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Interview
Décembre 2007
"Il n'y a pas de saison moins intéressante qu'une autre dans le Jura"
Que trouvez-vous dans la nature du Jura que vous ne trouvez pas dans d'autres régions sauvages de France ? La diversité. Que ce soit des espèces, de la flore, ou des paysages tout simplement. Bien que d'autres régions de France aient leur propre personnalité et soient également intéressantes, je trouve le Jura plus varié. Peu de régions en France disposent d'une telle topographie de terrain. On passe de la Bresse jurassienne qui se situe aux alentours des 180 m d'altitude, aux monts du Haut-Jura, à plus de 1 500 m, en très peu de temps. Mais ce qui est différent d'autres régions disposant d'une topographie similaire, c'est que cette évolution d'altitude ne se traduit pas par une pente, mais par des plateaux, de plusieurs dizaines de kilomètres chacun, comme de longues marches d'escalier. Chaque plateau a sa propre typicité et offre des paysages différents, une faune différente… Et puis la diversité des forêts, des feuillus en plaine et des sapins en altitude, fait qu'il n'y a pas de saison moins intéressante que d'autre.
Quel moment de la journée préférez-vous pour photographier la nature jurassienne ? Les traditionnelles photos au petit matin et au coucher du soleil le soir restent bien évidemment les meilleures, comme partout. Mais il est tout à fait possible de photographier en pleine journée. Je trouve, à heure et jour égaux, la lumière différente suivant les plateaux… Alors qu'elle peut paraître dure dans la plaine, elle est souvent plus douce au fur et à mesure que l'on monte "dans le haut". En ce qui concerne la photographie animalière, suivant les espèces, il est préférable de se lever tôt le matin, ou d'attendre un peu. Je peux donc facilement trouver sujet à "mettre en boîte" toute la journée, à n'importe quelle saison. Reste aussi la nuit ! Je sors régulièrement pour photographier des paysages nocturnes, des poses de plusieurs minutes, voire plusieurs heures sont parfois nécessaires. Je suis également chasseur d'orage et d'étoiles, la nuit est donc pour moi, souvent toute aussi importante que le jour pour la photographie…
Les deux cas sont possibles. En fait, la démarche est différente suivant le type… de démarche justement ! Bien que n'étant pas un spécialiste dans le domaine de l'ornithologie par exemple, si je décide d'affûter sur un plan d'eau, j'effectue déjà plusieurs repérages aux jumelles, afin de déterminer les espèces présentes. Ensuite, je me renseigne, soit dans des livres, soit auprès de spécialistes afin de mettre à la fois le plus de chances de mon côté de ramener de bons clichés, et déranger le moins possible le sujet. La démarche est la même sur un affût fixe terrestre. À ce moment-là, mes "indicateurs" sont plus souvent des habitants, des chasseurs, ou des gens travaillant à l'ONF. Régulièrement, je reçois des appels me signalant telle ou telle espèce qu'ils ont repérée. Il y a quelques jours, un maire d'une commune m'a téléphoné pour me signaler une buse variable albinos.
Votre livre, Jura Terre d'audace, est-il une idée qui vous est venue comme cela ou est-ce le fruit de plusieurs années de travail ? Ça a été très rapide, mais les photos qu'il contient sont issues de nombreuses années de travail. En fait, l'histoire et la naissance du projet ne m'appartiennent pas. Un jour de février, je reçois un appel d'un éditeur lyonnais qui avait vu mon site Internet et voulait faire un livre avec moi. Une semaine après, le rendez-vous était pris. J'avais préparé une sélection d'environ 6 000 photos. Nous avons, en quelques heures, sélectionné 500 photos intéressantes pour le projet, pas forcément les meilleures, mais il fallait garder à l'esprit que ce livre aurait plus une vocation touristique qu'artistique. Ce fut extrêmement difficile, il fallait passer de 500 à 130 photos. La sélection fût douloureuse. Ensuite, tout s'est enchaîné très vite, et le livre est sorti fin mai, à peine 3 mois après le contact. Cette première expérience d'édition à grande échelle fût très intéressante. Ce fut un vrai travail collaboratif. Au final, l'ouvrage est magnifique, la qualité d'impression est surprenante, le vernis sélectif sur chaque cliché donne l'impression de tenir à chaque page une vraie photo.
Vous avez réalisé un affût flottant, afin d'aborder les animaux aquatiques au plus près, sans les déranger. Quels sont vos conseils pour ceux qui souhaiteraient en faire autant ? Réfléchir longtemps, faire des plans, des calculs de flottaison, et puis se lancer. Il ne faut pas prendre cette "discipline" à la légère, ça peut-être dangereux. Il m'est arrivé de rester coincé dans la vase, vers la digue d'un étang. On ne fait pas le fier quand on à juste la tête qui sort de l'eau ! Autre point important, la combinaison : si la combinaison de plongée, flottante ou non, peut-être utilisée, rien ne vaut à mes yeux des waders en néoprène, pas en PVC ! Si l'eau s'engouffre dedans, le néoprène va flotter, alors que le PVC va vous faire couler ! J'en profite pour dire qu'il est nécessaire de demander au propriétaire, non seulement l'autorisation, mais également la dangerosité du site. Pour l'affût en lui-même, il doit être solide et étanche. Le mien est construit sur une base de tuyaux en PVC. Un jour un bouchon était mal fermé et l'eau est rentrée progressivement, sans que je m'en rende compte. Et puis en quelques secondes, je l'ai senti chavirer. Heureusement que j'avais pied, je suis revenu au bord en le soutenant. Une belle sueur froide, quand on à 15 000 euros de matériel photo dessus ! J'ai alors rempli les tuyaux de mousses en bombe. Dernier point important, le faire le moins haut possible et le plus difforme, c'est un plus pour certaines espèces plus méfiantes. Et si possible, le recouvrir d'un bon filet de camouflage, pas d'une toile, et pourquoi pas y ajouter des herbes, des feuilles de roseaux… Il faut que l'affût se fonde le plus possible dans le paysage… J'ai créé à ce sujet une page complète sur le développement du mien sur mon site.
Quels sont vos projets ? Une expo en plein air dans un grand lieu touristique du département et l'organisation d'un festival de photo nature en partenariat avec le Conseil Général, et 2 autres projets de livre, mais chut ! Ca reste secret pour le moment !
En savoir plus sur le site de Jean-Baptiste Mérillot
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