Certes, c'est accessoire, l'essentiel étant d'avoir la vie sauve. Mais
les mutilations parfois engendrées par la chirurgie contre le cancer
sont le rappel permanent de la maladie. Tout comme les effets secondaires
des traitements. Perte des cheveux et de toute la pilosité corporelle,
ongles qui tombent, parfois prise de poids : la chimiothérapie est agressive
pour l'ensemble du corps.
Ces conséquences du traitement vont disparaître peu à peu,
mais elles peuvent mener la vie dure, se souvient Brigitte : "Lorsque je
suis sortie de l'hôpital, il faisait encore froid et j'ai pu cacher l'absence
de cheveux par un bonnet ou un foulard savamment noué. Mais au printemps
ou en été, à moins de mettre une perruque que j'avais beaucoup
de mal à accepter, le problème est devenu plus difficile à
vivre. Je n'avais pas la force d'imposer mon crâne chauve aux yeux des
autres ou de supporter leur regard dans les lieux publics. J'aurais voulu
pouvoir oublier ma maladie pour renouer sereinement avec le monde normal."
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Des moyens existent pour masquer les effets de la chimio
après le traitement. Beaucoup de femmes optent pour une perruque.
© Getty Images
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Pour mieux vivre cette période transitoire, de nombreuses solutions
existent aujourd'hui. Une perruque naturelle et un maquillage bien fait peuvent
permettre de sortir en toute sérénité en attendant que le
fin duvet repousse. Petite consolation : il n'est pas rare que les cheveux qui
repoussent après une chimiothérapie soient plus beaux, plus ondulés
et plus soyeux qu'avant. Ne pas hésiter à demander au cancérologue
où l'on peut s'adresser.
Chirurgie réparatrice
Les cicatrices et les dysfonctionnements resteront, à moins de faire de
nouveau appel à la médecine. C'est souvent le cas pour les cancers
du sein ou de la peau : la chirurgie réparatrice fait des miracles en la
matière.
Yohann Derhy, chef de clinique en chirurgie réparatrice, regrette que les
cancérologues soient encore dubitatifs devant cette option. "Il arrive
même que des confrères médecins déconseillent à
leurs patients de faire appel à nous, parce qu'ils en sont restés
aux balbutiements de notre spécialité. C'est le cas de certains
gynécologues, heureusement très rares, qui déconseillent
de se faire reconstruire un sein, parce qu'ils ont vu des échecs chez certaines
de leurs patientes. Aujourd'hui, même si l'on ne peut pas écarter
le risque qu'une opération échoue, la plupart du temps ce sont
des succès qui transforment la vie du patient et qui méritent le
plus souvent de tenter l'aventure. Récemment, j'ai opéré
un homme qui n'avait plus de nez, suite à un cancer. Il a mis plusieurs
mois avant de consulter car on lui avait plutôt conseillé une prothèse.
Pourtant, il ne pouvait s'y résoudre, celle-ci lui renvoyant au quotidien
la souffrance de sa mutilation. Aujourd'hui, il a retrouvé un nez, il est
satisfait et heureux."
Toutefois, cette décision doit être celle du patient, prise en toute
conscience, souligne le Dr Dolbeault. "Je dirais qu'environ la moitié
des femmes que je rencontre et qui ont été opérées
d'un cancer du sein optent pour la chirurgie reconstructrice, estime-t-elle. Précisons
que toutes les femmes n'ont pas la possibilité de faire reconstruire un
sein, cela dépend des cas, de l'opération, du type de pathologie,
etc. Et même quand c'est possible, certaines préfèrent rester
ainsi, une façon d'assumer leur mastectomie. Alors que d'autre ne supportent
pas de se voir avec un seul sein. Tout le monde réagit différemment.
Encore une fois, l'essentiel est d'anticiper avec la personne, de bien lui expliquer
avant l'opération toutes les solutions qui s'offrent à elle, dans
son cas particulier."
Autre séquelle, moins visible mais très handicapante : la fatigue
très particulière qui suit un traitement contre le cancer. Ainsi
témoigne Andréa, de Ventabren : "Je suis fatiguée
physiquement, les traitements ont laissé des traces indélébiles,
douleurs dans les genoux, plus de force dans les bras, un estomac sensible, une
ostéoporose importante, des fatigues inexpliquées." L'ennui,
c'est que cette fatigue n'est pas vraiment visible, ni compréhensible.
"Les proches ont tendance à vouloir aller trop vite, commente le Dr
May-Levin. Ils veulent que le patient reprenne une vie normale tout de suite,
alors que la fatigue et l'état dépressif peuvent durer plusieurs
mois après la fin du traitement. Il ne faut pas s'inquiéter outre-mesure,
tout cela va revenir à la normale progressivement."
Certaines opérations, si elles laissent peu de cicatrices visibles, endommagent
notablement le fonctionnement du corps. C'est parfois le cas lorsqu'il s'agit
d'un cancer de la prostate. Il n'est pas rare que le chirurgien ne puisse éviter
de toucher les nerfs érectiles. S'ils sont endommagés, le patient
ne pourra plus avoir d'érection naturelle, même une fois le traitement
terminé. En outre, l'éjaculation devient souvent rétrograde
(elle se fait dans la vessie), ce qui empêche évidemment la procréation.
D'autres types de cancers, comme celui du larynx, sont également handicapants
: le patient ne pourra plus parler normalement et devra réapprendre à
prononcer, avec une voix métallique. Il ne faut surtout pas hésiter
à discuter de ces aspects avec le cancérologue avant l'opération.
Ainsi, il n'y aura pas de surprise à la fin du traitement et des solutions
pourront être envisagées en amont.