Témoignages
 
Novembre 2007

IVG : "une immense détresse morale"

C'est une décision toujours difficile à prendre, mais qui est parfois nécessaire. Vos contributions témoignent de l'impact psychologique, sur le court terme mais également plusieurs années après.
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En France, ce sont environ 200 000 femmes qui interrompent volontairement leur grossesse chaque année, dont 24% n'utilisaient aucun moyen de contraception. Que ce soit pour des problèmes financiers, parce que le père ne peut assurer sa paternité ou tout simplement parce qu'elles ne veulent pas d'un enfant, les femmes qui se font avorter ont deux choix dans la manière d'opérer : jusque 7 semaines de grossesse, l'IVG médicamenteuse peut être envisagée et l'IVG par aspiration (intervention chirurgicale) peut être pratiquée, elle, jusque 12 semaines de grossesse.

IVG
 
Regrets, culpabilité, et déprime suivent généralement l'IVG.
 

Certains pays, notamment les Pays-Bas, pratiquent une politique plus souple qui permet aux "retardataires" d'aller jusqu'au bout de leur décision :
Cat : "J'ai consulté directement le planning familial (car le délai légal était dépassé) qui m'a très bien reçu, écouté, conseillé. Tout est allé très vite, il le fallait, j'étais à 18 semaines au moment de la consultation. Je suis allée en Hollande, tout s'est "bien" passé si l'on peut dire..."

Généralement, la plupart d'entre vous témoignent avoir bénéficié d'une prise en charge médicale et psychologique satisfaisante, que ce soit en clinique, au planning familial ou en hôpital. Jugés utiles et nécessaires, la prise en charge psychologique, l'écoute et le respect aident à mieux vivre ce moment difficile. Tellement difficile que ce geste est pratiqué la plupart du temps en silence :


Marie : "J'ai eu de la chance : j'ai eu affaire à une femme gynécologue à l'écoute de mon désarroi, mon mari ne voulant pas d'enfant de moi. Il était tombé amoureux d'une jeune femme à ce moment-là. J'étais dans une petite clinique, je n'ai à aucun moment ressenti de la part des infirmières et du personnel soignant de mal être, j'étais très bien prise en charge de l'entrée à la sortie. Quand je pense que j'ai fait les manifestations en 1975 pour la loi Weill sur l'IVG et que 13 ans plus tard, je passais à l'acte..."

Christine : "C'était en août 1983. J'ai été très satisfaite de la prise en charge et de la gentillesse du personnel soignant. J'ai pu avoir une consultation avec une psy et un médecin qui m'a tout expliqué. J'ai entamé une thérapie pendant un an suite à cette IVG. J'étais dans un état dépressif très important avec prise quotidienne d'antidépresseur et de Valium. A aucun moment il n'y a eu de jugement ou un regard ou un geste de la part du personnel : tout le contraire et beaucoup de compréhension. Que ce soit pour moi ou mes compagnes de chambres : nous étions 4. Et chacune avait son histoire."


La culpabilité et le regret sont des sentiments que pratiquement toutes les lectrices ont subi après l'interruption.


Cat : "Avant, j'étais très déterminée parce que je n'avais pas le choix : un enfant de 3 ans et la séparation qui arrive à 18 semaines d'une 2ème grossesse. (…) Il fallait faire ce choix difficile, douloureux. Six ans après, j'y pense souvent et bien sûr, je regrette ce choix mais il était nécessaire à ce moment là."

Lou : "C'était pour moi un immense désespoir avant et je souffre toujours depuis 29 ans, dans mon coeur et dans mes entrailles, d'avoir pris cette décision même si, heureusement, j'avais à l'époque déjà un enfant qui ne m'a donné et me donne encore aujourd'hui que du bonheur."

Marie : "Avant cette intervention, j'étais anéantie je voulais tellement cet enfant. C'était un coup de poignard pour moi, après je regrette de n'avoir pas eu le courage et la volonté pour garder cette petite fille. Et surtout aujourd'hui, à 51 ans, je rencontre pour la première fois le bonheur d'être aimée pour moi et non ce que je représente : une femme. Mais je ne puis donner un bébé à l'homme qui m'aime et que j'aime par dessus tout. Nous avons 21 ans d'écart, il souhaiterait tant une famille, il est trop tard et je vais devoir me sacrifier par amour pour le laisser faire sa vie..."

Emilie : "Je ne pensais pas être capable de le faire, avant, je clamais haut et fort que cela ne m'arriverait jamais mais la réalité a eu raison de moi. Aujourd'hui, je culpabilise encore, 5 ans après. Je suis persuadée que ma vie amoureuse désastreuse est étroitement liée à cet "acte" que je n'arrive pas à me pardonner. D'ailleurs, j'ai honte d'avouer mon IVG à mes proches. Très peu sont au courant. Et je suis persuadée que je n'aurais plus jamais d'enfants."

Plus que des regrets, certaines d'entre vous sont devenues dépressives après l'IVG. Une dépression qui ne s'atténue pas, ou peu, avec le temps :

Desesperato : "Avant : le désarroi, comment prendre la bonne décision ? Moi qui ai toujours clamer que mes enfants (j'en ai 3) sont ma plus grande richesse ! Après : je suis toujours en dépression depuis 15 ans, je ne peux vivre avec cette culpabilité, qui de plus a certainement contribuer à faire éloigner de moi mes autres enfants. Ils sont partis à l'autre bout du monde et pourtant, ils ne savent rien, mais je crois que je n'ai plus su les aimer de la même manière ! Sur le plan libido, une perte totale, ce qui n'arrange rien."

Christine : "Cela a été très dur et j'ai fait une très grosse rechute dans ma dépression autour de la date de la naissance. J'y pense encore et toujours, mais c'était la seule solution vu mon état de santé et mon état mental : si c'était à refaire je le referais sans hésiter. Mais par la suite j'ai fait très attention de ne pas me retrouver dans cette situation. En effet, en 1983, mon gynéco préconisait "une fenêtre" dans la prise de pilule pour que le corps reprenne son rythme naturel et ensuite je n'ai plus écouté ses conseils : cette "fenêtre" a été jugée inutile et risquée."

 

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