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Les proches sont confrontés de plein fouet à
la maladie, une situation particulièrement difficile à vivre.
© Getty Images
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Ils sont souvent oubliés des services médicaux et sociaux pendant
mais aussi après la maladie. Pourtant, les proches prennent de plein fouet
l'annonce du diagnostic, le traitement, les difficultés des malades, les
angoisses et les doutes. "J'ai toujours été sensible à
la souffrance des proches, commente Françoise May-Levin. Le cancer atteint
en fait toute la famille. C'est pourquoi nous avons créé un
groupe de paroles pour les proches, afin qu'ils puissent eux aussi partager leur
expérience et se soutenir mutuellement. Nous avons également créé
un journal, baptisé "De proche en proche"."
Le risque, même avec la meilleure volonté du monde, c'est tout de
même de vouloir aller trop vite sur le chemin de la guérison, estime
Jean-Pierre Escande. "J'étais tout le temps dans l'angoisse de la
récidive, mais ma femme et moi avons décidé, dans un accord
tacite, de reprendre la vie telle qu'elle était avant la maladie. Sauf
qu'on oublie un peu vite qu'il y a la fatigue, les séquelles
Je pense
que les proches veulent souvent brûler les étapes sans s'en
rendre compte, trop heureux de reprendre une vie normale."
Peur au ventre
"Après le premier traitement de ma femme, dans la famille, nous
avons tous eu des attitudes différentes, se souvient Jean-Pierre Escande.
Mon fils évacuait le problème en disant qu'elle était guérie.
Ma fille, elle, était dans le déni complet de la maladie. Il faut
dire que sa mère avait tout fait pour qu'on occulte la gravité de
sa maladie. Après le traitement, cela l'arrangeait donc qu'on n'en parle
plus. Personnellement, j'avais toujours la peur au ventre, surtout avant
chaque examen de contrôle. C'était une angoisse permanente. Je me
retrouvais coincé entre le fait de vouloir faire comme si de rien n'était
pour ma femme et le fait que je savais que c'était grave. Pendant et après
la maladie, je me suis raccroché à ces groupes de parole. Je n'ai
pas eu de période de déprime parce que j'ai basculé dans
l'action/réaction. Je me suis beaucoup investi à la Ligue contre
le cancer, ça a été mon combat et ça me booste aujourd'hui
encore, même si sur le plan personnel je suis détruit à vie."
Les groupes de parole se sont révélés "une
véritable thérapie. Le plus important, c'est de pouvoir parler.
Avec le malade, c'est nous qui sommes toujours attentifs, à l'écoute.
Il est indispensable qu'à un moment donné nous puissions nous aussi
faire part de nos angoisses."
Pour autant, Jean-Pierre Escande ne regrette pas d'avoir fait le choix de s'investir
à 100% pour soutenir sa femme. "De toute façon, je n'ai même
pas eu besoin de réfléchir, c'était une évidence.
Et puis, il n'y a pas que des côtés négatifs. Avec ma femme,
nous étions devenus extrêmement fusionnels, c'est très enrichissant.
Aujourd'hui, après cinq ans de combat (dont deux années de tranquillité
relative), j'ai appris à mettre de côté les petits problèmes
du quotidien. Je vais à l'essentiel, je vois les choses autrement."