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Bruno Portier, auteur du docu "La Grande Inondation"
CHAT
 
Décembre 2006

"Seuls 4 arrondissements seront épargnés par la crue !"

Bruno Portier, scénariste du docu-fiction d'anticipation "Paris 2011", a répondu à vos questions en direct le mercredi 20 décembre. Retrouvez-ici l'intégralité du chat.

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Dans quel genre cinématographique votre film s'inscrit-il ? Film catastrophe ?

Photo © Cécile Genest
"On ne sera jamais prêts"

Anticipation ? Fiction ?

Bruno Portier : C'est un documentaire d'anticipation. Je n'ai en aucun cas voulu faire un film catastrophe. Certains experts m'ont d'ailleurs demandé pourquoi le scénario n'était pas plus catastrophique : pourquoi on ne voyait pas un parapet de la Seine qui flanchait, un pont qui lâchait, une épidémie... Or il s'agit davantage d'un film éducatif que d'un film catastrophe. L'objectif était bien de faire un documentaire.

Y a-t-il une part de fiction dans votre anticipation, ou estimez-vous que toutes les images que vous filmez peuvent être scientifiquement prouvées ?

Non, il y a bel et bien une part de fiction. Mais tout est plausible et tout peut arriver. On ne peut jamais prédire le futur. Le scénario a certes été lu par des spécialistes, qui l'ont validé, mais même eux ne jureraient pas que cela se passera comme ça.

Avez-vous fait appel à des scientifiques pour réaliser votre film ?

A des experts - oui, que l'on peut considérer comme scientifiques dans leur domaine. Ils ne sont pas chercheurs mais experts. La DIREN (direction de l'environnement) m'a beaucoup aidé : c'est elle qui est en charge de la surveillance des rivières, des fleuves et des cours d'eau. Elle a notamment conçu plusieurs scénarios de crue, dans une perspective de prévention. Par ailleurs, les architectes en charge de la protection de la BNF ont également été interrogés. EDF de même : l'entreprise est la première concernée par la question des postes d'électricité susceptibles de sauter.

Que répondez-vous aux critiques pour lesquelles vous avez écrit un film à la gloire des autorités publiques ?

Le film avait davantage ce caractère au départ. Mais l'histoire dérape par rapport à ce qu'avaient prévu les autorités ; les choses qui étaient censées bien se passer ne se passent pas bien en réalité... Jusqu'où peut-on aller dans le dérapage sans verser dans le catastrophisme ? Je ne souhaitais pas en faire trop, pour éviter que la partie "docu" ne soit attaquée. Je ne crois pas encenser les autorités, mais je ne les fais pas passer pour des incapables non plus.

D'après vous, les autorités publiques sont-elles prêtes à affronter une telle crue ?
Je pense qu'il est dur de se préparer à un tel événement mais elles y travaillent. Cependant on ne sera jamais prêts. Certaines structures sont néanmoins plus au point que d'autres. Les transports, par exemple, car ils sont les plus en danger. Le discours officiel consiste à dire "on est prêts", même si dans les faits c'est une situation difficile à contrôler. L'eau peut arriver n'importe où : Paris est un gruyère.

Vous êtes-vous inspiré de la Grande Crue de 1910 pour le scénario de Paris 2011 ?
Mon travail de scénariste consistait principalement à travailler à partir des données de 1910 et imaginer ce qu'il pourrait se passer en 2011.


Photo © Cécile Genest
"Certains experts m'ont demandé pourquoi le scénario n'était pas plus catastrophique."

