Francine Caumel-Dauphin est présidente de l'organisation nationale des syndicats de sages-femmes. Son point de vue est sans appel : préparer l'accouchement permet de devenir maman plus sereinement.
Depuis quand les femmes préparent-elles leur accouchement ?
Francine Caumel- Dauphin Avec Fernand Lamaze, pionnier de la méthode dite "d'accouchement sans douleur", les femmes ont pour la première fois pris conscience qu'elles pourraient préparer leur accouchement afin qu'il se déroule dans les meilleures conditions. Avant les années 1950, elles enduraient l'évènement en serrant les dents. Depuis, elles ont compris que connaître les mécanismes du travail diminuait considérablement l'angoisse et que les techniques de respiration permettaient de mieux supporter les contractions.
L'arrivée de la péridurale a bouleversé ce shéma puisqu'elle agit directement sur la douleur. Toutefois, l'accouchement est resté générateur de stress et d'émotions extrêmement forts, justifiant l'intérêt encore bien réel d'une préparation. Les inquiétudes, si elles portent moins sur la souffrance, se sont déplacées. Sans parler des femmes qui refusent l'anesthésie et qui ont le droit de vouloir apprendre à gérer la douleur de manière naturelle.
En quoi consiste exactement cette préparation ?
Il ne s'agit surtout pas d'apprendre à accoucher. Toutes les femmes possèdent ce savoir ancestral ! La préparation sert seulement à les persuader de cette capacité, à les aider à reprendre confiance en leur propre archaïsme.
Elles apprennent à reconnaître les différentes étapes, à faire le lien entre leur ressenti et l'avancée du travail, à gérer leurs inquiétudes afin de rester zen le jour J, de vivre pleinement le moment et d'aborder leur parentalité sereinement. Bref, les femmes apprennent à "accoucher debout", au sens figuré du terme.
La préparation comporte 8 séances, remboursées par la sécurité sociale. Les points abordés sont variés : la place de la grossesse dans la vie de famille, le développement de la grossesse, les étapes le jour J, la connaissance de son anatomie, la gestion de l'effort, les mécanismes de l'accouchement, les positions possibles, le séjour à la maternité mais aussi l'allaitement, le retour à la maison...
Quelles sont les différentes manières de se préparer ?
En fonction des envies de la femme enceinte mais aussi des propositions des maternités, cette préparation peut prendre appui sur différentes techniques que sont parmi tant d'autres, l'haptonomie, la sophrologie, le yoga...
Elles peuvent être réalisées de manière collective à la maternité ou en individuel avec une sage femme libérale. Normalement, les effectifs d'un groupe ne dépasse pas 6 femmes mais dans la pratique on voit des séances de 30 personnes ! Quand les moyens de la maternité sont insuffisants, la préparation moins intime et moins personnalisée ressemble alors plus à un cours magistral et beaucoup de questions restent en suspens. Il arrive même que les séances se muent en "conditionnement", les femmes devant bien comprendre comment fonctionne l'établissement où elles sont inscrites, quelles sont les habitudes de la maison, etc. Dans ce genre de cas, les femmes sont un peu déçues.
Pourquoi les femmes ont-elles peur d'accoucher ?
Nombre de récits familiaux ou littéraires marquent les esprits en évoquant les accouchements difficiles et les conséquences désagréables d'un tel bouleversement hormonal. Puis,
les progrès de la médecine ont certes permis aux femmes de se reposer sur le personnel. Mais, aux mains des experts qui se chargent de tout depuis les premières contractions jusqu'au moment de donner le bain au bébé, elles perdent le contrôle de la situation, ce qui peut finalement devenir angoissant. En cause aussi, l'absence d'espace de parole au sein d'une communauté féminine où s'échanger des conseils et se rassurer. Sans parler de notre société qui prône des valeurs que les femmes craignent de ne plus posséder après une grossesse.
C'est la peur du corps déformé, des relations sexuelles moins épanouies, du regard différent des hommes... Enfin il ne faudrait pas oublier qu'un accouchement est en lui-même un évènement très fort. C'est à la fois une transformation du corps et une naissance. L'angoisse des complications ou encore de la mauvaise santé du nouveau-né sont compréhensibles.
Pourtant, à peine 40 % des femmes assistent à ces séances. Comment expliquer ce chiffre ?
Les femmes manquent d'information. Certaines pensent que les consultations prénatales suffiront alors que les gynécologues ne disposent
que de 10 minutes pour examiner leur patiente.
D'autres viennent vers nous les dernières semaines quand elles sont libérées de leurs contraintes professionnelles. Malheureusement il est alors trop tard ! Reste celles qui abordent une deuxième ou une troisième grossesse et savent que les séances n'aborderont pas les questions nouvelles qui les taraudent : comment éviter de refaire les mêmes erreurs, comment aimer le deuxième autant que le premier etc.
Le jour J, quels sont les enseignements qui servent le plus ?
Evidemment, personne ne peut prévoir à l'avance les conditions d'un accouchement.
Aussi aucune séance ne remplacera l'expérience. Chaque cas est particulier, chaque femme réagit différemment et doit faire son propre apprentissage sur le moment. Mais
la préparation donne des points de repères sécurisants. On connaît les différents lieux, les rôles de chacun, l'utilité des différents gestes médicaux. La femme apprendra par exemple que dès l'instant où elle sent qu'elle craque, que l'effort est trop lourd à porter, qu'elle n'y arrivera jamais, c'est que l'expulsion du bébé est vraiment très proche. Exactement comme lors d'une randonnée, si vous savez que le refuge se situe derrière cette montagne, vous retrouvez l'énergie de franchir son sommet.
Les papas doivent ils aussi se préparer ?
Oui ! Ils sont "les gardiens du temple" et ce, qu'ils décident de rester en salle de naissance ou de trépigner dans le couloir !
Leur soutien moral et physique est essentiel. En parlant avec son conjoint de la naissance, en partageant ses peurs, en évoquant ses besoins la future maman trouve du réconfort.
Dans certaines maternités, les hommes peuvent même participer à la préparation. Une femme ne fait jamais un bébé toute seule. Si elle n'a pas la chance d'être en couple, la sage-femme remplira d'autant plus son rôle de coach. Il suffit parfois d'un simple "vous allez y arriver" pour entendre les premiers cris du bébé...