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INTERVIEW
09/04/2008
"Le tigre a longtemps été massacré et l'est encore de nos jours"
Combien reste t-il de tigres en Inde ? Un comptage très précis a été effectué en 2007. Le dernier remontait à 2002 et aboutissait à des chiffres qui satisfaisaient tout le monde. Or, le comptage de 2007 a abouti à un résultat catastrophique : 1 400 tigres ont finalement été dénombrés, avec une marge d'erreur de seulement 10 %, le chiffre le plus bas depuis que l'Inde a commencé à se préoccuper de la situation du tigre, dans les années 1970. Il s'agit d'un chiffre plus réaliste qu'auparavant mais aussi plus tragique pour la situation des tigres en Inde.
Pourquoi le tigre disparaît-il ? Quelles sont les menaces qui pèsent réellement sur cet animal ?
Trois types de menaces pèsent sur le tigre : le braconnage tout d'abord, qui constitue le danger le plus imminent que doivent subir les tigres. Ils sont chassés pour leur peau, leurs os, leurs dents : un tigre mort rapporte en effet plusieurs dizaines de milliers d'euros. La demande en dépouilles de tigres reste très importante ; celle-ci est basée sur une superstition liée à la force et la puissance de cet animal.
Et la troisième menace ? Il s'agit de la diminution des proies. Chaque tigre consomme en moyenne une cinquantaine de grands mammifères par an : cerfs, daims, chitals... La pression démographique contribue là encore à la disparition de ces animaux, qui stressés, se reproduisent moins, sont plus vulnérables... En fait, toute une chaîne est perturbée par cette pression.
Pouvez-nous parler du Plan Tigre, lancé en Inde en 1973 ?
A partir de 1972, Indhira Gandhi, alors premier ministre, fût alertée par les scientifiques et a pris conscience que le tigre était menacé. Le chiffre s'élevait officiellement à 1 500 individus. La Plan Tigre s'est traduit par la création de parcs nationaux, de réserves, pour faire en sorte que les tigres ne soient plus massacrés. Tout le monde se satisfaisait du résultat car on a compté officiellement par la suite 3 500 tigres. Pourtant, sur le terrain, les spécialistes en observaient de moins en moins et la police saisissait de plus en plus de peaux. Il y a deux ou trois ans, on commençait à dire qu'il ne restait plus aucun tigre dans la réserve de Sariska, même si officiellement il en restait toujours 25. Le gouvernement a alors lancé un recensement, qui a confirmé l'hypothèse macabre. On était arrivé à un massacre effroyable.
Mais que font les organisations de protection de la nature ? Les organisations internationales lèvent des fonds. Mais aujourd'hui la solution est indienne. Elle est liée à l'implication des populations locales. Une fondation dans le parc de Bandavgarh, financée par le tourisme, permet par ailleurs de fournir du matériel aux gardes, pour leur permettre de surveiller plus efficacement ce qui se passe dans les parcs. La fondation vient également en aide aux populations locales en complétant la compensation financière faite par l'état lorsque ces personnes sont touchées par les tigres (bétail ou personnes tués...). Il faut enfin faire comprendre qu'un tigre vivant rapporte plus qu'un tigre mort.
La quasi-totalité des photos ont été réalisées dans les parcs de Kanha et celui de Bandavgarh, dans le Madhya Pradesh, une zone boisée au cœur de l'Inde et l'Etat où la densité de tigres est la plus importante.
Quelle est votre méthode pour approcher les tigres ? Celle utilisée dans les parcs. Les tigres sont inactifs pendant la journée, leur pic d'activité se situe tôt le matin ou en fin d'après-midi. Le reste du temps, ils restent allongés dans les forêts denses. Pour les repérer, il existe un moyen infaillible : les "alarm calls" des autres animaux. En effet, quand il ne dort pas, le tigre se lève pour patrouiller, et les animaux de la forêt se mettent en alerte à l'endroit où il passe. Un bon guide arrivera à déterminer l'itinéraire que le tigre va suivre, en écoutant attentivement ces cris d'alerte. Il s'agit de la façon la plus naturelle pour suivre un tigre. Je vais en Inde le plus souvent possible pour observer les tigres mais aussi toute la faune indienne, qui est très riche. La densité d'animaux est moins importante qu'en Afrique, mais l'approche est totalement différente : en Afrique, on observe de loin, en Inde on écoute de loin. J'accompagne des groupes de 6 à 8 personnes avec l'agence Terres Oubliées pour laquelle je travaille, afin de plonger dans la nature indienne. Mais le tigre, lui, se mérite, il n'y a aucune garantie de pouvoir l'observer.
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