Selon vous, le PPRI (Plan de prévention des risques d'inondation) mis en place par la Mairie de Paris est-il suffisant pour faire face aux risques ?
Pour une crue d'une telle ampleur, le plan concerné est le PPSI (Plan de secours spécialisé inondations, mis en place par la Préfecture de Police, NDLR). Des mesures sont prises dès aujourd'hui pour éviter de construire dans les zones inondables, bien que cela ne soit pas toujours respecté. De grandes chaînes de télévision par exemple, à Issy ou à Boulogne, sont situées en pleine zone inondable, mais elles disposent d'une alimentation autonome qui leur permettra de diffuser leurs programmes malgré l'inondation. Cependant il est difficile de protéger entièrement un bâtiment : l'eau peut entrer par les caves, les sous-sols...


Comparés à 1910, les dégâts seraient-ils plus grands ? Les conséquences plus dévastatrices ?
Bien sûr. En 1910 il y avait un peu d'électricité et on n'en dépendait pas. Aujourd'hui, sans électricité, il n'y a plus rien. Avant, les gens avaient de grosses couvertures chez eux ; aujourd'hui on dort vêtu légèrement grâce au chauffage, on prend une douche chaude le matin, on fait ses courses à côté de chez soi, etc. Or s'il n'y a plus de courant, il n'y a plus de sécurité, les cartes bleues ne fonctionnent plus, etc. Les répercutions seraient énormes. C'est pour cela que j'évoque dans le film des scènes de pillage : la crue enclencherait un processus complexe et inévitable du point de vue économique. Comme il n'y aura plus de systèmes d'alarme, il y aura sans doute des cambriolages. Certains ont sûrement prévu leur coup ! Mais ils doivent s'armer de patience...

L'imminence de la crue est-elle prouvée ? Que sait-on exactement ? La banlieue de Paris sera-t-elle touchée elle aussi ?
Selon les estimations, la crue arrivera d'ici 10 ans. Il s'agirait d'une crue centennale : la dernière crue comparable a eu lieu en 1910. Une crue centennale est une crue qui a chaque année une chance sur cent de se reproduire. Il y en a eu deux au XIXe siècle. Puisque tout le monde s'y prépare, c'est que l'on y croit vraiment.

Photo © Cécile Genest
"Il y aura sans doute des cambriolages prévus à l'avance"



Il paraît que les Américains ont replacé le film en 2010, pourquoi ?
J'ai refusé 2010. C'est la date anniversaire de la dernière grande crue à Paris et je ne voulais pas suggérer au public que la crue aurait lieu automatiquement cent ans plus tard. Ce n'est pas moi qui ai choisi la date.

A quels effets spéciaux avez-vous dû faire appel pour réussir à réaliser le film ?
Il y a de la 3D, des images de synthèse, des images prises en studio… Nous avons dû par exemple reconstituer une rue entière, qui a été successivement peinte et repeinte pour faire croire à une autre rue à chaque fois... Puis il a fallu retravailler ces images de studio en images de synthèse. Par exemple lorsque l' on voit les Invalides, c'est un plan retravaillé par images de synthèse. Les effets d'eau sont très difficiles à reproduire.

Le film a-t-il nécessité un gros budget ?
Le budget s'élève à plus de 2 millions d'euros, ce qui est un budget important pour un documentaire. Mais pour une fiction, la somme aurait sans doute été encore plus importante.

Quels ont été jusqu'à présent les réactions à votre film ?
Les critiques sont plutôt bonnes. L'audience a été très bonne.


Combien de temps à l'avance les Parisiens seront-ils prévenus de la montée des eaux ?
Cela se compte davantage en semaines qu'en jours. Malheureusement, la population sera prévenue par seuils. La Seine monte chaque année, comme on peut le voir avec l'inondation régulière des voies sur berges. Or les gens qui surveillent aujourd'hui à la DIREN ne peuvent rien anticiper à plus de 24h. Ce n'est que lorsque l'on atteindra un seuil critique que les informations seront données au jour le jour. Par ailleurs, il est difficile d'être réellement fixé ; même s'il s'arrête de pleuvoir, l'eau peut continuer à monter pendant une semaine. Enfin, le risque n'est pas réservé aux seuls Parisiens. La situation en Ile-de-France serait bien pire qu'à Paris. Certaines communes seraient sous l'eau à 100%.

