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Interview
Octobre 2007
"Le spectacle des fous de Bassan provoque une sorte de choc émotionnel"
Où se situe la réserve naturelle ? La réserve naturelle des Sept-Iles se situe sur la commune de Perros-Guirec (Côte de Granit Rose), dans le Trégor, à l'ouest des Côtes d'Armor. Le Trégor, surtout dans sa partie littorale, bénéficie, grâce à la Manche, d'un climat très tempéré, c'est à dire avec une faible amplitude de température. Autrement dit, canicules et gelées sont rares. Quel est le rôle de la Ligue Protectrice des Oiseaux en ce qui concerne la réserve ? La Ligue pour la Protection des Oiseaux est une association de protection de la nature, présidée par Allain Bougrain-Dubourg et qui agit sur tout le territoire national. La LPO a créé la réserve des Sept-Iles en 1912 pour mettre fin à la chasse au macareux moine. La réserve a obtenu le statut de réserve naturelle en 1976
et le ministère en charge de l'environnement a nommé la LPO gestionnaire.
Les Sept-Iles font donc partie du réseau des Réserves Naturelles de France
(RNF regroupe 160 réserves en métropole et dans les DOM-TOM). Les missions
de la LPO sur la réserve naturelle sont le gardiennage d'une part et le suivi
scientifique d'autre part. Les deux salariés de la LPO dédiés à la réserve naturelle sont commissionnés par le Ministre de l'écologie pour faire respecter la règlementation. Le débarquement, par exemple est interdit sur les îles, à l'exception d'une seule. Ce sont également eux qui dénombrent les colonies d'oiseaux de mer, ainsi que les phoques. Ils réalisent des suivis de la flore terrestre, des algues, des invertébrés marins... Tous les éléments de l'écosystème "îlots marins" sont ainsi pris en compte dans le suivi scientifique, ce qui contribue à une véritable veille écologique.
La Station LPO de l'Ile Grande, qui fait office de maison
de la réserve, est située à Pleumeur-Bodou, à 15 km de Perros-Guirec. La LPO
y accueille et y sensibilise le public à la protection des oiseaux marins
et de la nature en général, grâce à des expositions et à des animations. Parmi
les expositions, une liaison vidéo en direct de l'île Rouzic permet au public
de voir les fous de Bassan sans les déranger. Ce centre nature héberge également
un centre de soins pour les oiseaux en détresse, avec comme spécialisation,
les oiseaux mazoutés. Combien de personnes y travaillent en été et en hiver ? La LPO emploie 9 personnes pour gérer la réserve naturelle, accueillir et sensibiliser le public et soigner les oiseaux en détresse. Mais elle a également recourt à de nombreux bénévoles et ce, tout au long de l'année. Quelles sont les activités principales de la station en été et en hiver ? La saison d'animation occupe l'équipe de mars à octobre, avec les groupes scolaires puis les touristes. Les visites commentées des expositions alternent avec les sorties de découverte, à pied autour de l'Ile Grande et en bateau autour des Sept-Iles. La LPO propose également des sorties d'observation des oiseaux en hors saison estivale, sur la côte de granit rose, ainsi qu'ailleurs en Bretagne. Le centre de soins recueille des oiseaux en toute saison, mais connaît surtout deux pics d'activité, l'un en fin de printemps et en été, avec les jeunes oiseaux tombés des nids et qu'il faut élever, l'autre en hiver avec les oiseaux mazoutés. Même sans marée noire, la Station LPO recueille 200 à 300 oiseaux mazoutés chaque hiver. En janvier et février derniers, 400 oiseaux mazoutés ont été recueillis suite à la pollution du MSC Napoli. Un millier d'oiseaux (toutes causes confondues) sont recueillis et soignés chaque année.
Quelles sont les espèces d’oiseaux que l’on peut rencontrer le plus fréquemment en fonction des saisons ? Le rôle premier de la réserve naturelle des Sept-Iles est d'accueillir les colonies d'oiseaux de mer au printemps et en été. C'est donc un site de reproduction, pour des espèces qui pour la plupart vivent en haute mer le reste de l'année. On dénombre 12 espèces d'oiseaux de mer pour un total de 23 000 couples. Les espèces les plus remarquables sont le macareux moine, le pingouin torda et le fou de Bassan.
Quelles sont les réactions des visiteurs par rapport à la réserve et l’action de la LPO ? Le spectacle qu'offre la colonie de fou de Bassan est tel que le visiteur est toujours émerveillé. Déjà, le fait de prendre le bateau n'est pas habituel, puis, arriver devant l'île Rouzic, au pied de cette énorme colonie de 19 000 couples de fous bruyants, provoque une sorte de choc émotionnel, même et surtout pour le non initié au monde des oiseaux. Des ornithologues viennent de toute l'Europe pour voir les
Sept-Iles. C'est important pour une association de protection de la nature
comme la LPO de présenter des actions positives, des réussites de la conservation
de la nature. Montrer l'exceptionnel, le merveilleux est un bon moyen de sensibiliser
le public pour ensuite évoquer la nature plus banale, mais qu'il faut aussi
protéger, avant d'évoquer les menaces. A quels problèmes êtes-vous le plus fréquemment confrontés ? L'accueil de poussins de goéland argenté est de plus en plus problématique. Cette espèce est en forte diminution sur les îles, où les adultes semblent ne pas trouver suffisamment de nourriture pour élever leurs jeunes. C'est certainement ce qui explique qu'ils sont de plus en plus nombreux à s'installer en ville, où la nourriture est plus abondante. En été les poussins tombent des toits et sont recueillis par des passants qui nous les amènent. Nous devons donc élever 100 à 200 jeunes goélands simultanément.
Quelle est la plus grosse menace à peser sur les populations d’oiseaux de l’île Grande ? Aux Sept-Iles, plane toujours la menace de la marée noire
en période de reproduction qui peut décimer les populations. C'est déjà arrivé
à trois reprises. C'est pourquoi les colonies d'alcidés (macareux, pingouin
et guillemot) sont au plus bas aujourd'hui. Les effectifs de ces espèces sont
si faibles en France, que l'on pourrait les voir disparaître dans les décennies
à venir. On parle beaucoup de changement climatique aujourd’hui. Y a-t-il à l’échelle de la réserve des changements significatifs, conséquences de ce réchauffement, dont vous avez été témoin ces dernières années ? Le changement climatique n'aura probablement pas d'impact direct sur les oiseaux, mais plutôt sur leurs proies. Notre crainte est que le réchauffement de la mer entraîne une diminution de la ressource en poisson, comme c'est déjà le cas au nord de la Grande Bretagne. Les oiseaux devraient alors effectuer des déplacements plus importants pour trouver de la nourriture et la ramener pour leur progéniture, pour finalement un succès de reproduction plus faible. C'est ce que la LPO étudie actuellement aux Sept-Iles et plus particulièrement sur le fou de Bassan. Enfin, y a-t-il un point en particulier que vous voudriez aborder ? Parmi les difficultés que nous rencontrons, il y a celle du financement de toutes ces opérations. Alors que la lutte contre la perte de biodiversité fait partie des engagements de l'Etat, celui-ci diminue sa dotation aux réserves naturelles et met en difficulté les associations qui gèrent les réserves. La protection de l'environnement ne semble pas être l'enjeu majeur dont on parle tant...
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