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Vous êtes partis pour un trek, vous avez eu un aperçu de ces contrées à priori hostiles mais pleines de richesses. Racontez ce petit ou grand périple à travers les éléments.
Dossier Les plus beaux déserts du monde
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 Au delà de la dune  

Sabine Pascal , Villeurbanne

Quel est ce désert que vous avez parcouru ? Quelle genre d'activité y avez-vous pratiqué (marche, découverte de la flore et de la faune, photo…) ?

Sahara, sud Maroc.

Quelles émotions avez-vous ressenties à la découverte de cet environnement si particulier ?

Encore un pas. Encore un pas. Un autre.
Tu vas mourir ? Non, il faut tenir le coup.
Encore un pas. C’est dur ? Ne pense à rien, avance, avance !
Les pieds en sang, les talons déchirés, ça fait bien longtemps que tu ne les ressens même plus. Ta poitrine explose, ton cœur s’arrache, le souffle te manque. Chaque atome de tes jambes et de tes reins te fait mal. Ne pense à rien, avance, c’est tout.
Le soleil est au zénith. Ca cogne. Autour de toi, c’est une fournaise blonde. Le sable brûle comme un métal en fusion et l’air flambe et tremble de chaleur. Avance, tu n’as que ça à faire. Un pied, un pied, l’un après l’autre, sans te poser de question. Tu sais que tu ne peux pas faire autrement. Tu sais qu’il n’y a pas de marche arrière. La sueur te coule sur le visage, te pique les yeux, et tes bronches sont en feux. Tu rêves de neige et de glace, et tu sais que l’hiver prochain tu rêveras de ce soleil de plomb. Mais aucune de ces sensations ne peut être ressenti à contre temps, elles ne sont pas interchangeables, et il ne te sert à rien d’imaginer les montagnes blanches et les sapins frais qui s’agitent dans la bise.
Tu marches. Tu marches. Parfois, tu pars dans un délire, une fièvre, des hallucinations. Il n’y a que le rythme de tes pas qui te raccroche à la réalité.
Le temps passe, mais tu ne le mesures plus. Tu avances, mais tu ne sais pas si il y a une fin à ton chemin. Il ne faut pas réfléchir à ça. Il faut marcher. Tu as l’impression de soulever une tonne chaque fois que tu lèves un pied. Les pas dans le sable ne permettent pas de progresser, tu crois refaire toujours et toujours le même. Quand il y a un buisson à l’horizon, tu marches désespéramment vers lui, en espérant qu’il annonce quelque chose, une halte, un puit. Mais quand il est atteint, il n’y a rien, rien qu’un autre petit buisson, très loin, vers l’horizon. Tu te dis que tu ne sortiras jamais de cette dune, et encore une autre derrière, et encore une autre, à perte de vue. Tu te dis qu’il n’y a pas de fin à cet espace, et que chaque dune franchie ne laisse voir que d’autres dunes, éternellement pareilles. Tu te dis que ce paysage sublime et grandiose sera ton tombeau et que tes os blanchiront à tout jamais sous ce soleil implacable. A chaque instant, tu te dis que tu n’iras pas plus loin, que tout en toi est épuisé, que maintenant tu acceptes de mourir...

Pense au bout de l’étape. Pense au bivouac. Pense au thé sucré que tu vas déguster affalé sur des tapis moelleux. Et puis surtout pense à la source qu’il y aura là bas. Pense aux pieds dans l’eau fraîche. Pense à l’onde dégoulinant de tes mains sur ta tête et tes épaules. Pense au soleil qui bientôt va décliner derrière les dunes. Pense au moment où tout va virer dans les rouges, les oranges, les ocres puis les violets. Pense à la tombée du jour et à la fraîcheur qui va venir. Pense à la paix que tu vas ressentir en voyant mourir ce jour si beau et si pur. Pense au repas frugal et délicieux. Pense aux chants rauques et syncopés qui vont monter dans la nuit, autour du feu, et qui vont bercer ta fatigue, ton épuisement, jusqu'à ce que tu fermes les yeux, jusqu’à ce que tes rêves se confondent avec les récits de la journée. Pense à cette nuit merveilleuse où ce sable assassin va enfin devenir une couche douillette et apaisante...

Demain, il sera temps de repartir. Demain il sera temps de souffrir encore. Mais dors, dors tranquille, tu es au milieu du désert, tu as toujours rêvé d’y être, ton sommeil peut être calme. Tu es bien...

Car tu l’as rêvé, ce désert. Tu les as voulu, ce sable, ce vent, cette chaleur. Tu l’as cherché, cette soif, cet épuisement. Toute ta vie, tu as dit que tu voulais venir ici. Et tu y es. Regarde le, ton désert, tu l’as mérité...

Au-delà de toutes les sensations extrêmes que tu auras vécues ici, au-delà des anecdotes et des misères quotidiennes, tu sais ce que tu es venu y chercher, et tu sais que tu rentreras avec le trésor que tu espérais. Tu sais qu’une partie de toi aura changé quand tu quitteras ces terres arides, tu sais que tu auras grandi. Tu sais que ton regard verra des choses différentes, et tu sais aussi que ces dunes resteront à jamais dans ta mémoire...

Et comme tous les matins, ici, malgré la douleur, tu as rechaussé les godillots, pour repartir, dès que les chameaux démarrent, coller à leurs pas, surtout sans les lâcher, pour la journée entière d’effort, tu sais que ce séjour te donnera l’énergie de repartir tous les matins dans ta vie, malgré tout ce qui peut t’attendre...

Tu étais venu chercher ton désert, il t’a donné un peu de sa force immense, et ta vie ne sera plus tout à fait la même. Tu sais maintenant que même au milieu des sables, à des lieux de tout, malgré la température inimaginable, le soleil extrême et le vide apparent, il y a quand même des oiseaux.


Publié le 24 août 2009

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