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Comment êtes-vous venu à la photographie ?
Ce fut une véritable étincelle. Au départ, je me suis intéressé à la photo en tant qu'amateur.
Un jour, dans un café à Chypre, j'ai réalisé une photo de deux vieillards. Les conditions lumineuses étaient difficiles, j'ai shooté au 1/8ème de seconde. Ils étaient soulignés d'un trait de lumière, c'était magnifique. Mais lorsque j'ai saisi cet instant, le déclic de l'appareil a détruit l'image que je venais de fixer sur la pellicule, un des deux sujets s'est retourné.
Cette ambivalence entre la beauté et l'éphémère me séduit, cette façon dont j'ai figé un instant qui s'est évanoui sous mes yeux.
Que représente le voyage pour vous ?
La découverte des autres.
Ce qui m'intéresse, c'est de découvrir des gens et de revenir transformé. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé après mon voyage en Laponie : il a fait de moi un autre.
Je ne supporte pas l'expression "faire un pays". Il ne s'agit pas de d'empiler des visites, mais de rencontrer des gens. Même après 15 voyages en Inde, j'aborde à chaque fois ce pays avec humilité. Je cherche à rencontrer des gens et m'enrichir des autres, m'offrir la possibilité de revenir différent.
Comment s'est passé votre expédition en Laponie ? Quels liens vous unissent à ce pays ?
La Laponie fait partie de mes lieux de prédilection avec l'Inde et l'Asie du sud. J'y suis parti en reportage il y a trois ans, c'était une expérience extraordinaire. Le rythme était intense, j'ai du suivre la marche du troupeau et l'avancée des rennes. Quand ils s'arrêtent, on fait une halte, quand ils repartent, on reprend la marche. Le soleil ne se couche plus au printemps, on perd tous ses repères. On peut dormir à 14 heures, dîner à 3 heures du matin…
De plus, la tente est loin d'être étanche au vent au froid. On dort tous ensemble le nez dans la queue des chiens, le plus prêt possible du poêle. Les lapons sont immunisés contre le froid, mais pour un européen comme moi, c'est épuisant ! Je crois que je n'ai jamais été aussi fatigué de ma vie !
Quelles relations entretenez-vous avec les personnes que vous photographiez ?
Généralement j'entretiens une étroite collaboration avec les sujets de mes photos. Ça se passe en un regard, on voit tout de suite si il sera possible ou non d'accompagner la personne dans son intimité. Je pars du principe de travailler en étroitement connivence avec eux. Une fois les choses posées, tout se passe bien.
Par contre, c'est vrai que ce n'est pas toujours facile. Avec les lapons par exemple, les conditions étaient un peu moins chaleureuses qu'avec les indiens. Ils n'ont pas besoin de vous, vous les encombrez plus qu'autre chose…
Comment préparez-vous vos photos ?
J'attends ma lumière, c'est le plus important. Ne l'oublions pas, photographier, c'est écrire avec la lumière. Cependant pendant un reportage, surtout lorsque l'on veut rendre une atmosphère particulière, prendre des gens en photo, il ne faut pas que la lumière soit un obstacle. Il faut être en symbiose avec, sans pour autant négligé ce qui se passe devant nos yeux. Pour prendre un paysage, on peut attendre les conditions de lumières optimales, mais pour un reportage, il faut composer avec les conditions lumineuses. C'est ce qui est le plus dur à effectuer, et on ne peut évidemment pas toujours prévoir, il faut s'adapter.
Qu'est-ce qui fait une bonne image selon vous ?
Il n'y a pas de recette.
C'est bien sûr la lumière, comme je disais ; la métamorphose d'un même objet sous la lumière m'a fasciné et m'émerveille toujours. Dans les pays scandinaves, la lumière est magique, elle transforme la totalité de ce que vous voyez en quelque chose d'exceptionnel.
Mais c'est également la distribution des objets dans l'espace, qui vont s'agencer de manière harmonieuse.
Je pense que les images les plus fortes qu'un photographe puisse faire tiennent le plus souvent du miracle. C'est une conjonction d'éléments qui fait que l'on va accoucher d'une belle photo. De nombreux facteurs interviennent sur la création d'une image et on ne peut pas forcément tous les contrôler.
On peut être un bon artisan et réaliser de belles images d'illustration, je pense que cela est à la portée de tout bon photographe car il s'agit d'une maîtrise technique.
Ce qui est extrêmement difficile pour réaliser une image forte, c'est d'être en symbiose avec l'instant décisif, être techniquement prêt à saisir cet instant tant éphémère.
Reconnaissez-vous des influences particulières, des "maîtres à photographier" dans le monde de l'image ?
Plusieurs photographes m'ont donné envie de voyager, dans des domaines très différents.
Je suis fasciné par la rigueur des cadrages de Cartier-Bresson, par son sens aigu de l'instant.
C'est également ma rencontre avec Robert Doisneau qui m'a beaucoup motivé. J'étais tout jeune photographe et travaillais encore en N&B, il m'a très gentiment accueilli et m'a mis du baume au cœur. Il m'a montré que le voyage commençait au bout de la rue. C'était une philosophie très proche de celle dans laquelle j'étais lorsque j'ai commencé. Son univers a vraiment beaucoup compté car je m'en sens très proche.
J'aime également la tendresse et la poésie d'Edouard Boubat, j'ai beaucoup d'admiration pour les reportages en couleurs de Steeve Mac Curry et pour le travail sur l'Afghanistan de Roland et Sabrina Michaud.
Pour ne citer qu'eux...
Quel type d'appareil photo utilisez-vous ?
J'utilise simplement deux Nikon argentiques, le F5 et le F90X, chargés de deux films de sensibilité différente.
Comment conservez-vous vos images ? Effectuez-vous des retouches sur ordinateur ?
Je les numérise mais il me reste beaucoup de travail à effectuer. J'ai environ 20 années d'archives, c'est monstrueux !
Je fais les quelques retouches de base qui s'imposent, comme la luminosité et le contraste. L'objectif étant de retrouver ce que l'on trouve sur l'ekta d'origine, car le scanneur ne me rend pas les couleurs à l'identique.
Des projets ?
Pour 2006, je prévois de publier mes images sur un site Internet qui est en cours de réalisation.
J'ai également en préparation un livre sur la Scandinavie. Il paraîtra en 2006 aux éditions VILO.
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