Interview
 
Mai 2007

"La puissance des éléments m'a toujours fasciné"

Olivier Grunewald et Bernadette Gilbertas ont fait le pari de vivre de leur passion : la photographie de nature. Imprégnés des ambiances des contrées préservées qu'ils découvrent, ils nous offrent des images de nature sauvage époustouflantes.
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Nature
 

Quel est votre souvenir de la nature en éveil le plus impressionnant ?

Olivier Grunewald Il est assez difficile de répondre sur un souvenir précis car nous travaillons sur la nature depuis très longtemps et avons beaucoup de souvenirs très forts en fonction des différentes situations rencontrées. Les souvenirs qui m'émeuvent plus particulièrement sont les photos réalisées le matin, lorsque tout est calme et que la lumière sublime les prises de vues. J'ai vraiment l'impression d'être aux premiers matins du monde dans ces moments-là. Nous partons toujours avec une idée précise de ce que nous voulons faire et les moments les plus forts sont ceux où la nature nous offre une image qui se déroule comme nous l'avions imaginée.

 

Piton rocheux
 
© Olivier Grunewald, Bernadette Gilbertas
 
"Les souvenirs qui m'émeuvent plus particulièrement sont les photos réalisées le matin, lorsque tout est calme et que la lumière sublime les prises de vues."

Quels sont vos rôles respectifs ? Comment vous organisez-vous lors de vos reportages ?

Bernadette Gilbertas Il s'agit d'une collaboration très étroite, car lorsque l'on est en voyage, 90 % de notre temps est consacré à des sujets que l'on a choisi de traiter en amont. Pour ma part, j'ai de plus en plus tendance à m'occuper de l'organisation du voyage, de trouver des idées de sujets, ou encore à contacter des magazines qui seraient intéressés par les sujets que l'on veut traiter. Il faut également veiller à chercher de la documentation sur les lieux que l'on souhaite parcourir. C'est ce que j'aime faire car cela permet d'avoir des échanges avant le départ. Sur le terrain, où c'est essentiellement Olivier qui travaille, je feuillette les publications locales pour trouver des idées de lieux où se rendre ou dénicher les endroits où personne n'est encore allé. Sur place, je rencontre également des gens pour les interviews, et je prends le plus possible de notes pour capter l'atmosphère de ces lieux et la retranscrire dans les livres ou les magazines qui seront édités. Au retour, à charge d'Olivier de trier et de sélectionner les photos. Nos voyages préférés sont ceux que l'on organise de bout en bout.

 

Dans l'ouvrage "Nature", vous accompagnez les photographies d'extraits de poèmes ou de textes philosophiques. Quel est selon vous le rapport qu'entretient l'Homme avec la Nature aujourd'hui ?

Bernadette Gilbertas L'intérêt de ce livre est de montrer que ce rapport est très fort. Les textes sont là pour montrer le lien qui existe entre l'Homme et la nature. Il a beaucoup évolué de la préhistoire à nos jours mais les sentiments que l'Homme a pour la nature sont toujours aussi présents, et sont source d'inspiration… surtout pour le photographe ! Les urbains ressentent de plus en plus un sentiment de peur envers la nature et se rassurent en éradiquant les espèces qui pullulent, les végétaux envahissants... L'Homme n'est pas dénaturé, il fait partie intégrante de la nature et ne peut survivre sans elle. Mais c'est la perception qu'il a de la nature qui est dénaturée car il en devient un utilisateur forcené mais n'en a pas la maîtrise. Or l'Homme doit en avoir une utilisation raisonnée. Chaque fois que nous le pouvons, nous essayons de défendre des idées de protection, de conservation. Nous restons toujours fidèles à nos convictions, en France et en dehors !


Tortue Luth
 
© Olivier Grunewald, Bernadette Gilbertas
 
"Les sentiments que l'Homme a pour la nature sont toujours aussi présents."

Vous exercez votre métier dans des contrées sauvages, où les conditions sont parfois extrêmes. N'avez-vous pas l'envie de revenir vers des paysages plus proches, en France par exemple ?

Olivier Grunewald Il est vrai que certaines régions de France nous plaisent beaucoup, mais il s'agit toujours des régions de nature sauvage. Nous aimons y aller pour notre plaisir mais pas pour le travail. Le voyage est une partie très importante du travail car il permet de se mettre dans une bulle différente et de se déconditionner de la vie urbaine. Les conditions sont totalement différentes et je n'arrive pas à me mettre dans ce bain-là en France. Et puis… lorsque l'on a goûté à des conditions d'immersion dans des conditions très sauvages, il est impossible de retrouver ces sensations uniques en France. La seule contrée où j'ai pu retrouver ces sensations en Europe est l'Islande où les grands espaces de nature sauvage sont encore préservés. Le second aspect est que lorsque l'on part dans la nature sauvage, on trouve plus d'animaux sauvages, comme en Alaska ou dans les grands parcs naturels d'Amérique du Nord. Les visions de la nature sont beaucoup plus spectaculaires.