Photo © Cécile Genest
"De la pluie au mauvais endroit et pendant trop longtemps"

Quels quartiers de la capitale montrez-vous principalement ?
Les arrondissements les plus touchés seront les XIIe, XIIIe, XVe, XVIe ; la carte sur le site de la Mairie de Paris est à ce titre assez parlante. Ces arrondissements seront les plus touchés par l'eau elle-même. Mais n'oublions pas également les problèmes d'électricité, de gaz, de chauffage... Seuls 4 arrondissements devraient être épargnés par ces problèmes.

Combien de temps avez vous mis pour écrire le scénario ?
J'ai écrit le scénario en un an et demi, à partir du début de l'enquête.

Pourquoi avoir choisi une femme dans le rôle du préfet ?
Actuellement une femme est à ce poste, alors pourquoi changer ?

Quels films catastrophes vous ont-ils inspiré ?
Aucun. Le réalisateur s'est quant à lui inspiré des effets spéciaux du "Jour d'après". Notre film est fondé sur une certitude, celle de l'imminence d'une crue, tandis que dans "Le Jour d'après", la catastrophe est prévue pour des siècles plus tard. Or elle arrive le lendemain.

Combien de temps faudra-t-il pour que Paris recommence à fonctionner normalement ?
Tout dépend du niveau de l'eau. Si l'eau monte comme en 1910, il faudra plusieurs années. Le temps de rétablir les réseaux, compte-tenu du fait que l'électronique sera entièrement détruite. D'ici là, une des priorités de la RATP et de la SNCF est donc de protéger tous les éléments électroniques, irrécupérables après une crue. Il faudra donc beaucoup de temps avant que tout ne redevienne normal, même si on pourra bien sûr vivre à Paris avant !

A quelle catastrophe naturelle pourriez-vous comparer la crue de 2011 telle que vous l'anticipez ?
Difficile de la comparer à un autre événement. Elle n'a aucun rapport avec l'ouragan Katrina, aucun rapport non plus avec un tsunami, ni avec les inondations en Allemagne... Elle n'a en fait rien d'extraordinaire ; juste de la pluie au mauvais endroit et pendant trop longtemps.

Y'a-t-il d'autres catastrophes du même type qui vous intéressent ?

Photo © Cécile Genest
"Il faudra plusieurs années pour que Paris recommence à fonctionner normalement"


Les catastrophes en général ne sont pas ma tasse de thé. Je suis plus intéressé par les catastrophes humaines. En ce moment je travaille pour France 5 sur la situation de l'agriculture dans le monde. J'ai d'autres sujets à mon actif qui traitent de la faim à échelle de la planète. J'ai également tourné un film sur les abus autour des abus, sexuels notamment.

Quant à vous, comment vous préparez-vous à la crue ? Vous êtes sans doute le plus protégé !
Détrompez-vous ! J'habite effectivement dans un arrondissement qui, en théorie, ne devrait pas être touché, mais j'y habitais déjà avant. En juin, des pluies torrentielles m'ont privé d'électricité pendant 4 jours. Je n'aurai certes pas de problèmes d'eau, mais des problèmes d'électricité, de chauffage, de cuisine, d'ascenseur ou de lumières, comme la majorité des parisiens.

Pour conclure, quel message voulez vous faire passer aux Parisiens ?
Amusez-vous bien ! Ce sera tout de même une expérience extraordinaire, à condition de vider ses caves, acheter des bougies et stocker des vivres à l'avance. Ou alors profitez-en pour prendre des vacances…

 

Paris 2011 - La grande inondation
Réalisation Bruno-Victor Pujebet
Scénario Bruno Portier
75 minutes
Studio Canal
Prix : 19,99 €
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EN IMAGES Paris inondé, les photos de la crue de 1910
20 photos

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