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Juin 2006

Clémentine Autain, chargée de la jeunesse à la mairie de Paris, en chat le 21 juin à 15h.

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Qu'est ce qui vous a poussé à vous engager en politique ?
Clémentine Autain : C'est une question complexe... C'est le croisement entre des blessures personnelles et une aspiration plus universaliste à contribuer à changer ce monde qui marche sur la tête. Et puis je viens d'une famille où on parlait beaucoup politique !

Photo © L'Internaute/Romain Degres
"Exergue 3 lignes"
Avez-vous des ambitions politiques nationales ?
J'ai déjà le sentiment de participer à la vie politique nationale ! Alors oui, je compte bien continuer à porter mes idées, à Paris où je suis élue mais aussi au-delà du périphérique !

Quels rapports entretenez-vous avec Bertrand Delanoë ?
Des liens politiques, évidemment, mais aussi affectifs. Il m'a très tôt fait confiance et je lui en suis reconnaissante. Nos relations sont franches et honnêtes et je crois que nous avons du respect l'un pour l'autre. Même si nous ne sommes pas d'accord sur tout...

Vous êtes libre de dire ce que vous voulez de la politique de Bertrand Delanoë ? Que pensez-vous de ses décisions controversées sur la circulation dans Paris ?
On est toujours libre de dire ce que l'on veut. Si on ne le fait pas, c'est que l'on estime que des intérêts supérieurs méritent que l'on se taise. En l'occurrence, c'est très librement que je vous dis que je partage l'orientation politique de la Ville de Paris en matière de circulation. Pour des raisons de santé publique et de qualité de vie, il faut changer les pratiques et réduire la place de l'automobile dans Paris. Je sais que nos décisions ne sont pas toujours bien perçues, que les travaux engagés (notamment pour le tramway) créent de profonds désagrément, voire même que certaines de nos décisions concrètes peuvent se révéler pas aussi performantes que prévues, etc. Pour autant, nous devons impérativement être volontaristes en la matière et l'Etat a aussi sa part pour faire respecter les règles de circulation et aider au développement des transports en commun.

Photo © L'Internaute/Romain Degres
"Exergue 3 lignes"
Quelle est la moyenne d'âge des adjoints de Delanoë? Etes-vous la plus jeune ?
Je n'ai pas fait le calcul... Effectivement, je suis la benjamine de l'exécutif. En tout cas, c'est sûr que notre équipe est relativement jeune par rapport à la moyenne d'âge des politiques. Pour mémoire, à l'Assemblée nationale, elle s'élève à 57 ans et trois mois. Il y a beaucoup de boulot pour que l'on ait des responsables politiques qui ressemblent à la diversité sociale. Les jeunes font partie des grands absents, c'est très regrettable. Je suis pour ma part une militante acharnée de la mixité générationnelle !

Quelles sont les grandes lignes de la politique de la Mairie pour les jeunes ?
Depuis 2001, nous avons sorti Paris de l'âge de pierre en matière de politique jeunesse. Nous voulons aider les jeunes à accéder à l'autonomie, et ce dans tous les domaines : emploi, santé, logement, culture, citoyenneté, etc. Nous avons notamment restructuré le réseau des antennes jeunes, espace d'accueil et d'information implantés dans les quartiers. Nous faisons vivre la démocratie participative, par le biais de conseils de la jeunesse. Nous avons mis en place différents dispositifs d'aide à projets : Paris jeunes talents, Paris jeunes vacances, Paris jeunes aventures, Paris jeunes solidarité... Le budget a déjà augmenté de 50% depuis notre arrivée.

Pourquoi avoir créé un conseil de la jeunesse à Paris ? Est-ce consultatif ou participatif ?
La participation du plus grand nombre à la décision publique est un combat. Les gens n'ont pas la démocratie infuse et il ne suffit pas d'ouvrir les portes des mairies pour que tous le jeunes s'y précipitent. De plus, nous vivons une période de grande crise démocratique et la défiance est forte à l'égard des politiques. Nous pensons que des espaces dédiés aux jeunes pour participer à la vie locale peuvent favoriser le climat démocratique à Paris, permettre un éveil à la citoyenneté et améliorer la décision publique. Les jeunes qui participent à ces conseils réalisent des projets (280.000 euros de budget propre, ce qui n'est pas rien) et mettent leur nez dans des dossiers tels que le sport, les transport, l'urbanisme, etc.

Photo © L'Internaute/Romain Degres
"Exergue 3 lignes"
Vous qui vous préoccupez autant de la situation professionnelle des jeunes, comment expliquez vous la décision de la Mairie de Paris de se séparer de ses emploi-jeunes, qui pendant 5 ans, ont exercé de véritables emplois, et dont l'absence fait si cruellement défaut aujourd'hui, en particulier dans les musées ?
Lesquels ? Je crois que la question devrait d'abord s'adresser à l'Etat qui payait 80% de ces postes et qui a décidé d'arrêter le dispositif. Nous ne pouvons pas faire face à toutes les carences de l'Etat !

Etes-vous pour la discrimination positive, les quotas, etc ?

Je déteste cette traduction du concept anglo-saxon de "positive action", qui en dit long sur le discrédit à l'égard du concept dans notre pays. Nous devrions parler d'actions positives en faveur de telle ou telle catégories de la population parce que dans discrimination, je ne vois rien de bon. Notre universalisme abstrait ne permet pas de lutter contre les mécanismes de la reproduction sociale. C'est pourquoi, de temps à autre, il faut forcer les choses pour permettre de faire vivre l'égalité. Car l'égalité méritocratique des chances est un leurre.

