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 INTERVIEW 
(Avril 2005)

Matthieu Paley, photo-reporter : "L'essentiel, aller dans la rue, se perdre, prendre des photos, trouver ce que l'on aime photographier... "

Après avoir étudié 3 ans la photographie à New-York, Matthieu Paley en fait son métier. Depuis 1998, il est devenu photo-reporter et a travaillé avec des journaux tels que Newsweek, Time, Géo, National Geographic Adventure, Le Monde2,... Son approche de la prise de vue est résolument orientée voyage : les gens et les cultures qu'il rencontre l'intéressent avant tout.
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Le site de M. Paley
Comment êtes-vous venu à la photo ?
Par envie. Envie de voyager et de découvrir des lieux qui me fascinent depuis longtemps. Et par ces livres qui étaient à la maison, en particulier ceux des Michaud qui semblaient venir d'un autre monde (NDLR : fameux couple de photographes voyageurs, Sabrina et Roland Michaud ont, à partir du début des années 1970 effectué de nombreux voyages en Afghanistan et en Asie Centrale).

Avec quels matériels travaillez-vous ?
Un panoramique Xpan Hasselblad, un Horizon 202 (appareil Russe), un Nikon F100, un F3; et de temps en temps (surtout quand c'est pour les "news", les magazines d'actualités), en digital avec un Nikon D70 (acheté il y a 2 mois seulement). Je photographie en diapo, avec du Velvia 100 et Provia 400, je pousse de temps en temps à 800 Asa. Rien de très sorcier. Si mon client a un bon budget, je photographie en négatif et fait les tirages moi-même.

Lesquels préférez-vous ?

J'aime le grand angle, le 24mm. Cela permet d'avoir un premier et un second plan bien distincts et du mouvement dans l'image. Je travaille très peu avec des objectifs de plus de 50mm. Et, quand je suis devant des paysages sublimes ou dans des endroits très confinés, il me faut mon panoramique, le Hasselblad Xpan, avec un film à haute sensibilité.

Le numérique, qu'en pensez-vous ?
Quand il s'agit d'aller vite, de photographier et d'envoyer les prises de vues dans la foulée avec le moins de perte de temps possible, alors c'est vraiment très bien. Autrement, ce n'est pas encore à la hauteur des diapos argentiques. Il faudra attendre encore quelques années, je crois. Quand on pourra trouver des appareils avec au moins 20 megapixels et pour pas trop cher...

Vos photos possèdent un rendu particulier. Appliquez-vous un traitement après la prise de vue ? Retouchez-vous vos images au développement ?
Je fais du "dodge" et du "burn" comme on dit en anglais, c'est-à-dire que j'assombris les ciels (burn) ou j'éclaircis des visages (dodge). Soit je fais ça sur Photoshop (quand il s'agit de diapos, je scanne chez moi et retouche un peu, mais je ne passe pas beaucoup de temps là-dessus), ou en chambre noire si c'est du négatif.

Votre pratique de la photo semble essentiellement liée au voyage : qu'est ce qui est le plus important, la photo ou le voyage ?

Les gens que l'on rencontre en voyage, c'est ça le plus important. Ce qui se passe dans ta tête, les émotions... Le fabuleux sentiment d'aller au bout du monde et d'y retrouver l'humanité sous une forme différente. Une immersion totale, tout en gardant un regard frais...

Vous avez passé beaucoup de temps au Nord Pakistan. Avez-vous un lien particulier avec cette région ? Comment l'avez-vous découverte ?
Par hasard... En démarrant une boîte de trekking dans le Karakorum, et par un ami pakistanais rencontré à New York... Je sais, j'ai le profil idéal du terroriste en puissance ! Puis, j'ai travaillé pour la Fondation Aga Khan au Pakistan, et de fil en aiguille, je me suis retrouvé "accro" à cet endroit. Les gens qui y vivent m'ont beaucoup marqué. Ils parlent très facilement de choses profondes, des âmes de poètes pour la plupart...

