Claude Ruff : "L'eau, c'est la vie… et pas que pour l'homme !"
Informaticien de profession, Claude Ruff commence la photographie subaquatique à partir de 1998. Tel un artiste, la couleur de ses sujets fait figure d'élément déterminant dans la composition et l'approche de ses sujets.
"Il se passe toujours quelque chose d'exceptionnel dès lors que je croise une espèce pour la première fois."
La vie marine est d'une grande diversité. Quel est l'animal qui vous a paru le plus spectaculaire, le plus étrange, ou le plus incroyable ?
Lors de toutes mes plongées, il se passe quelque chose d'exceptionnel dès lors que, tout simplement, je croise une espèce pour la première fois. La rencontre qui m'a le plus marqué, aussi étonnant que cela puisse paraître, a eu lieu en eau douce dans un lac alsacien ! Ce fût mon premier contact avec un gros poisson : le silure. C'est une variété de poisson chat qui peut dépasser facilement les 2 mètres avec un poids de plus de 150kg. Lors d'une plongée, ce poisson peu farouche est venu à moi en me regardant droit dans les yeux pendant une dizaine de secondes avant de repartir. Son regard m'a laissé l'impression d'être pour lui "la bête à voir" d'autant qu'en face à face, son visage a presque quelque chose de l'humain : une tête caractérisée par sa rondeur, par des moustaches et par un grand sourire. Il ne lui manque qu'un nez ! D'autres rencontres m'ont laissé des souvenirs immuables : la raie manta pour sa grâce, l'espadon pour sa vitesse, le napoléon pour sa curiosité, les poissons Clown pour leur agressivité… et d'un point de vue spectaculaire, j'ai eu droit récemment à la charge d'un requin océanique - le Longimanus - qui m'a valu une montée d'adrénaline sans égal ainsi que ma plus vive remontée sur un bateau.
"L'eau, c'est la vie… et pas que pour l'homme - j'ose espérer que mes images le prouvent à tout un chacun !"
Quelles différences majeures y a-t-il entre la photographie animalière sur terre et la photographie sous-marine ?
En photographie terrestre, déjà, on peut changer d'objectif quand on veut ! On peut aussi rester une journée entière à l'affût en espérant le passage d'une espèce. De plus, on peut utiliser une foule de technologies et de bricolages pour prendre des images à distance, ceci même sans être présent !
Pour aller sous l'eau, il n'y a que très peu de matériel étanche et on est restreint dans la durée des plongées par l'air que l'on peut emporter, voire les éventuels paliers à faire pour en revenir ! On est limité aussi dans la prise de vue par une visibilité relative au milieu (30/40 mètres au mieux) et, surtout, par la perte de qualité due à la présence de l'eau entre l'objectif et le sujet ! Selon les espèces, il y a des techniques d'approche qui vous permettront de prendre des images de plus ou moins bonne qualité. Le but et la difficulté sont toujours d'être au plus près.
La faune marine est encore très méconnue. Pensez-vous que la photographie puisse sensibiliser les hommes et les conduire à davantage de respect pour la mer et ses habitants ?
Sincèrement, je le souhaite ! Sans oublier la pollution de l'eau, lorsque l'on voit ce qui traîne au fond des lacs, des gravières et de la mer… Je pense qu'il y a beaucoup à faire ! Malheureusement, il y a encore énormément de gens et même de plongeurs qui n'y sont pas sensibles - je me permets d'ailleurs de citer l'Association Longitude 181 Nature (www.longitude181.com) qui uvre pour la protection du milieu marin à différents niveaux ! L'eau, c'est la vie… et pas que pour l'homme - j'ose espérer que mes images le prouvent à tout un chacun !
"En photographie sous-marine, on cherchera toujours à être au plus près du sujet."
Dans l'eau, le rouge, l'orange et le jaune sont absorbés par l'eau. Quelles techniques utilisez-vous pour restituer ces couleurs ?
L'utilisation des flashs est incontournable dès que l'on va au-delà d'1,50 mètre. Le milieu aquatique amène cependant deux inconvénients pour l'éclairage :
d'abord la présence de particules car elle rend impossible l'éclairage de front sous peine "d'effets neigeux" et nécessite de positionner le ou les flashs en latéral sur un angle minimum de 45°. Ensuite, l'absorption de la lumière : peu importe sa puissance, un flash est limité en terme de portée à environ 2 mètres pour les meilleurs !
Pour ces raisons aussi, on cherchera toujours à être au plus près du sujet - d'ailleurs, d'un point de vue technique durant l'apprentissage, l'éclairage est, je pense, ce qu'il y a de plus difficile à maîtriser.
Vous êtes récemment passé au numérique. Que cela change-t-il pour la photo sous-marine ?
Le plus gros changement est certainement la possibilité de prendre plus de 36/38 clichés ! En effet, tout comme pour les objectifs, nous n'avons pas la possibilité de changer la pellicule d'un boîtier argentique sous l'eau - avec le numérique, une carte mémoire de bonne capacité permettra de ne plus se poser des questions du type "est-ce que je garde 2 ou 3 photos au cas où je croise une espèce rare en remontant ?" ! Aussi, le fait de pouvoir faire un pré-contrôle visuel sur l'affichage du boîtier peut nous conforter durant la plongée sur le bon choix de nos réglages.
Quels sont vos projets ?
Avant tout : voyager ! Je n'aimais pas particulièrement aller à la mer avant d'avoir, (pour faire plaisir à une amie) commencé la plongée ! Depuis que j'ai découvert ce monde, je ne vais plus que là où il y a de l'eau (douce ou salée) et je découvre ainsi de nouvelles contrées subaquatiques mais aussi terrestres. Un départ pour la Mer Rouge est prévu sous peu… Et en fin d'année, un voyage dans une contrée lointaine pour aller plonger dans de l'eau à 5/6° histoire d'y voir une faune et flore exceptionnelle et peut-être même rare !
Techniquement parlant, je vais continuer à travailler et faire évoluer ma pratique de la macrophotographie - je sais qu'il y a encore beaucoup à faire dans le microcosme subaquatique et je pense, du fait qu'il soit très difficile de trouver les sujets, je me passionne de plus en plus pour ce type d'images.
Aussi, je ne voulais pas le faire jusque là, mais je vais signer prochainement un contrat avec l'Agence Photographique Naturimages - ce qui m'a décidé, c'est que la commercialisation de mes photos n'amène avec eux aucune contrainte. Je tiens à ce que cette activité reste une passion !