INTERVIEW
Juin 2006
"C'est une menace pour la protection des baleines"
Le moratoire sur la chasse à la baleine vient d’être remis en cause, mais n’a pas été levé. S’agit-il d’une victoire symbolique pour les partisans de la chasse à la baleine ou d’une véritable menace ? C'est les deux. Victoire symbolique parce que le moratoire ne peut être aboli que si les pays membres de la CBI favorables à une reprise de la chasse peuvent avoir une majorité des trois quarts (75%). Une véritable menace dans la mesure où, pour la première fois depuis l’instauration du moratoire en 1986, voté en 1982, les Etats membres en faveur d’une reprise de la chasse sont en majorité, courte certes (33 contre 32 et 1 abstention) mais réelle. Depuis vingt ans le nombre de membres de la CBI n’a cessé d’augmenter. Aujourd’hui, ce sont 66 pays qui votent à la CBI alors qu’ils n’étaient que 14 à sa fondation en 1948 et 37 au moment du vote du moratoire en 1982.
Le moratoire n’est pas respecté par tous les pays, comme le Japon ou la Norvège. Dans quelle situation les baleines se trouvent-elles aujourd’hui ? Le Japon comme l’Islande qui a repris la chasse en 2003, se sont engouffrés dans une faille du moratoire qui prévoyait la possibilité de recherches scientifiques sur les cadavres de baleines. La Norvège pour sa part n’a pas voté le moratoire et décide d’elle-même du quota de baleines qui seront chassées, 1052 baleines de Minke ou Petit Rorqual en 2006. Depuis l’entrée en vigueur du moratoire en 1986, ce sont presque 25 000 baleines qui ont été tuées par le Japon, la Norvège et l’Islande.
Que répondez-vous à ceux qui mettent en avant la tradition, la culture japonaise pour justifier cette pêche ? Aucune culture, aucune tradition aussi forte soit elle, ne peut mettre en danger une espèce vivante.
Comment le Fonds international pour la protection des animaux, dont vous êtes le porte-parole en France, réagit-il à cette nouvelle ? Allez-vous menez de nouvelles opérations de sensibilisations ? Nous allons poursuivre notre action de sensibilisation notamment auprès des pays qui ont voté pour une reprise de la chasse. Nous allons surtout promouvoir auprès de ces mêmes pays le tourisme d’observation des baleines, créateur d’emplois, et qui est financièrement plus avantageux que la chasse à la baleine. L’activité de l’observation de la baleine a représenté l’année passée quelque 10 millions de dollars US dans la Caraïbe.
La France fait partie de la commission baleinière internationale. Quelles sont les réactions des pouvoirs politiques ? La France fait partie des pays opposés à la reprise de toute chasse à la baleine. Il faut en outre saluer sa proposition faite à la 58ème réunion de la CBI à St Kitts, celle du projet d’établissement d’un sanctuaire où même la chasse "scientifique" ne peut être permise, autour des îles des Antilles françaises, Martinique, Guadeloupe, St Martin et St Barthélémy.
En savoir plus sur www.ifaw.org
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