Quelles sont les destinations qui vous ont le plus marqué ?
La Mongolie, l'Asie Centrale en général et le Nord Pakistan bien sûr, notamment la région de l'Hindou-Kouch et du Pamir que je connais très bien. C'est une région d'une diversité extrême. J'y ai vécu près de 3 ans, je parle la langue, c'est ma deuxième maison !

Reconnaissez-vous des influences particulières, des " maîtres à photographier " dans le monde de l'image ?
Dans le registre du voyage, Roland et Sabrina Michaud. Je les ai rencontrés, nous avons passé un moment merveilleux, et je regarde leurs livres depuis tout petit. Mais ce qui m'inspire quand je photographie, c'est la lumière avant tout. Cela dit, c'est une question difficile... L'idéal, c'est de renouveler ses influences, et de renouer avec elles de temps en temps. Dans un registre "kitch", Martin Parr m'a fait beaucoup rire !!

Quelles formations ou études avez-vous suivi pour devenir photographe ?
J'ai décidé d'être photographe sur le tard, vers 23 ans, après avoir fait une maîtrise de commerce avec l'Asie au Havre. J'ai appris le Coréen et l'histoire de l'Asie pendant ces 4 ans. Je suis ensuite parti en Indonésie faire un stage - une étude de faisabilité de train à grande vitesse. J'ai alors réalisé que cette vie d'occidental expatrié ne me convenait pas... Et en réfléchissant bien, je me suis dit qu'être photographe était peut-être ma voie. A cette époque, cela me paraissait totalement irréel, mais avec l'aide de celle qui est aujourd'hui ma femme et de mes proches, j'ai commencé à y croire. Je suis parti étudier à New York avec elle, qui étudiait le graphisme. Une formation rapide d'un an et demi. Une durée suffisante à mon avis. Je pense que, pour apprendre vraiment, l'essentiel est d'aller dans la rue, se perdre à prendre des photos, trouver ce que l'on aime photographier...

N'est-ce pas difficile de vivre de la photo ?
Il faut être déterminé, passionné, et se donner la chance de le faire. Ce n'est pas si difficile. Bien sûr, il y a des hauts et des bas, des déceptions, mais aussi de belles choses. Il faut arriver à se démarquer du lot, soit par le sujet que l'on traite, soit par la manière de photographier, de tirer ses images (tout en arrivant à le justifier). A partir de là, cela devient plus facile, on commence à se voir proposer des reportages...

Combien de temps pour arriver à vivre de la photo ?
J'ai eu de la chance - très rapidement. Je suis parti 3 mois en Mongolie en 1998. J'ai fait un portfolio avec ces images, puis j'ai fait le "marchand de tapis", allant d'éditeurs en éditeurs, essayant de faire partager ma passion et ma motivation. Travel & Leisure m'a envoyé une semaine en Irlande, en juin 1998, mon premier vrai job; puis en juillet National Geographic Adventure m'a contacté pour un sujet au Bhoutan. J'y suis allé en novembre 1999. Après cela, j'ai travaillé pour un magazine qui "compte", et les choses sont devenues plus faciles. Mais, rien n'est jamais acquis, il faut constamment rappeler son existence aux éditeurs, faire sa promotion... Je n'aime d'ailleurs pas trop cet aspect du boulot, mais je n'ai pas le choix ! Plus tard, en 2000, j'ai passé un an au Nord Pakistan, et là, j'ai commencé à travailler pour des ONG avec la liberté de photographier ce que je voulais à côté... Very nice !

Au quotidien, comment s'organise votre vie professionnelle ?
Soit en reportage, environ 70% du temps. Soit devant l'ordinateur, à scanner, envoyer des e-mails, faire des recherches sur d'autres sujets, archiver mes images, bien sûr, écrire de temps en temps…

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Des projets ?
Un livre sur la région du Pamir et les sociétés Ismaéliennes qui y vivent, à cheval sur les territoires chinois, afghan, pakistanais et tadjik. Egalement, je vais travailler sur un projet de livre pour les Editions du Chêne en Sibérie, ce mois-ci. J'y retournerai en septembre.

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Son site : www.paleyphoto.com

 
 [Propos recueillis par Pierre Sahuc, L'Internaute]
 
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