INTERVIEW
Juin 2006
Guy Gagnon, photographe de tous les instants
Comment êtes-vous venu à la photographie ? En 1999, j'ai succombé à l'apparition des premiers appareils photo numériques (APN) avec l'achat d'un Fuji MX 500. A ce moment là, mon plaisir pour la photo se limitait à faire des clichés ici et là pendant mes voyages annuels, sans trop me soucier de la technique. Par la suite, mon apprentissage s'est fait au travers d'un Casio QV 3000, lequel m'a vraiment donné le goût de m'investir dans ce passe-temps.
Ce n'est qu'avec l'achat d'un premier réflex Canon D30 en 2002, que la photographie s'est réellement transformée en une réelle passion, elle est devenue mon principal passe-temps et moyen de m'évader. Par la suite j'ai remplacé le Canon D30 par un Canon 10D, lui-même rapidement remplacé par le Canon 20D de 8 Mpixels que j'apprécie beaucoup. Mais ce qui me motive le plus à persévérer dans la photographie, est ce petit défi personnel que je me suis donné depuis 2002, celui d'arriver à faire publier quelques unes de mes photos. A vrai dire, je ne croyais pas que j'y arriverais, et pourtant la persévérance et le travail m'ont prouvé le contraire. Même si mes publications n'ont rien d'exceptionnel, elles font plaisir et me redonnent de l'énergie pour continuer mon apprentissage en photographie. Savoir que d'autres personnes apprécient mon travail est très valorisant.
Vous dites vous être intéressé à la photographie depuis 1999 et l'achat de votre premier appareil numérique, pourtant vos travaux témoignent d'une grande maîtrise. Comment expliquez-vous la rapidité de ces progrès ?
En toute honnêteté, je ne me rends pas trop compte de ma progression dans la technique photo. Sauf pour comprendre les notions d'ouverture et de vitesse d'obturation, j'apprends presque exclusivement de manière empirique, par essais et erreurs. Je n'ai pas la patience de me plonger dans un livre technique sur la photo, encore moins de suivre de longues formations dans une institution spécialisée. C'est plutôt ma grande curiosité et mon intérêt pour l'expérimentation qui suscitent en moi cette envie de persévérer pour obtenir des clichés qui m'interpellent. Je pense aussi qu'avec l'utilisation du réflex et mon souci de réussir mes cadrages, ma façon de regarder autour de moi a changé. Désormais, j'ai l'impression qu'à chaque fois que je regarde quelque chose, mes yeux tentent de rechercher le meilleur cadrage, la meilleure composition, le plus bel angle de vue, même lorsque je ne suis pas accompagné de mon appareil photo. Ce travail intellectuel contribue sûrement à ma progression dans la photographie. Malgré tout, j'ai encore beaucoup à apprendre, tant dans la composition que dans la technique photo elle-même ; c'est le temps aussi qui me manque...
Vous semblez affectionner le noir et blanc, ainsi que les bichromies mettant en avant des tons cyan. Comment justifiez-vous ces choix ? C'est d'abord au travers de mes clichés d'architecture que j'ai commencé à m'intéresser sérieusement au noir et blanc. Tramage de nos vies urbaines, l'architecture des villes modernes offre une variété d'aspects graphiques à capter : des perspectives, des alignements, des rythmes, des géométries. Utilisé à bon escient, le noir et blanc peut révéler la grâce d'un bâtiment, ses dominantes graphiques, ses fuyantes, ou même des oppositions géométriques. J'affectionne particulièrement l'usage du noir et blanc en macrophotographie, notamment celle du monde végétal. Dépouillée de ses couleurs, l'image peut devenir plus pure, plus puissante, voire même poétique. Dans certains cas, la couleur peut surcharger la scène, ou rendre trop présents des éléments perturbateurs qui auraient tendance à déplacer le centre d'intérêt. Elle peut nuire à la lisibilité du sujet. Le noir et blanc accentue non seulement le caractère du sujet dans la composition, mais aussi sa sensibilité et sa fragilité, deux aspects importants dans la macrophotographie de plantes et de fleurs. La bichromie bleue est celle que je préfère appliquer à mes clichés de paysages, notamment pour conférer une atmosphère poétique ou mystique à certaines scènes. En macro, je la privilégie aussi pour suggérer une âme au sujet, pour exprimer sa fébrilité et son évanescence.
