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Décembre 2007
Pr Saussine : "De l'eau contre les calculs
rénaux"
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Les calculs
rénaux touchent environ 120 000 personnes chaque année en France. Le Professeur
Christian Saussine, urologue à l'hôpital civil de Strasbourg, fait le point sur
les différentes méthodes employées pour les éliminer mais aussi sur les
facteurs de risques et la prévention. |
Qu'est-ce qu'un calcul rénal et pourquoi se
forme-t-il chez certaines personnes ?
Un calcul est une agglomération de substances organiques et minérales.
Lorsque certains composés sont présents en trop grande quantité
dans les urines, ils ne peuvent plus se dissoudre et finissent par former
des calculs, des petites pierres de diamètre variable. Ils peuvent
être minuscules et sont alors évacués sans qu'on s'en
aperçoive, mais leur diamètre aussi être beaucoup plus
gros (de l'ordre du centimètre, voire plus).
Il existe plusieurs types de calculs. Dans près des trois-quarts des
cas, il s'agit d'oxalate de calcium ; comme leur nom l'indique, ils sont composés
d'oxalate et de calcium. Quelque 10 % à 12 % des calculs
sont à base d'acide urique, tandis que les autres sont consécutifs
à une infection urinaire du haut appareil. Les germes alors présents
peuvent provoquer l'agglomération de substances comme l'ammoniaque
et le phosphate. Attention, toutes les infections urinaires ne donnent heureusement
pas lieu à des calculs.
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Le Professeur Saussine exercice au sein du service urologie
de l'hôpital civil de Strasbourg. © DR
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Quels sont les symptômes d'une crise ?
A quoi sont-ils dûs ?
Le symptôme principal, c'est une douleur aiguë caractéristique
qui apparaît brutalement dans la fosse lombaire puis qui irradie le
long de l'uretère jusque dans les organes génitaux externes.
Aucune position ne soulage contrairement à d'autres pathologies. Cette
douleur correspond à une augmentation de la pression en amont du calcul,
qui s'est coincé dans l'uretère. Il bloque l'urine, ce qui provoque
inévitablement une tension.
Quelles solutions pour enrayer la crise ?
Le premier traitement consiste à enrayer la douleur. Les anti-inflammatoires
non-stéroïdiens sont généralement très efficaces.
Si cela ne suffit pas, on prescrira des morphiniques. Dans les trois-quarts
des cas, ces calculs vont être évacués naturellement.
Pour les calculs d'acide urique, le spécialiste pourra recommander
une eau très riche en bicarbonates, qui alcanise les urines, ce qui
dissout d'éventuels calculs restants.
Et si le calcul n'est pas évacué naturellement ?
Plusieurs méthodes s'offrent alors à la médecine. La
plus utilisée, c'est la lithotritie extracorporelle. Une machine produit
des ondes de choc qui sont dirigées, grâce à un système
de repérage très sophistiqué, très précisément
sur le calcul. Ces ondes frappent le calcul et finissent par le faire exploser
en petits morceaux, qui seront plus facilement évacués puisque
leur diamètre sera petit. Cette intervention se réalise sous
anesthésie la plus locale possible, parfois même sans anesthésie.
Environ 60 % des calculs qui n'ont pas été évacués
naturellement peuvent ainsi être éliminés après
une ou deux séances.
Et si ça ne fonctionne pas ?
Il faut alors recourir à des méthodes plus invasives : on va
aller détruire le calcul en pénétrant directement dans
l'uretère ou dans le rein. On parle de traitement par endoscopie par
voie antérograde ou rétrograde, selon qu'on agit en amont ou
en aval du calcul.
La première méthode consiste à ponctionner la paroi de
la fosse lombaire pour arriver jusque dans le rein, créant un chenal
d'accès où l'on va poser une gaine, qui ressort donc au niveau
de la fosse lombaire. On introduit une mini-caméra qui permet de voir
dans le rein et d'aller chercher le calcul avec une pince. S'il est trop gros,
il faudra le briser en plusieurs morceaux, que l'on retirera un à un.
Plusieurs techniques existent pour faire exploser ces calculs : l'énergie
pneumatique agit un peu comme un marteau-piqueur, les ultrasons sont également
très efficaces, de même que le laser.
Parfois, notamment si le calcul est coincé dans l'uretère, on
intervient par voie rétrograde : on fait remonter l'endoscope le long
du canal de l'urètre puis dans la vessie et finalement dans l'uretère.
Les mêmes méthodes sont alors utilisées pour détruire
le calcul.
| "Non traité, le calcul fait diminuer
la fonction rénale" |
Parfois, on repère à la faveur d'un
examen des calculs dans les reins, que les médecins traitent également.
Pourquoi chercher à les éliminer s'ils sont asymptomatiques ?
Ces calculs endommagent gravement les reins sur le long terme. En 10 à
15 ans, ils peuvent provoquer une insuffisance rénale qui conduira
à la dialyse. On estime que 30 % des gens qui ont un calcul non
traité verront leur fonction rénale diminuer.
Y a-t-il un moyen d'empêcher la formation de
ces calculs, afin de s'éviter tous ces désagréments ?
Il n'y a aucune méthode qui fonctionne à 100 % mais le
mode de vie joue pour beaucoup. Et puis, cela dépend des types de calculs
dont on est victime.
Si ce sont des calculs à base d'oxalate de calcium :
- Il va falloir boire beaucoup d'eau, au moins deux litres par jour.
- La dose journalière de calcium ne doit pas dépasser les recommandations
de 600 à 1000 mg par jour, tout inclus. Attention, le calcium est important
pour le fonctionnement de l'organisme, il ne faut pas diminuer la consommation
de façon trop drastique.
- Il est important aussi de limiter la consommation d'oxalate, que l'on retrouve
essentiellement dans le chocolat. Mais là encore, ne tombons pas dans
l'excès inverse. Ce n'est pas en mangeant deux carrés de chocolat
par jour que vous aurez trop d'oxalate dans vos urines !
- L'alimentation doit être modérément salée. Le
sodium a pour effet d'entraîner le calcium avec lui dans les urines.
L'Association française d'urologie recommande également une
alimentation moyennement protéinée : la viande, c'est une seule
fois par jour.
Si ce sont des calculs à base d'acide urique :
- Boire beaucoup, des eaux riches en bicarbonates.
- Eviter les acides puriques en diminuant la consommation de vin blanc, d'abats,
en mangeant moins de viande.
Si les calculs sont liés à une infection urinaire, il faudra
tenter de limiter les facteurs favorisants de l'infection : reflux, malformation,
etc.
Tout cela est bien sûr à discuter lors d'un bilan approfondi
qui sera effectué avec un spécialiste.
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site de l'Association française d'urologie
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