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 INTERVIEW 
Janvier 2006

"Le chien est considéré comme un membre de la famille"

Michel QuertainmontMichel Quertainmont, médiateur de la relation homme/chien et président de la Fédération Européenne des Comportementalistes, donne ses conseils de spécialiste pour améliorer la compréhension entre l'homme et l'animal.
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Le métier de comportementaliste est récent. Comment expliquez-vous cet enthousiasme pour la psychologie des animaux ?
Le métier de comportementaliste existe depuis une vingtaine d'années, mais il est vrai que l'on assiste depuis peu de temps à une prise de conscience de plus en plus importante. Auparavant, l'animal était traité sans que l'on prenne en compte ses émotions. Aujourd'hui, le chien, et ceci est valable pour beaucoup d'autres animaux, est considéré bien souvent comme un membre de la famille à part entière, et les maîtres cherchent davantage à comprendre les difficultés et à les résoudre sans avoir recours à la contrainte.

"Le comportementaliste a un rôle de médiateur. On pourrait même parler de pédagogue auprès du maître".

Comment définissez-vous le rôle du comportementaliste ?
Le comportementaliste a un rôle de médiateur. On pourrait même parler de pédagogue auprès du maître. A l'origine, il existe une mauvaise compréhension entre le maître et son chien, et il en découle un "comportement-réponse" inattendu, telle que la malpropreté ou l'agressivité. Le maître attend un comportement précis de la part de son chien. Il le veut obéissant, il exige du savoir-vivre, il souhaite que le chien comprenne parfaitement et rapidement ce que l'on attend de lui. C'est impossible, car les capacités d'adaptation de l'animal sont limitées. Les comportements-réponses sont les tentavives d'adaptation du chien à un contexte relationnel dans lequel il n'arrive pas à s'intégrer. Le comportementaliste trie et analyse ces informations et va tenter de résoudre et d'établir une meilleure compréhension entre le chien et la famille.

Pour quels symptômes êtes-vous le plus consulté ?
Les symptômes que je rencontre sont assez variables. Les plus fréquents sont les conduites agressives, les destructions, la malpropreté. On me parle également de chiens hyperactifs et nerveux, alors qu'une meilleure compréhension permet dans la plupart des cas d'apaiser efficacement l'animal. Certains m'appellent également pour accompagner un chien malade ou en fin de vie, afin de mieux répondre à ses attentes. Enfin, certaines personnes m'appellent lorsqu'elles accueillent un chiot car elles estiment avoir besoin d'aide.

Au vu des difficultés que vous rencontrez, pensez-vous que cette dernière démarche devrait être un réflexe ?
Oui, le bon choix et la bonne intégration du chiot dans la famille freinent considérablement l'émergeance des difficultés. Si les maîtres commettent des erreurs dès cette phase, la situation ne pourra qu'empirer.

"La bonne intégration du chiot dans la famille freine considérablement l'émergeance des difficultés".

Malheureusement, l'acquisition d'un chien est souvent le fruit d'un coup de cœur précipité. Il serait bon de demander conseil auprès d'un comportementaliste, et notamment pour les chiens provenant de refuges, car leur vécu est inconnu et souvent sujet à une cohabitation homme/chien plus complexe.

Vous vous déplacez régulièrement à domicile. Ce choix est-il important sur les résultats de votre travail ?
Je pense en effet que la consultation à domicile est essentielle pour comprendre le contexte dans lequel vit le chien. A mon arrivée, je suis confronté d'ors et déjà à ses réactions, à l'accueil qu'il réserve à un étranger. Ce moment est très révélateur. Il m'arrive inversement de recevoir les maîtres dans mon bureau, sans l'animal : cette situation permet de détacher les maîtres de la responsabilité de leur chien, de leur faire comprendre et d'admettre leur propre implication sans que la faute soit automatiquement rejetée sur l'animal.


Justement, vous semblez penser que ce sont les maîtres qui sont à l'origine de la mauvaise relation...

Beaucoup de maîtres reconnaissent assez facilement que leur part de responsabilité est entière. Cependant, elle reste pour moi indirecte : une foison d'idées reçues, issues de tout milieu et dont les médias se font parfois le relais, circule sur le chien et ses comportements. Recettes faciles et "trucs" en tout genre en font partie. Seule une approche individuelle et précise permet une solution individuelle et précise.


Peut-on parler de pathologie comportementale, d'état de dépression chez le chien ?

Il existe des pathologies comportementales, c'est évident. J'ai davantage de réserve pour qualifier un chien de "dépressif", parce qu'ici encore, ce n'est parce qu'un chien est calme qu'il ressent de la tristesse. Il faut d'ailleurs faire très attention à ne pas trop appliquer au chien des émotions en réalité propres à l'homme. Le chien témoigne, plutôt que de la joie, de l'excitation. Ainsi, si l'animal n'est pas joueur, le maître estime que c'est anormal et s'inquiète. C'est l'une des idées reçues que j'évoquais précédemment.

"Il faut d'ailleurs faire très attention à ne pas trop appliquer au chien des émotions en réalité propres à l'homme".

Vous êtes comportementaliste. Quelle différence existe-t-il entre votre profession et celle du vétérinaire-comportementaliste ?
Au-delà de la formation et du diplôme, la principale différence est le fait que le vétérinaire comportementaliste a le droit de prescrire des médicaments. C'est bien sûr une différence de taille, mais j'ai remarqué, en écoutant des vétérinaires-comportementalistes s'exprimer, que nous suivons tout de même une démarche très semblable. Les résultats par contre peuvent être sensiblement différents, de part la médication qui demeure l'avatar du vétérinaire.


A ce propos, pensez-vous que la médication, notamment celle par anti-dépresseurs, soit une réponse aux comportements dérangeants chez le chien familier ?
Les vétérinaires praticiens prescrivent parfois trop rapidement ce type de médicaments. Si les symptômes disparaissent, les causes demeurent, et l'arrêt du traitement occasionne une régression, jusqu'à la situation initiale, voire plus compliquée, si aucun travail n'est mis en place pour faire évoluer le contexte relationnel. Je pense que dans ce cas, une collaboration entre le vétérinaire praticien et le comportementaliste est essentielle, afin de davantage cerner
les difficultés et d'apporter un meilleur soutien aux propriétaires démunis.

En savoir plus
Sur le Web
La Fédération Européenne des Comportementalistes
Le site de Michel Quertainmont

Quels conseils essentiels donneriez-vous à une personne qui accueille un chien ?
Je lui conseillerais d'abord d'organiser le milieu de vie préalablement à l'arrivée du chien, en pensant à la sécurisation du chiot (fils électriques, plantes toxiques, etc.). Pour l'accueil même, de prévoir le plus grand calme et d'éviter que toute la famille, ou les voisins soient présents. J'insisterais également sur le fait de ne pas envahir ce petit chien tellement préoccupé par ce changement et de le poser immédiatement à l'endroit que l'on aura préparé pour lui. Il convient dès cet instant de lui laisser le temps de découvrir son environnement à son propre rythme, sans le solliciter. Pour le chien adopté en refuge, le travail, plus complexe consistera à proposer un modèle relationnel différent de celui qui l'a peut-être amené à être délaissé par ses précédents propriétaires.

 
 Aude Chardenon, L'InternauteNature
 
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