Vous réalisez des séries de photos sur les bancs publics et les lampadaires. Pourquoi cet intérêt pour le mobilier urbain ? Que symbolise-t-il pour vous ? Le mobilier urbain est conçu dans le but de rendre la vie plus agréable à l'humain. Il est témoin d'innombrables histoires humaines qui se sont déroulées dans les rues et les quartiers de la ville. Il m'arrive souvent de regarder un banc public ou un lampadaire en m'imaginant les scènes de vie qui ont pu s'y dérouler. Une belle histoire, une rupture amoureuse, une franche rigolade, une profonde solitude, ... etc. Un scénario s'installe alors dans mon esprit, et j'essaie de photographier le lieu de manière à dépeindre l'émotion vécue sur le moment. A mes yeux, le mobilier humain inculque une âme au quartier qu'il habite. Il agit comme catalyseur sur notre difficulté de vivre en harmonie avec ces cités modernes souvent froides et austères, et rarement en adéquation avec la nature humaine. Je trouve que trop souvent, l'architecture n'est construite que dans le seul but de répondre à un besoin de service public, rarement pour être plaisant à l'œil. Pour réussir à apprivoiser l'architecture qui évolue autour de moi, je dois sans cesse m'appliquer à rechercher ces petits éléments ou détails qui rendent le sujet attachant et attrayant. Au fil du temps, je remarque que cet intérêt pour la photographie d'architecture participe à mon apprivoisement de la grande métropole qu'est Bruxelles. Cela facilite mon intégration et permet de trouver mon équilibre dans une ville qui est à l'opposé de l'endroit où j'ai grandi.
Vous effectuez des photos très diverses : paysages urbains et naturels, portraits, macrophotographie… et vous semblez à l'aise dans chacun de ces exercices. D'où vous vient cette facilité ? Cherchez-vous à être exhaustif en photographie ? Avez-vous un domaine de prédilection ?
On me reproche souvent d'être touche à tout, de ne pas avoir trouvé "mon style", ou mon réel sujet de prédilection. Pour moi, la photographie est un moyen de concrétiser ce besoin de créativité que je ne retrouve pas toujours dans mon travail quotidien. Selon mes humeurs, les thèmes abordés doivent être en harmonie avec mes états d'âmes. Cette alternance de thèmes épouse mes fluctuations intérieures, mes bons et mauvais jours. La photographie devient alors une vraie thérapie quotidienne, qui ravive mes joies et mes réussites, ou à l'inverse, qui apaise mes déceptions et mes frustrations. Toutefois, certains thèmes m'interpellent beaucoup moins comme le sport, le reportage ou le nu. Je recherche avant tout des thèmes qui suscitent en moi de la créativité, de l'introspection, des émotions. En ce moment, mon domaine de prédilection s'articule principalement autour de trois thèmes : la macrophotographie de plantes/fleurs en noir et blanc, l'architecture et la vie urbaine, la recherche et l'expérimentation.
Comment procédez-vous pour prendre des photos en si grand nombre et d'une telle diversité ? Beaucoup de gens ne savent vivre sans leur GSM. Moi c'est de mon appareil photo dont je ne saurais me passer, que cela soit mon réflex Canon 20D, ou mon petit compact Canon A620 Pour moi, presque toutes les occasions sont une opportunité de faire des clichés. Au grand désarroi des gens qui m'accompagnent et qui trouvent souvent que je prends trop de clichés. Vivrais-je une boulimie photographique ? Probablement. Les weekends et mes pauses du midi en semaine constituent tous des occasions pour fuir le tumulte du quotidien et vivre ma passion. Chaque fois qu'un lieu, qu'une personne ou un événement m'interpelle, je me sens moralement obligé d'immortaliser le moment. J'en ressens aussi une grande satisfaction. L'important est de ne pas atteindre un point où l'on devient esclave de son appareil. Je ne développe pas tous mes clichés, je ne retiens que ceux qui après quelques jours de "repos", arrivent à me procurer à nouveau le même plaisir que j'ai eu au moment de la prise de vue.
Cherchez-vous à vous professionnaliser ? Quels sont vos projets à venir ? Je caresse le rêve de réorienter ma carrière vers la photographie. Je dois avouer que depuis que la photo est devenue une passion, mon métier d'informaticien m'intéresse beaucoup moins et ne me procure plus de satisfaction sur le plan créatif. Actuellement le temps me manque, seuls les weekends et mes soirées me sont disponibles pour la photographie. C'est frustrant. Si j'avais l'opportunité et les moyens financiers pour me perfectionner et vivre de la photographie, probablement que j'oserais faire le pas. Toutefois, je souhaiterais avant tout développer une telle carrière, principalement dans le domaine de la photo d'art et non purement informationnelle ou documentaire. Que les thèmes soient la nature, le portrait ou l'architecture, j'aurai toujours ce besoin d'inculquer à mes clichés une note esthétique et graphique, d'y mettre ma petite touche "artistique" personnelle. Pour le moment, je limite mes aspirations à celles de pouvoir présenter mes clichés dans une salle d'exposition, et surtout d'initier un projet que j'espère un jour pouvoir concrétiser, celui de réaliser des portraits intimistes d'artistes et de personnalités belges et françaises. On peut rêver.
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