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La jeune femme anorexique ne voit pas son corps tel qu'il
est vraiment. © Getty Images
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Si ses symptômes sont essentiellement physiques, l'anorexie mentale
est avant tout, comment son nom l'indique, une pathologie psychique. Cette
maladie touche 30 000 à 40 000 personnes en France,
essentiellement des jeunes filles (9 cas sur 10). Elle débute
dans la plupart des cas soit à l'adolescence, vers 12-13 ans,
soit au début de l'âge adulte, plutôt vers 18 ans.
Symptômes criants
L'anorexie se manifeste par une obsession du poids et de la minceur
qui conduit sa victime à s'alimenter de moins en moins, voire plus
du tout, et à maigrir de façon excessive. Prendre un repas
devient un vrai problème et la fait culpabiliser. Toute la vie de
la jeune femme tourne autour de la perte de poids, du nombre de calories
avalées ou dépensées, de l'image que semble renvoyer
le miroir.
Des experts ont défini un certain nombre de critères objectifs
pour établir ce difficile diagnostic. On parle d'anorexie lorsque
la patiente :
» Refuse de maintenir son poids corporel
au-dessus de la norme minimale (85 % du poids estimé en fonction
de l'âge et de la taille).
» A une peur incontrôlable de
grossir alors que le poids est inférieur à la normale.
» Ne perçoit pas son corps tel
qu'il est (elle peut se "voir" grosse dans le miroir alors
qu'elle est trop maigre).
» Base son estime d'elle-même essentiellement
sur sa silhouette.
» Est en aménorrhée (absence
de règles) depuis au moins trois cycles consécutifs.
| "Il reste des séquelles psychiques" |
Au quotidien, la jeune femme ne s'alimente pratiquement plus, elle
est obsédée par le chiffre indiqué sur sa balance et
peut se lancer des défis pour maigrir encore plus, jusqu'à
devenir squelettique. Parfois, elle se cache et peut faire semblant de liquider
son assiette, pour que la famille ne s'inquiète pas, du moins dans
un premier temps. D'autres fois, elle mange vraiment pour aller ensuite se
faire vomir aux toilettes : c'est l'anorexie-boulimie. Ces symptômes
sont également souvent accompagnés d'un repli sur soi important
et de troubles dépressifs. De même, les jeunes filles anorexiques
peuvent manifester une certaine hyperactivité, qui pourra notamment
se traduire par des séances de sport fréquentes et intensives,
toujours dans le but d'affiner encore leur silhouette.
Des causes multiples
Les facteurs déclencheurs de l'anorexie sont multiples mais parfois
difficiles à identifier parce que très imbriqués les
uns dans les autres.
» Toutefois, il semble exister de nombreuses
similitudes du point de vue de la personnalité des jeunes femmes
anorexiques : elles sont souvent décrites comme très brillantes,
particulièrement perfectionnistes et exigeantes avec elles-mêmes.
» Beaucoup d'entre elles décrivent
un sentiment de culpabilité. Si son origine est diverse, il
se manifeste en revanche de la même façon chez toutes les anorexiques
: elles se sentent coupables de manger. Sentiment qui se renforce au fur
et à mesure qu'elles maigrissent.
» Les relations avec les parents
et les proches sont souvent évoquées comme une cause possible
de l'anorexie, même si c'est souvent difficile à prouver et
à expliquer.
» La difficulté à accepter
un corps de femme et son aspect sexué est également clairement
en cause dans ce trouble mental.
» Le monde de la mode, aujourd'hui
pointé du doigt, impose la maigreur comme canon de beauté,
influençant potentiellement les jeunes filles. S'il y a des risques
pour que cette influence déclenche un désir de régime
et d'amaigrissement chez les jeunes filles, elle ne peut à elle toute
seule déclencher une anorexie mentale.
L'anorexie entraîne des troubles physiques graves, voire mortels
: après 10 ans d'évolution de la maladie, environ 10
% des malades n'auront pas survécu. Sans en arriver là,
dès la perte de poids massive, de nombreuses carences apparaissent,
qui peuvent entraîner hypotension, bradycardie (rythme cardiaque trop
bas), hypercholestérolémie, ostéoporose, troubles ioniques,
lithiases rénales, constipation, absence de règles, dèmes
Une chute brusque du potassium risque à tout moment de provoquer un
arrêt cardiaque.
Pas de traitement spécifique
Il est toutefois possible de guérir de l'anorexie, même si l'on
en sort rarement indemne. "C'est l'un des troubles alimentaires les
plus compliqués à soigner, souligne le nutritionniste Jean-Michel
Cohen et directeur de la clinique Montevideo spécialisée dans
les addictions alimentaires, à Boulogne. Parfois, il n'y a pas de
perméabilité, on ne parvient pas à les toucher, elles
sont figées dans leur anorexie et l'on ne peut rien faire. On n'a
alors que deux possibilités : si la personne est en danger, on peut
alors procéder à un gavage "de force", mais ce n'est
jamais souhaitable, ou la faire sortir de la clinique."
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La jeune malade peut faire semblant de manger aux repas,
pour ne pas inquiéter ses proches, quitte à aller vomir ensuite.
© Getty Images
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La clé de la guérison, c'est le déclic qui
va permettre à la jeune fille malade de se rendre compte de son état
et, surtout, de vouloir s'en sortir. S'ensuivra un long processus, "en
marches d'escalier, avec des paliers, explique le Dr Cohen. Peu à
peu la jeune femme accepte de se réalimenter et de reprendre du poids,
ce qui entraîne une reprise de l'activité physique et psychique.
Mais pour que cela soit durable, il faut qu'il y ait des changements dans
leur vie. Si elles retournent à leur existence d'avant, sans rien
modifier, la maladie risque de perdurer." La reprise de l'alimentation
doit être couplée avec un suivi psychologique, primordial pour
comprendre et dépasser la maladie.
On estime qu'environ 50 % des anorexique s'en sortent sans conséquences
grave, tandis 10 % à 20 % restent fragiles, que 10 %
à 15 % n'en guérissent pas et que près de 10 %
en meurent. Jean-Michel Cohen est un peu moins catégorique : "Au
sein de notre service, je dirais que l'on guérit pratiquement toutes
les jeunes filles malades depuis moins de deux ans. Entre deux et cinq
ans d'anorexie, on en guérit la moitié. Au-delà, c'est
très rare d'y parvenir. La maladie devient alors chronique et ces
femmes survivent plus ou moins bien. Souvent, elles ont moins de carences
qu'on le croit, car ce sont des expertes en matière de nutrition.
Mais dans tous les cas, il reste toujours une trace, au moins psychologique,
de la maladie. Les femmes ayant souffert d'anorexie ont souvent une grande
force de caractère."