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Interview
 
Décembre 2007

Mutilations sexuelles : "Les femmes se soignent dès qu'elles commencent à en parler"

En 2 004, le territoire comptait de 43 000 à 65 000 fillettes et adolescentes mutilées sexuellement ou menacées de l'être. Quelle prise en charge pour ces femmes ? Y a-t-il une sexualité possible malgré le traumatisme subi ? Réponses du Dr Richard Beddock, gynécologue et Secrétaire géneral de Gynécologie sans Frontières.
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DR Richard Beddock, mutilations sexuelles
 
Le Dr Richard Beddock est Secrétaire général de l'association Gynécologie sans Frontières et gynécologue-obstétricien à la maternité de l'hopital Foch à Suresnes.
 
"L'excision complète correspond à une maîtrise de la sexualité des femmes pour les hommes par les femmes."

Combien de personnes sont concernées en France par l'excision ?

C'est très difficile d'avoir des données chiffrées car les mutilations sexuelles ne se font pas sur le territoire français. Néanmoins, une étude de l'Institut national d'études démographiques (Ined) est en cours et les premières estimations parlent de 30 000 à 60 000 femmes mutilées sexuellement en 2 006. En 2 004, entre 43 000 et 65 000 fillettes et adolescentes étaient mutilées ou menacées de l'être. Menacées car bien que cela ne se fasse sur notre territoire, le risque est présent si des fillettes issues de famille où l'acte est pratiqué retournent au pays.

L'acte est-il pratiqué en France ?

Non, nous pensons que ces mutilations ne se pratiquent plus sur notre territoire. Et cela, grâce à l'arsenal législatif déployé ces dernières années.
L'exemplarité est également un excellent moyen de dissuader ceux qui voudraient pratiquer ces mutilations en France, ou même à l'étranger. En effet, selon la loi, les peines peuvent aller jusque 10 ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende. Cela monte jusque 20 ans si c'est pratiqué sur une mineure, 30 ans si l'acte est suivi du décès de l'enfant, etc.
D'autre part, un décret signale que ces peines peuvent être appliquées même si l'acte est pratiqué à l'étranger sur une petite Française. Et d'après les résultats, il faut croire que ces mesures cœrcitives sont efficaces pour juguler ces pratiques sur notre territoire.
D'autre part, les professionnels de santé, normalement soumis au secret médical, ont l'obligation de signalement aux autorités.

Existe-t-il plusieurs types de mutilations sexuelles ? Quelle est la plus fréquente ?

Il existe en effet plusieurs types de mutilations sexuelles :
» Type 1 : l'excision simple qui consiste à enlever le capuchon qui recouvre le clitoris.
» Type 2 : c'est l'excision complète qui consiste, elle, à couper le clitoris et les petites lèvres. Malgré l'interdiction légale, on constate qu'une écrasante majorité de femmes égyptiennes, 97% environ, sont excisées par exemple.
» Type 3 : l'infibulation, qui correspond à l'ablation du clitoris et des petites lèvres suivies d'une soudure des grandes lèvres en ne laissant qu'un petit orifice pour l'écoulement des urines et des menstruations.
L'excision complète représente la majorité des cas de mutilations sexuelles chez les femmes. L'infibulation, elle, représente tout de même 15% de ces mutilations.
Elle est surtout pratiquée en Egypte, bien que la loi l'interdise.

Quelle différence entre la circoncision, régulièrement pratiquée chez de jeunes garçons et l'excision ?

C'est un point très important et il nécessaire de bien comprendre que ces deux pratiques sont incomparables. La circoncision, chez le jeune garçon, consiste à retirer le prépuce, peau qui recouvre le sexe. Si l'on veut comparer les deux, l'image masculine de l'excision correspond à l'émasculation, c'est-à-dire l'ablation du gland.
A l'inverse, l'image féminine de la circoncision serait l'ablation de la petite partie de peau qui se trouve au-dessus du clitoris.

"L'image masculine de l'excision correspond à l'émasculation,
c'est-à-dire l'ablation du gland."

