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 INTERVIEW 
Juillet 2005

Gérard Thérin : "Avec un peu de patience, on arrive vite à faire des miracles !"

La passion de Gérard Thérin pour les frontières du visible n'est limitée que par le dynamisme naturel de la flore et de la faune. Voici quelques ficelles de son métier de macrophotographe.
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Quelles sont les contraintes qui s'imposent lors des prises de vue d'insectes comme les libellules ?
La première règle à respecter pour l'approche des insectes est de ne jamais s'intercaler entre le soleil et eux. Sinon, c'est la fuite assurée dans 95% des cas. Ensuite, il faut s'avancer doucement sans mouvement brusque, ni écraser la végétation avoisinante, à cause des vibrations. Sinon, la sanction tombe de suite... et l'insecte s'enfuit.

Quelle technique utilisez-vous ?
Je ne pratique la macrophotographie qu'en milieu naturel, avec tout ce que cela implique : approche des insectes, vent, conditions de lumière changeantes. Mais avec un peu d'habitude et de patience, on arrive vite à faire des "miracles" sans même s'en rendre compte. Je suis un adepte du trépied pour les photos de paysages, de cascades, et photos panoramiques, mais j'ai toujours pratiqué la macrophotographie à main levée : la mobilité est un impératif réellement indispensable pour pouvoir suivre les insectes dans leurs déplacements, mais aussi pour jouer avec l'aspect esthétique de l'arrière-plan ou encore peaufiner le meilleur alignement possible entre le plan de netteté de l'objectif et la position du sujet.

Maintenant, c'est vrai que le temps de pose chute considérablement en macrophotographie, surtout lorsque je travaille à F/D 8~11. Mais je contourne le problème en faisant appel à un flash et à un diffuseur, et à la technique du fill'in adaptée à la macro. Pour l'utilisation du boîtier, je ne travaille pratiquement qu'avec les modes "priorité Diaphragme " et "manuel", et en ce qui concerne le paramétrage du boîtier, je suis un adepte des fichiers RAW ("CRW " ou "CR2" chez Canon) afin de pouvoir profiter de toute l'information contenue dans l'image ainsi que de l'espace colorimétrie Adobe RVB (qui est plus large que le sRGB). Tous les autres réglages (netteté, saturation) sont à zéro.

Votre galerie est également très riche en photos de papillons, abeilles, et autres insectes volants. Eprouvez-vous une fascination particulière pour cette faune miniature ?
Pour des raisons socioprofessionnelles, je suis obligé de résider en région parisienne et si je veux faire de l'animalier, il me faut tout de suite m'éloigner d'au moins 40 à 80 km. Avec les insectes, le moindre massif de fleurs ou la plus petite touffe d'herbe abrite tout un microcosme pour celui qui veut bien prendre le temps d'y regarder d'un peu plus près. D'où la raison de mon intérêt pour les insectes.

Quand avez-vous commencé la photo ?
Mon parcours photographique a été rythmé par le côté esthétique des choses : passionné d'astronomie depuis mon plus jeune âge, j'ai rapidement eu envie d'immortaliser les visions fabuleuses que m'offrait mon modeste télescope de l'époque, en 1976, et je me suis tourné tout naturellement vers la photographie avec mon premier boîtier reflex. Sans le savoir, cette nouvelle activité allait devenir une seconde passion.


Autodidacte, j'ai étanché ma soif de découverte en dévorant des dizaines de fois tous les ouvrages techniques traitant de la photographie qui se trouvaient à la bibliothèque municipale. En parallèle de l'acquisition des bases techniques photo "classiques", j'ai été confronté à de nombreuses difficultés du côté de la photo astronomique dans la mesure où ce domaine était très pointu : au final, il m'aura fallu plusieurs années avant d'obtenir de belles images de la Lune, des planètes mais également de nébuleuses et de galaxies.

Toutefois, ce parcours a été très riche d'enseignement car il m'a permis de développer un esprit d'analyse indispensable pour progresser dans cette discipline ! Dès 1995, la pratique de l'imagerie CCD en astronomie m'a permis de me familiariser avec les spécificités des capteurs numériques (caractéristiques, bruit, dynamique), les traitements (flat, dark, offset, compositage) appliqués afin de réussir à faire apparaître l'information. Lorsque j'ai arrêté l'imagerie astronomique en 1997 par manque de temps, j'ai décidé de consacrer mes moments de loisirs à rendre un autre hommage à la nature au travers des images de la faune, de la flore, de paysages car malgré les années passées, je reste toujours émerveillé par les beautés de la nature. Aujourd'hui, j'utilise un reflex numérique Canon 20D qui me permet d'obtenir un niveau qualitatif vraiment intéressant.

Quels sont vos projets ?
Pour moi, le "Saint Graal" du photographe est d'arriver un jour à faire transparaître l'émotion ressentie à l'instant du déclic au travers d'une photo. Mais cela réclame une parfaite maîtrise de toute la partie technique afin que cela devienne une sorte de "réflexe conditionné" qui permettra de mieux se concentrer sur l'aspect "sensibilité/expression" du photographe. Mais ce n'est pas gagné pour autant : il faut de nombreuses années avant d'espérer arriver à obtenir ce petit "quelque chose" qui fait la différence entre une photo à l'intérêt limité et une photo qui va être en mesure d'émouvoir, indépendamment du sujet photographié.

La route est longue mais je suis toujours émerveillé, tel un enfant qui vient de découvrir un nouveau jouet, par les trésors de beauté qui peuvent nous entourer au quotidien sans même que la plupart des gens y prêtent attention. Alors je m'efforce d'être leurs yeux par procuration.


En savoir plus

» Le site de Gérard Thérin : www.naturepixel.com

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