RENCONTRE
Janvier 2007
"Les animaux sont la clé de survie des hommes"
Comment est né votre amour des animaux ? Michel Klein Je crois que c'était caché dans mes instincts. La révélation s'est produite au cours de l'été 1940, pendant la Débâcle. Je l'ai d'ailleurs expliqué dans un livre "Ces bêtes qui m'ont fait homme", chez Robert Laffont. J'allais chercher des œufs et des poulets dans une ferme dont le métayer s'appelait Mario. Il se plaignait que ses poulets et ses poussins mourraient en grand nombre. Je venais alors de passer la première partie du Bac. J'ai donc pratiqué des autopsies sur les animaux et trouvé des vers dans les trachées. Je cherchais des journaux agricoles, du genre "Rustica" pour parfaire mes connaissances. J'ai ensuite pratiqué des injections intra-trachéales aux poussins et aux poulets. Avec Mario, on s'est attelé à retourner la terre de la ferme en incorporant du sulfate de fer afin de déparasiter le terrain. A l'époque, il n'y avait pas de grand élevage de volaille, et les animaux vaquaient dans les cours et les terrains de la ferme. Tout est rentré dans l'ordre et je crois que c'était pour moi-même une innovation inattendue !
Votre notoriété vous sert-elle pour sensibiliser les gens à la cause animale ? Oui, cela a toujours été le cas depuis ma 1ère émission à la télévision, en 1958. Dans mon dernier livre, je parle d'une guenon que j'avais opérée, Golotte, qui appartenait à Martine Beauvais, l'attachée de presse des Bouglione. Cette intervention a été diffusée à la télé, et c'était vraisemblablement une première mondiale. Suite à cela, j'ai eu l'honneur d'être invité à l'émission vedette de l'époque, "Au-delà de l'écran". J'y suis allé avec un perroquet qu'une cliente avait abandonné car l'oiseau s'arrachait les plumes. Je ne lui ai administré aucun traitement, mais le fait de vivre dans une ambiance qui lui était favorable lui a fait repousser les plumes. J'ai parlé des bêtes au cours de cette émission, comme j'en parle encore aujourd'hui. Déjà à cette époque, j'avais le sentiment que les animaux méritaient autant de considération que les êtres humains.
Travaillez-vous toujours à Thoiry ? Je ne travaille plus à Thoiry, mais j'y vais de temps en temps. J'ai d'ailleurs fait une émission de télé en compagnie du vicomte Paul de Lapanouse, diffusée sur Direct 8 avant Noël. Je garde des relations très amicales avec Thoiry et les autres réserves que Paul (devenu aujourd'hui comte de Lapanouse car son père Antoine est décédé il y a quelques jours) a créées à Peaugres, à 70 km au sud de Lyon.
Quel est l'animal sauvage que vous préférez ? J'ai commencé par les panthères, j'ai évolué vers les tigres, et le lion est venu en dernier, bien que les guépards et les ocelots aient occupé une grande place dans mes préférences. Je ne sais pas finalement où se trouve la première place, mais les félins restent en tête. Néanmoins, lorsque je me trouve près d'un rhinocéros, ou d'un éléphant, je me sens toujours sensibilisé et touché... Difficile de l'exprimer ! J'ai toujours envie de communiquer avec les bêtes, je ressens un plaisir très particulier à me trouver en leur compagnie. Je zappe à la télévision, et je m'arrête là où il y a des animaux !
Quel combat pour les animaux vous a le plus marqué ? Ce sont les tigres qui m'ont le plus marqué. J'ai pu communiquer avec eux, je me sentais aussi à l'aise que si cela avait été le chat de la maison ! En fait, cela dépend des moments, je ne sais pas vraiment, car il y a aussi les ours, les lions... On me pose souvent cette question, mais j'ai du mal à y répondre !
Est-ce que Dorothée aimait les animaux ? Absolument ! Et le plus formidable, c'est que les bêtes le savaient ! Un jour, j'ai amené une tigresse du cirque de Moscou, réputée très calme mais que je connaissais très peu. Lors de la répétition, je portais une belle chemise que je ne voulais pas abîmer... Dorothée s'est donc proposée. Pendant l'émission, la tigresse a bondi sur Dorothée, et s'est mise à lui faire des léchouilles. C'était formidable !