Pensez-vous que l'engagement politique chez les étudiants est de plus en plus rare? Cela vous fait-il peur pour l'avenir de la démocratie ?

Je n'ai pas ce sentiment. Je crois que l'engagement prend de nouvelles formes et le mouvement contre le CPE a montré que toute une génération d'étudiants avait su se mobiliser contre la précarité. D'ailleurs, l'organisation même de cette lutte est fort instructive. Je pense qu'il existe chez les jeunes une forte aspiration à participer à construire notre avenir mais que les formes politiques actuelles ne répondent pas à leurs attentes.

Photo © L'Internaute/Romain Degres
"Exergue 3 lignes"
Comment rétablir le dialogue entre les élus et les jeunes ?
C'est compliqué... Je constate chaque jour que la défiance est grande. Rajeunir la "classe politique" peut constituer un atout. Plus fondamentalement, l'enjeu est de faire la démonstration de l'utilité des politiques. Les jeunes s'y intéressent quand ils perçoivent les enjeux et quand ils ressentent un discours pas trop formaté, éloigné de la langue de bois.

Avez-vous participé à la campagne pour le vote dans les banlieues ? Pensez-vous qu'elle a porté ses fruits ?
Je n'ai pas été sollicitée pour cette campagne mais je le ferai avec un immense plaisir si je l'étais - même s'il me semble important que ce genre de bataille ne soit pas menée d'abord par celles et ceux qui sont susceptibles d'être candidate. C'est important que des militants associatifs et des artistes s'engagent pour inciter les jeunes à se mêler de ce qui les regarde.

Comment se porte le féminisme chez les jeunes ?
Bof ! Les jeunes ont grandi avec la pilule, l'école mixte et l'illusion bien pratique de l'égalité entre les sexes. C'est souvent plus tard qu'ils/elles prennent conscience des inégalités entre hommes et femmes. De plus, les stéréotypes sur les féministes ont la vie dure. Quel jeune a envie de ressembler à une "hystérique, moche, mal baisée"... ? L'enjeu de la transmission doit nous préoccuper car il n'y a pas de pente naturelle vers l'égalité des sexes et le chemin à parcourir reste encore long.

Photo © L'Internaute/Romain Degres
"Exergue 3 lignes"
Qu'est devenue l'association Mix-Cités ?
Elle continue à vivre et vous pouvez aller voir leur site sur internet. Par ailleurs, des Mix-Cité en régions continuent à se développer (Rennes, Toulouse, etc).

Etes-vous adhérente au PC ? Ne pensez vous pas que ce parti a besoin d'un rajeunissement ?
Non, je n'ai pas ma carte. Effectivement, comme tous les partis, le PCF aurait besoin d'un coup de jeune. Je milite en faveur de candidatures unitaires de la gauche anti-libérale en 2007, pour la présidentielle et les législatives. Les clivages actuels me semblent devoir être dépassé. Un gauche bien à gauche doit se reconstituer.

Avez-vous un homme ou une femme politique comme idéal de carrière ?
Ce n'est pas mon genre... Mais j'adore les femmes révolutionnaires, Rosa Luxembourg ou Louise Michel, ou Simone de Beauvoir.

Pensez-vous que José Bové puisse être un candidat de la gauche anti-libérale ?
Pourquoi pas ? Le meilleur profil sera celui ou celle qui permettra le rassemblement le plus large. Le plus important, c'est l'accord politique (notamment sur la stratégie) et surtout le contenu de l'alternative, le projet.

Que pensez-vous de Françoise de Panafieu ?
Je suis élue dans l'arrondissement dont elle est maire, le 17e. Je la pratique donc depuis 2001 en tant que membre de l'opposition. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle est assez autoritaire et franchement réactionnaire. De plus, elle a appartenu aux équipes de Chirac et Tibéri et se moule parfaitement dans cette gestion politique très clientélisme : je ne vois pas comment elle pourrait incarner l'avenir et le renouvellement à Paris ! Plus fondamentalement, elle porte un projet politique qui se moque bien des classes populaires.

Photo © L'Internaute/Romain Degres
"Exergue 3 lignes"
Le jeune est-il vraiment un salaud ou est-il juste le bouc émissaire de la société ?
Merci du clin pour le livre que je viens de co-écrire avec Mikaël Garnier-Lavalley, Salauds de jeunes (Robert Laffont). Nous défendons l'idée que les jeunes sont les boucs émissaires d'une société qui ne sait plus se projeter dans l'avenir.

Que pensez-vous du coup de pouce de Sarkozy aux familles des enfants scolarisés ?
Je pense qu'il a bien vu qu'un réel mouvement d'opinion, alliant des militantes politiques et associatifs, des profs et des parents d'élèves s'était constitué. Du coup, il a fait un geste mais qui relève surtout de l'arbitraire puisque l'essentiel des cas n'est pas réglé. Sa loi contre l'immigration est une attaque supplémentaire : il poursuit sa chasse aux sans-papiers et contribue à stigmatiser les populations issues de l'immigration. C'est totalement insupportable et je vous invite à manifester le 1er juillet à Paris contre l'immigration jetable...

En cas de second mandat, ferez-vous partie de l'équipe municipale?

Si ma tante en avait... Je me sauve. Merci de vos questions. Bonne journée et à bientôt...

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