L'Internaute > Photo Numérique >
Untitled Document Portfolios > François-Xavier Prévot
INTERVIEW
 
19/08/2006

François-Xavier Prévot - Visages roumains

Il y a 4 ans, François-Xavier Prévot a tout plaqué pour devenir "Marcheur-Photographe". Une trajectoire qui l'a mené, après divers voyages, en Roumanie, où il s'est essayé à un nouveau genre : le reportage pour une agence de voyage.

  Envoyer à un ami | Imprimer cet article  

 

Les reportages commandés par des agences de voyage sont-ils une nouveauté pour vous ?

Oui, je dirais même plus : c'est pour moi un pas de plus sur le chemin difficile et passionnant du voyage et de la photo… Et c'est un signe aussi, encourageant, ça veut dire qu'il y a aussi des professionnels qui me font confiance, qui aiment mon travail… C'est donc nouveau, et j'adore tout ce qui est nouveau, inconnu, difficile. C'est même la seule chose qui me motive et nourrisse mon désir de continuer à avancer : la " grande porte ", c'est-à-dire la facilité, m'endort et m'indiffère, alors que la " porte étroite ", la difficulté et les obstacles, me stimulent, me donnent une envie irrésistible de les surmonter…

Votre mission pour une agence de voyage vous a-t-elle imposé un certain regard, des contraintes que vous n'auriez pas eues en voyageant pour vous-même ? Comment avez-vous géré ces contraintes ?

Oui, un regard nouveau, justement : d'habitude, je pars toujours seul ou à deux en voyage, à l'aventure, mu par une simple intuition, avec juste un billet d'avion en poche, sans aucune préparation ni itinéraire préalable, en prenant des photos qui me touchent et m'émeuvent, tout simplement.

  • Le matériel de François-Xavier
  • Argentique : Canon EOS 20, avec des pellicules diapos Provia ou Velvia, de Fuji. Objectifs : 28-75 et 70-200 mm.
  • Numérique : Canon 350 D. Objectifs : 10-22 et 18-55 mm.

Là, pour ces commandes d'agences de voyages, en Crète comme en Roumanie, tout était différent : le but, par contrat, était de ramener des photos très précises, très " standard ", sans recherche spéciale d'émotions ; exactement le type de photos qui peuplent les brochures et les sites des agences, qui doivent donner envie aux futurs touristes d'acheter un circuit et de partir : ciels toujours bleus, touristes portant leur sac à dos en train de regarder au loin, le bras pointé vers l'horizon, en train de boire à la gourde en groupe, de serrer, en souriant, la main des " autochtones ", de dormir sur une crête, détendus, un livre ouvert à l'envers sur leur poitrine, etc. Et ce n'est qu'un extrait de ce que les agences me demandaient, par écrit, de prendre en photos ! Des photos qui doivent paraître naturelles, en plus ! Mais tellement standards, d'ailleurs, qu'on ne les voit même plus tellement on les voit partout.

Ce qui ne m'a pas empêché d'essayer d'y apporter un peu plus d'originalité et d'émotions, en prenant des photos pour moi et en continuant notamment à prendre des portraits de Crétois ou de Roumains, car c'est l'humain et le contact avec l'autre qui m'intéressent le plus…

Les contraintes étaient nombreuses et pas toujours faciles à gérer : parmi elles, marcher 8 heures par jour pendant 8 jours, par 40 degrés en Crète ou pendant 10 jours sous la pluie et dans la boue en Roumanie. Ce qui veut dire qu'il faut être à la fois un bon marcheur et en même temps photographe : pas le temps d'admirer le paysage ou de se détendre comme les autres, je suis le seul à ne pas être en vacances, je suis là pour ramener des photos qui correspondent au contrat que j'ai signé. Ensuite, il faut prendre les photos tout en marchant vite pour ne pas retarder le groupe (quitte, souvent, à marcher deux fois plus que les autres, pour prendre des photos depuis l'avant ou l'arrière du groupe), " shooter " quelle que soit l'heure de la journée, le relief, le temps qu'il fait, et surtout " séduire " certains membres du groupe pour qu'ils acceptent de poser pour certaines photos (autorisations écrites obligatoires à l'appui, que beaucoup refusent de signer), etc.

