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La loi de la jungle
Dévorer ou être dévoré : l’impitoyable loi animale a distribué à chacun son lot de subterfuges pour survivre dans ce monde cruel. Le camouflage est, pour bon nombre d'espèces, le moyen le plus efficace d'échapper aux prédateurs ou de revenir victorieux de la chasse. Insectes, poissons, reptiles, oiseaux ou mammifères, les animaux sauvages redoublent d’imagination dans l’art du camouflage.
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Tenue de saison
Le pelage est souvent le premier moyen de défense des animaux : suivant la saison, la faune revêt une tenue appropriée pour atteindre l'adéquation la plus complète avec son environnement. Ours polaires, renards, tigres de Sibérie ou lapins, tous éclaircissent à la saison froide pour se fondre dans les paysages hivernaux. De la même façon, les écailles des poissons les protègent des dangers : vu du dessous, le ventre clair des harengs se confond avec le ciel. De même, vues du dessus, les écailles très foncées imitent à la perfection le bleu obscur des grands fonds. La coloration sable du chameau saharien, la mosaïque soignée des ailes de papillon et les tâches psychédéliques de la girafe sont les manifestations visibles de cette véritable partie de cache-cache.
Les canards ont une solution des plus surprenantes pour défendre leur progéniture : les femelles arborent des couleurs plus ternes que celles de leurs mâles. Il est ainsi moins aisé de les repérer et de mettre en danger la descendance qu'elles protègent.
Le mimétisme animal
De nombreux animaux sont dotés d'une faculté étonnante que les scientifiques expliquent encore mal aujourd'hui : ils peuvent reproduire la coloration, le comportement ou l'une des caractéristiques d'une espèce animale différente. Ce comportement, appelé mimétisme, consiste à paraître ce que l'on n'est pas. Cette stratégie de défense, parfois d'attaque, est notamment employée par le caméléon : cet animal adopte la couleur de l'environnement dans lequel il se trouve.
L'imitation par la couleur, ou homochromie, s'explique par la présence de cellules de couleur changeante, les chromatophores, qui contiennent elles-mêmes des pigments colorés, rassemblés en granules qui se déplacent à l'intérieur des cellules ou restent fixés sur une partie du chromatophore. Les cellules nerveuses contrôlent cette pigmentation : un caméléon en colère, à l'affût ou en saison des amours, montre son humeur par une coloration particulière, que ses congénères ou ses ennemis sauront déchiffrer.
Les animaux, rois de la comédie
L'homotypie désigne le mimétisme de la forme, qui prend le plus souvent celle d'un objet inanimé de l'environnement immédiat de l'animal. Très vulnérables, les chenilles constituent la principale alimentation de nombreux insectes. Pour faire face à ce danger permanent, elles restent immobiles, telles des branches, ou choisissent un feuillage où elles passeront inaperçues. Elles sont aussi capables de faire les mortes, et attendre que le danger s'éloigne, tel le papillon tigré. De nombreux prédateurs préfèrent la chair fraîche et passent ainsi leur chemin. Certaines couleuvres vont même jusqu'à émettre l'odeur d'un corps en décomposition pour dissuader les curieux.
L'engoulevent, un oiseau vivant dans nos fôrets, tout comme le hibou, joue le même spectacle : il demeure immobile et son plumage, qui rappelle étrangement les feuilles mortes, lui assure une nuit tranquille. A l'identique, certains oiseaux simulent une aile ou une patte cassée pour éloigner le prédateur du nid, puis ils s'envolent brusquement.
En mer aussi, les tenues de camouflage sont de rigueur. Les poissons plats comme la sole, la raie ou le poisson-pierre se tapissent au fond des mers tropicales en reproduisant à l'identique la coloration du substrat. Certains céphalopodes, comme les seiches, se dissimulent derrière un nuage d'encre et organisent ainsi une fuite fulgurante à défaut d'être discrète.
Le mimétisme batésien, du nom d'un biologiste anglais du XIXème siècle, Henry Walter Bates,
remporte sans nul doute la palme de la sophistication : un animal vulnérable reproduit le comportement d'un animal redoutable. La syrphe, une petite mouche inoffensive, ressemble à la guêpe, qui est dotée d'un venin.
Le plus futé de tous : le cobra
Le féroce cobra ne s'en laisse cependant pas conter : si les rongeurs et petits reptiles usent de mimétisme de couleur et de forme pour lui échapper, le prédateur dispose d'un 3ème œil : des cellules neuro-sensitives, concentrées entre l'oeil et la narine, captent les radiations infrarouges et les changements de température de l'ordre de quelques millièmes de degrés.
Il sait donc parfaitement distinguer son menu d'un vulgaire végétal.
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