Quelle opération sur un animal a été la plus dure à réaliser ? Je crois que c'était une ovariohystérectomie sur une zébresse. Le péritoine (autour de l'abdomen) d'un équidé est ultra sensible. Dès que l'air ambiant entre en contact avec le péritoine, une péritonite suit automatiquement et peut s'avérer mortelle. Cette zébresse faisait des prolapsus utérins. Je devais faire une anesthésie locale et l'empêcher d'avoir des contractions... Or je disposais de la première bulle stérile au monde. Je l'ai opérée par le flanc et elle a guéri !
Qu'est-ce que la bulle chirurgicale ? Cela permet d'opérer n'importe où d'une façon plus stérile que dans n'importe quelle salle d'opération autant pour les hommes que pour les animaux.
Est-ce que le tatouage fait souffrir l'animal ? Non. Le premier toucher surprend, mais on s'habitue ! On peut maintenant mettre des puces électroniques par simple piqûre. Le tatouage des chiens, c'est moi qui l'ai proposé en 1970 au Premier Ministre de l'époque Monsieur Chaban-Delmas. Cela constituait pour moi un acte d'intérêt public.
Si je fais castrer mon chat, aura t-il des problèmes avec les autres chats et sa santé sera-t-elle affectée ? Il est certain que la castration est une mutilation. Néanmoins, je mettrais sur le dos de Socrate un "mot" qui disait approximativement que quand on n'en a plus, on n'a plus de problèmes. En réalité, les Anglais disent "neutraliser", au lieu de "castrer", c'est une question d'étymologie. Il n'y a pas de souffrance, puisqu'on la pratique sous anesthésie générale. Ce n'était pas le cas il y a 40 à 50 ans. L'inconvénient, c'est la tendance à l'adiposité (prise de poids). Il suffit de régler le régime alimentaire et ne pas en abuser. Parfois les mâles entiers attaquent les femelles castrées.
Dr Klein, je suis une de vos fidèles admiratrices, et je possède votre premier livre que je garde précieusement. Croyez-vous qu'un jour le droit des animaux sera respecté et enfin appliqué ? Et comment pouvons-nous agir dans ce sens ? Est-ce qu'un de vos enfants compte prendre la relève de votre combat ? Merci de votre fidélité. Premièrement, je garde un espoir optimiste que le monde se réveille très vite par la force des choses. Les animaux représentent la clé de survie de l'espèce dite humaine. C'est l'objet de mon livre actuel, "L'avocat des Bêtes". Sur la couverture, j'ai dans mes bras un puma, une femelle à laquelle j'avais fait une insémination artificielle. Elle était apprivoisée et très aimée par mes amis qui l'ont élevée. Hélas, mes enfants se sont dirigés vers d'autres voies, mais restent toujours aussi attachés aux bêtes que pendant leur jeunesse. D'autres, comme Nicolas Hulot ou Al Gore, personnages bien connus, reprennent ce flambeau, et tôt ou tard, les animaux devraient regagner la place qui leur est due. Vous vous souvenez peut-être de mes émissions "Terre, attention Danger", basées sur le principe "connu et prouvé" : si une espèce prolifère exagérément, les autres sont obligées de disparaître et de céder la place. Celle qui a proliféré reste seule, l'écosystème est cassé, et ne peut plus survivre. La planète Terre n'est qu'un grand enclos, où l'espèce humaine est née il y a 10 millions d'années et a survécu grâce à toutes les bêtes jusqu'à présent. Aujourd'hui, il n'y a plus 1m² où les bêtes puissent être chez elles, et l'espèce humaine se multiplie exponentiellement. Arrêter ce "wagon" sur cette pente à 60° semble difficile mais si l'on n'applique pas des freins exceptionnels, on ira droit dans le mur.
Est-ce que vous vous préoccupez des animaux domestiques ? Parmi les domestiques, il y a deux catégories : ceux destinés à l'alimentation humaine et animale, et les animaux familiers, qui vivent auprès de nous grâce à l'affection que nous leur portons et qu'ils nous rendent largement car ils nous aident également à vivre plus en paix avec nous-mêmes et avec nos congénères. Si vous avez l'occasion de lire "L'avocat des Bêtes", je souhaiterais attirer votre attention sur la préface de Pascal Picq du Collège de France, grand spécialiste d'anthropopaleontologie, dont les nombreux livres sont particulièrement intéressants. Je souhaite le remercier de m'avoir fait l'honneur et le plaisir de soutenir mes dires.
» Et aussi Le portrait de Michel Klein
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