 

Pour conclure, ce qui a parfois été le plus dur à gérer pour moi, ce n'était pas la fatigue du chemin ou la contrainte de photos aussi précises à prendre, mais plutôt la vie de groupe : on doit voyager et marcher avec des gens que l'on n'a pas choisis, qui parlent souvent toute la journée, qui peuvent très vite vous " pourrir " le voyage par leurs petites exigences, leur individualisme. On doit aussi respecter un programme, des horaires, etc. Je suis très heureux d'avoir vécu ces nouvelles expériences, j'ai beaucoup appris, et, en même temps, je me rends donc compte à quel point je suis décidemment et définitivement un voyageur solitaire, un aventurier qui déteste les contraintes de temps et d'itinéraire imposées par un voyage organisé : je ne conçois un voyage qu'en ouvrant moi-même la route… Mais les touristes paient pour ça (souvent très cher), pour se laisser guider et même assister…

Quels éléments intéressants sur le plan photographique, avez-vous trouvé en Roumanie et que vous n'aviez pas rencontrés auparavant ailleurs ?

Sur le plan photographique, ce qui était intéressant, c'est justement cette variété de peuples, de portraits, d'origines : la Roumanie est le seul pays de l'est qui soit Latin (leur langue ressemble beaucoup à l'italien et beaucoup parlent le français), mais on rencontre aussi bien énormément de tziganes (les " roms ", qui sont plus de deux millions en Roumanie), que de " Houtsouls " (peuple slave des montagnes du nord, originaires de Galicie, dans le sud de la Pologne), des prêtres ou nones orthodoxes dans les monastères " à fresques extérieures " du XVI° siècle, des Russes, des Hongrois, etc.

  • Le travail sur ordinateur
  • Retouche : "Un peu de retouche pour le numérique, c'est impossible d'y couper, car il faut souvent " booster " les couleurs, les contrastes, etc. pour que la photo soit plus " pêchue ". Sinon, d'origine, même avec de bons réglages appropriés, je trouve les photos numériques très fades, elle manquent cruellement de relief et de densité."

Quel enrichissement personnel tirez-vous de ce voyage en Roumanie ?

Comme à chacun de mes voyages, un enrichissement en terme de rencontres avec des gens différents, en terme de relations humaines, de donner et de recevoir… Prendre des portraits est ce qui me plait le plus et c'est aussi certainement la chose la plus difficile à réussir en photo : il ne faut pas hésiter à initier le contact, à partir à l'inconnu vers l'autre, même (et surtout…) vers quelqu'un qui ne parle pas la même langue que vous, n'a pas la même histoire, la même race, etc. La photo est donc dans ce cas-là pour moi un prétexte, un moyen de créer des liens…

Après seulement 4 ans de voyages et de photos, mon cœur est déjà rempli de tant de sourires, de rires, de chansons, de coups à boire et de moment de partages merveilleux avec de nombreux peuples de la planète (nomades tibétains, paysans népalais, moines shintoïstes japonais, femmes Peuhls ou Dogons au Mali, enfants des rues d'Inde, touaregs d'Algérie, etc.), que c'est vraiment ça qui me nourrit et me donne envie de partager le plus possible ces moments rares avec les autres à mon retour, sous forme d'expos photos et de diaporamas-récits de voyages.

 

En savoir plus

Le portrait de françois Xavier-Prévot dans la rubrique "Voyager"

Ses photos du Tibet

Ses photo du Sahara et du Mali

 


PORTFOLIO
14 photos

Envoyer | Imprimer Haut de page
Votre avis sur cette publicité

Sondage

Quelle proportion de photos estimez-vous avoir ratées lors de vos prises de vue ?

Tous les sondages

rechercher

Services personnalisés gratuits : Inscrivez-vous | Accès membres

Accès membres : merci de vous identifier Mot de passe oublié ?

Bienvenue Prénom - Déconnexion