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09/06/2006

"Les Français d'Outre-Mer rencontrent des problèmes semblables à ceux des immigrés"

George Pau-Langevin, déléguée Générale à l'outre-mer de la Mairie de Paris, a répondu à vos questions le mercredi 28 juin.

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En quoi consiste exactement votre rôle à la mairie de Paris ?
George Pau-Langevin Je suis chargée par le Maire de le conseiller sur les questions relatives à l'outre-mer et de mettre en oeuvre certaines actions en direction de la population ultramarine. Principalement, il s'agit des relations que la Ville de Paris entretient avec les régions d'outre-mer - les Antilles, la Réunion, la Polynésie - et de la gestion des difficultés d'insertion que rencontrent les migrants provenant de l'outre-mer, comme l'accès à l'emploi ou au logement. Il s'agit également d'aider les associations d'outre-mer à remplir leurs dossiers de subventions ou à faire aboutir leurs projets culturels. Avant mon arrivée, très peu de projets pouvaient être aidés par la Mairie.

Photo © L'Internaute/Romain Degres
"Il s'agit de gérer les difficultés d'insertion que rencontrent les migrants provenant de l'outre-mer, comme l'accès à l'emploi ou au logement."
Delanoë a-t-il créé le poste de Déléguée Générale à l'Outremer spécialement pour vous ?
Ce poste existait précédemment. Jacques Chirac avait créé cette délégation et l'avait confiée à un conseiller de Paris originaire de la Martinique, Jean José Clément. Jean Tibéri avait maintenu ce poste, mais comme il n'y avait plus d'ultramarins parmi les élus, il l'avait confié à un membre de son cabinet, M. Annichiarico. Bertrand Delanoë a gardé le même dispositif et m'a confié la mission de redynamiser cette délégation.

Savez-vous si d'autres mairies ont créé des postes similaires ?
Pas réellement. Il existe une Maison de l'outre-mer qui dépend du Conseil Général des Hauts-de-Seine, mais sous forme associative. Il y en a aussi à Sarcelles et à Nantes, notamment. Dans d'autres municipalités on trouve des conseillers municipaux ou des adjoints au Maire en charge de l'outre-mer. A Paris, le service est plus conséquent car les Ultra-marins sont nombreux dans les services de la Ville ou dans les administrations parisiennes. Ainsi, ils sont 12 000 à l' Assistance Publique de Paris. Par ailleurs, c'est à Paris qu' arrivent tous ceux qui n'ont pas encore d'attaches en métropole. D'où la nécessité d'un service social spécifique pour les épauler et les aider à s'insérer.

Photo © L'Internaute/Romain Degres
"Les termes "domiens" ou "AGR" (antillais, guyanais, réunionnais) me semblent très administratifs"
Qu'est-ce que vous entendez par communauté ultra-marine ?
J'hésite à employer le mot communauté car ce terme a une connotation péjorative en France, compte tenu de notre système d'intégration qui se veut universaliste et ignore les communautés. On employait souvent les termes "domiens" ou "AGR" (antillais, guyanais, réunionnais) mais qui me semblent très administratifs. Pour ma part, j'emploie le plus souvent le mot ultramarins car il recouvre un ensemble de populations et de territoires qui sont en quelque sorte les restes de l'empire colonial français, qui n'ont pas souhaité accéder à l'indépendance. Il s'agit soit des quatre vieilles colonies comme la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion, soit de territoires de colonisation plus récente comme Mayotte ou la Nouvelle Calédonie. Le point commun entre ces régions est qu'elles font partie du territoire de la France tout en étant situées géographiquement assez loin, le plus souvent sous les tropiques. On oublie trop souvent l'existence de ces nombreux Français qui vivent une problématique à bien des égards semblable à celle que vivent les immigrés, mais qui acceptent mal d'être considérés comme tels puisque, lorsqu'il a fallu choisir, ils ont voulu rester français.

La communauté ultra-marine souffre-t-elle encore de racisme ou de discrimination ?
Je pense que oui. Le racisme n'est pas déterminé par la nationalité mais par l'apparence physique. Quelqu'un qui est étranger, mais d'apparence européenne, n'est pas perçu de la même manière qu'un Français noir ou asiatique. Longtemps, les Antillais ont cru que leur nationalité française était un viatique. Ils ont souvent été déçus car ils sont confrontés au racisme comme toute autre personne. Il faut se souvenir que la période de la colonisation a inséré un certain nombre de représentations mentales qui ont du mal à s'effacer. Ceci dit, on aurait tort d'accuser de manière générale les Français de racisme. Au contraire, ils font preuve d'un grand sens de l'accueil et d'adaptation à une société qui a nettement changé, surtout dans les quartiers populaires. Ce matin, j'assistais à un parrainage républicain dans le XXème arrondissement. C'était très émouvant car nombre de parents d'élèves, non militants, se mobilisent pour éviter l'expulsion de jeunes étrangers scolarisés dans les mêmes écoles que leurs enfants. C'est de la fraternité humaine à l'état pur.

Photo © L'Internaute/Romain Degres
"On oublie souvent l'existence de ces Français qui vivent une problématique semblable à celle des immigrés, alors qu'ils ont voulu rester français."
Qu'est ce que le Carnaval Tropical ?
Le Carnaval est une des plus grandes fêtes populaires aux Antilles. S'y sont mêlées traditions européenne et chrétienne et musiques, masques et percussions d'origine africaine. Il s'agit donc pour l'essentiel d'un défilé de chars et de groupes à pied costumés et décorés au son de musiques tropicales. Cette année, 40 groupes participent au défilé. Quand dans les années 50/60 les ultramarins se sont retrouvés nombreux ici, ils ont ressenti la nostalgie de cette fête, comme du reste ceux qui avaient migré en Angleterre, aux Pays-Bas ou au Québec. Une première tentative pour revivre cette fête a eu lieu entre 1987 et 1992 mais elle a vite été abandonnée. Quand Bertrand Delanoë est arrivé, il a accepté de la relancer à la demande des associations antillaises de la région parisienne. Petit à petit, la Mairie et notamment la Délégation à l'outre-mer ont été amenées à s'impliquer de plus en plus pour garantir que la fête se déroule dans les meilleures conditions. Les premières années, elle s'adressait surtout aux Antillais d'Ile-de-France qui y venaient très nombreux, mais nous souhaitons de plus en plus que tous les Parisiens s'y reconnaissent et y participent.

A quelles autres manifestations culturelles ultra-marines peut-on assister à Paris ?
Paris compte de nombreuses manifestations se rapportant aux cultures créoles, car 80% des Antillais vivant en métropole (soit environ 500 000 personnes) vivent en région parisienne. De surcroît, on évoque cette année le centenaire de la naissance de Senghor, le grand ami du poète martiniquais Aimé Césaire avec qui il a créé le mouvement de la négritude. En septembre se tiendra un colloque à l'Unesco évoquant ce mouvement littéraire. Paris Plage a pour thème la Polynésie. En décembre prochain, ce seront la Guyane et l' Amérique Latine qui seront à l'honneur dans l'exposition d'art contemporain Latitude qui se tient chaque année à l' Hôtel de Ville.

George Pau-Langevin Je vous remercie de m'avoir invitée.

 

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