de nombreuses villes encouragent aujourd'hui les maîtres à ramasser les déjections. L'éducation des maîtres, leur information, le rappel de la bonne conduite et des bons gestes sont les clés de la réussite des campagnes des villes où des résultats sont réels. La répression doit rester un élément du dispositif de façon ultime face aux irréductibles ; l'impôt a démontré son inefficacité partout où il a été mis en place. De plus trois arguments s'y opposent : le recouvrement coûte plus cher qu'il ne rapporte, un impôt n'est jamais affecté par avance à une dépense publique et les produits et services attachés aux animaux sont taxés à 19,6 %. Donc chaque maître contribue au financement global par l'impôt.
Concernant les déjections canines, je constate que sur Paris, les maîtresses et maîtres font de plus en plus d'efforts ! Il faut l'admettre, les comportements évoluent dans le bon sens. La répression n'est pas une fin comme nous le dit Jean-Luc Vuillemenot. Je pense que c'est une réalité, merci ; en effet, la pédagogie de l'encouragement produit plus d'effets positifs que le matraquage aveugle.
Etes-vous d'accord avec l'idée d'établir des permis pour pouvoir avoir la possibilité d'avoir un chien en fonction de son "degré" de connaissances pour les élever ? Difficile la notion du permis ! Sur la route, il n'empêche pas les accidents... A mon sens, ce n'est pas tant la notion d'un permis qui est intéressante, que la nécessité d'informer les futurs maîtres, de les aider à construire une relation équilibrée avec leur animal et surtout de les convaincre de poser des limites à son égard. L'école, une fois de plus, devrait être le lieu de ces apprentissages. La découverte du vivant au travers des animaux les plus proches est un levier pédagogique encore trop peu utilisé. Eduquer, informer, former au respect de l'animal et des autres sont les thèmes qui devraient trouver leur place au primaire. Enfin, qui peut juger de la capacité de tel ou tel à éduquer son animal ? Aujourd'hui des clubs, des associations, des villes proposent des séances d'éducation canine utiles.
Les animaux domestiques sont-ils la clé pour vaincre la solitude chez les personnes âgées ? La clé face à la solitude ? Un des bénéfices de l'animal est sa capacité à déclencher des relations avec les autres. Une personne isolée noue des contacts avec le monde environnant au motif de "parler" de son animal. Un travail d'observation aux Etats-Unis avait montré l'intérêt de la présence d'un animal auprès des personnes âgées pour maintenir un lien, susciter une motivation pour continuer à prendre en charge l'autre et éviter les processus de repli sur soi. Ensuite, la neutralité bienveillante de l'animal dans son comportement à l'égard de son maître restitue une image positive qui ne prend en compte ni les déficiences ni les handicaps. Enfin, il paraît souhaitable que les établissements d'hébergement pour personnes âgées acceptent les animaux des résidents de manière à ne pas surajouter une rupture supplémentaire au moment de l'entrée dans une résidence. L'association des directeurs participe d'ailleurs de cette réflexion.
Vous avez la possibilité de poser vos questions à Jean-Luc Vuillemenot en lui laissant un message à partir de son profil sur le service Copains Pro, en cliquant sur ce lien direct : copainspro.journaldunet.com
» Et aussi : L'interview de Michel Quertainmont, comportementaliste et médiateur de la relation homme-chien En savoir plus sur le site de l'Afirac
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