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Interview
Décembre 2007
Mutilations sexuelles : "Les femmes se soignent dès qu'elles commencent à en parler"
Combien de personnes sont concernées en France par l'excision ? C'est très difficile d'avoir des données chiffrées car les mutilations sexuelles ne se font pas sur le territoire français. Néanmoins, une étude de l'Institut national d'études démographiques (Ined) est en cours et les premières estimations parlent de 30 000 à 60 000 femmes mutilées sexuellement en 2 006. En 2 004, entre 43 000 et 65 000 fillettes et adolescentes étaient mutilées ou menacées de l'être. Menacées car bien que cela ne se fasse sur notre territoire, le risque est présent si des fillettes issues de famille où l'acte est pratiqué retournent au pays. L'acte est-il pratiqué en France ?
Non, nous pensons que ces mutilations ne se pratiquent plus sur notre territoire. Et cela, grâce à l'arsenal législatif déployé ces dernières années. Existe-t-il plusieurs types de mutilations sexuelles ? Quelle est la plus fréquente ?
Il existe en effet plusieurs types de mutilations sexuelles : Quelle différence entre la circoncision, régulièrement pratiquée chez de jeunes garçons et l'excision ? C'est un point très important et il nécessaire de bien comprendre que ces deux pratiques sont incomparables. La circoncision, chez le jeune garçon, consiste à retirer le prépuce, peau qui recouvre le sexe. Si l'on veut comparer les deux, l'image masculine de l'excision correspond à l'émasculation, c'est-à-dire l'ablation du gland.
A quel âge est-ce pratiqué ? A tous les âges. Parfois, c'est chez le nourrisson entre 0 et 3 ans, parfois entre 6 et 11 ans ou même plus tard, jusque 16 ans. Généralement, ces mutilations sont faites chez la fillette, entre 3 et 10 ans. Mais la prudence est de mise à tous les âges. Quel est "l'objectif" de ces mutilations ? L'excision complète correspond à une maîtrise de la sexualité des femmes pour les hommes par les femmes. Par les femmes car ce sont des femmes qui pratiquent l'excision, on les appelle les exciseuses.
Il y en a plusieurs mais la principale reste la douleur, une douleur presque permanente. Sur le court terme, ces mutilations font évidemment très mal, elles provoquent des hémorragies qui peuvent être suivies du décès de la fille. D'autre part, l'acte n'étant pas pratiqué dans le respect des mesures d'hygiène, ces mutilations s'accompagnent généralement de surinfections (tétanos, septicemie ou infection au VIH) qui peuvent elles aussi mener au décès.
Et sur le plan psychologique ? Les conséquences sont évidemment très graves et les femmes touchées se trouvent dans un état psychologique déplorable. En plus de la douleur physique, il y a surtout la douleur ne plus être pareille. Y a-t-il possibilité de réparer les dégâts ? Oui, la chirurgie réparatrice permet par exemple de redonner à ces femmes un clitoris fonctionnel, c'est ce qu'on appelle une clitoridoplastie. C'est une intervention développée par le professeur Foldes, urologue à Saint Germain. Cette technique a depuis été reprise et développée, ce qui fait qu'il y a de plus en plus d'endroits où cette intervention se pratique. Mais le tout ne se résume pas à redonner un clitoris fonctionnel à ces femmes, il faut qu'il y ait un suivi psychologique derrière. Ainsi, généralement, la prise en charge post-opératoire est assurée par une équipe pluridisciplinaire composée d'un psychologue, d'un sexologue et parfois d'un ethnopsychothérapeute. En effet, la femme qui a subi une mutilation n'a parfois pas la moindre idée de ce qu'on lui a fait, ni de ce à quoi le clitoris sert. Il faut leur enseigner ce qu'est le plaisir, leur apprendre que la sexualité n'est pas censée être douloureuse.
Voir aussi sur le web : Le site de Gynécologie Sans Frontières. Le site du Groupe pour l'abolition des mutilations sexuelles.
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