 

Comment procédez-vous pour photographier certains éléments dangereux, comme la lave ou des animaux sauvages ?

Olivier Grunewald La première des choses lorsqu'on photographie un élément naturel un peu "vivant", c'est d'avoir une bonne connaissance du terrain, du type de volcanisme, du milieu et des espèces et compléter cela par une bonne part d'observation. Il faut toujours comprendre le milieu. L'ours brun ne devient par exemple prédateur pour l'Homme que lorsqu'il se sent menacé. Quelles que soit les conditions photographiques, il faut parfois prendre énormément de temps, mais cela est important car on va vivre la photo. Il y a une part du temps passé sur le terrain qui pour moi est essentielle. Il faut prévoir du temps et essayer de comprendre tous les éléments pour ne pas se retrouver en situation à risque.

 

Forêt amazonienne
 
© Olivier Grunewald, Bernadette Gilbertas
 
"Le voyage est une partie importante du travail car il permet de se déconditionner de la vie urbaine."

Quelle est votre plus grande fierté commune ?

Bernadette Gilbertas Nous n'aimons pas vraiment employer le mot fierté, mais plutôt satisfaction. Notre plus belle réussite personnelle est d'avoir réussi à élever un enfant au milieu de cette vie et de pouvoir continuer à la mener de façon identique.

Olivier Grunewald Photographe est un métier qui fait rêver, mais il s'agit de la partie immergée de l'iceberg. Il y a beaucoup d'échecs dans ce métier où on vole vers la réussite. La partie la plus contraignante est la partie commerciale. Mais les aléas n'ont pas réussi à tuer la passion ! Avoir envie de continuer à trouver de nouvelles idées et photos, je pense que cela ne me quittera plus ! Je suis dans l'état d'esprit de me dire ça fait partie de moi. Le plus important est de continuer à avancer et à progresser. C'est le plus dur mais le plus passionnant.


Quels sont vos projets ?

Olivier Grunewald Nous avons deux manières de fonctionner. Nous avons des projets à court terme qui sont la plupart du temps des projets pour des magazines et qui sont réalisables en un mois. Et puis nous avons des projets à long terme qui peuvent prendre entre 5 et 10 ans. Le fonctionnement est complètement différent ! J'ai terminé un projet sur les volcans du monde, qui paraît en septembre aux éditions du Chêne, réunissant 10 ans de photos de volcans. Aujourd'hui, ce projet ayant demandé beaucoup de temps et d'énergie, nous réalisons des projets assez courts, afin de laisser mûrir une idée qui nous prendra à nouveau plusieurs années de travail…

 

Lac de lave
 
© Olivier Grunewald, Bernadette Gilbertas
 
"C'était fantastique d'être seul au fond de ce lac en fusion, ce sont des moments vraiment incroyables."

Quelle est votre photo préférée du livre Nature ? Pouvez-vous nous en raconter l'histoire ?

Olivier Grunewald La quatrième photo du diaporama est importante pour moi et j'y associe beaucoup de sensations fortes. J'ai toujours été fasciné par la puissance des éléments et le fait que la photo permette de vivre des choses que l'on ne vit pas tous les jours. Nous sommes partis avec une équipe de volcanologues suisses pour observer en Ethiopie ce lac de lave, phénomène très particulier et rare du volcanisme, une année où nous étions mal préparés. Nous sommes revenus l'année suivante et sommes descendus plus facilement au fond du gouffre abritant ce lac de lave. Un soir, j'ai pu y descendre seul. C'était le moment où le soleil se couchait et la sensation éprouvée à ce moment était totalement surréaliste, j'avais le sentiment profond d'être sur une autre planète. C'était fantastique d'être seul au fond de ce lac en fusion, ce sont des moments vraiment incroyables.

Bernadette Gilbertas Pour moi, il s'agit de la vingt-quatrième photo du diaporama ! Cette photo a été prise en Namibie du nord, là où la rivière Kuene marque la frontière naturelle avec la Namibie. Elle me plaît car elle évoque l'ensemble des voyages que nous avons effectué dans ce pays. Je me rappelle avoir roulé deux jours pour atteindre le site, sur une piste peu carrossable. Il s'agit d'une région très isolée où vivent les Himba, une tribu d'hommes et de femmes sublimes, qui se colorent la peau en rouge pour se protéger des moustiques et du soleil. Les chutes sont belles car le voyage pour les atteindre est éprouvant et la vision de ces flots qui s'engouffrent dans les failles, de ces énormes baobabs qui ont le tronc luisant et de la douceur de la lumière qui vient compléter la scène sont fascinants.

 

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