A quel âge est-ce pratiqué ?

A tous les âges. Parfois, c'est chez le nourrisson entre 0 et 3 ans, parfois entre 6 et 11 ans ou même plus tard, jusque 16 ans. Généralement, ces mutilations sont faites chez la fillette, entre 3 et 10 ans. Mais la prudence est de mise à tous les âges.

Quel est "l'objectif" de ces mutilations ?

L'excision complète correspond à une maîtrise de la sexualité des femmes pour les hommes par les femmes. Par les femmes car ce sont des femmes qui pratiquent l'excision, on les appelle les exciseuses.
Elle peut avoir différentes significations selon la culture dans laquelle l'acte est pratiqué. Mais de manière générale, l'excision se veut une garantie de la fidélité de la femme. En effet, comme il n'y a plus de plaisir sexuel, pire, il y a de la douleur, les femmes ne sont plus supposées aller séduire en dehors du couple.
L'infibulation, quant à elle, rend n'importe quelle sexualité impossible et correspond à une maîtrise absolue de la sexualité de la femme.


Quelles sont les principales conséquences médicales ?

Il y en a plusieurs mais la principale reste la douleur, une douleur presque permanente. Sur le court terme, ces mutilations font évidemment très mal, elles provoquent des hémorragies qui peuvent être suivies du décès de la fille. D'autre part, l'acte n'étant pas pratiqué dans le respect des mesures d'hygiène, ces mutilations s'accompagnent généralement de surinfections (tétanos, septicemie ou infection au VIH) qui peuvent elles aussi mener au décès.
Sur le long terme, c'est encore la douleur qui prédomine. Douleur au quotidien mais aussi et surtout lors des rapports sexuels. Chez les femmes mutilées, leur sexualité est soit très douloureuse, soit inexistante. L'excision complète provoque également de nombreuses complications à l'accouchement, provoquant plus de déchirures, d'hémorragies. Ceci a pour conséquence d'avoir plus souvent recours aux césariennes.

"En plus de la douleur physique, il y a surtout la douleur ne plus être pareille."

Et sur le plan psychologique ?

Les conséquences sont évidemment très graves et les femmes touchées se trouvent dans un état psychologique déplorable. En plus de la douleur physique, il y a surtout la douleur ne plus être pareille.

Y a-t-il possibilité de réparer les dégâts ?

Oui, la chirurgie réparatrice permet par exemple de redonner à ces femmes un clitoris fonctionnel, c'est ce qu'on appelle une clitoridoplastie. C'est une intervention développée par le professeur Foldes, urologue à Saint Germain. Cette technique a depuis été reprise et développée, ce qui fait qu'il y a de plus en plus d'endroits où cette intervention se pratique. Mais le tout ne se résume pas à redonner un clitoris fonctionnel à ces femmes, il faut qu'il y ait un suivi psychologique derrière. Ainsi, généralement, la prise en charge post-opératoire est assurée par une équipe pluridisciplinaire composée d'un psychologue, d'un sexologue et parfois d'un ethnopsychothérapeute. En effet, la femme qui a subi une mutilation n'a parfois pas la moindre idée de ce qu'on lui a fait, ni de ce à quoi le clitoris sert. Il faut leur enseigner ce qu'est le plaisir, leur apprendre que la sexualité n'est pas censée être douloureuse.
Avec l'association GSF et par l'intermédiaire du Groupe pour l'abolition des mutilations sexuelles (Gams), les informons de ce qu'est l'excision, du choix qui leur est offert de se faire opérer, etc.
Notre rôle, c'est de leur donner la parole. Ces femmes se soignent dès qu'elles commencent à en parler. Evoquer leur passé suffit parfois à les faire avancer. C'est ce qui va permettre de les reconstruire. Nous, il faut qu'on leur donne toutes les armes pour avancer.


Voir aussi sur le web :

Le site de Gynécologie Sans Frontières.

Le site du Groupe pour l'abolition des mutilations sexuelles.


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