Homme et animaux

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Le chien ne se contente pas d'être le meilleur ami de l'homme, il peut également être ses yeux, dans le cas des personnes déficientes visuelles. Ainsi, depuis 1952 en France, certains chiens sont spécialement dressés pour accompagner les non-voyants dans leurs trajets quotidiens. Depuis 1972, la Fédération française des associations de chiens guides d'aveugle regroupe ces écoles qui, à elles toutes, permettent de remettre environ 150 chiens chaque année à des personnes qui en ont besoin.

Chien guide d'aveugle
 
Avec un chien-guide, il devient beaucoup plus facile de mener une vie active et de se déplacer sans appréhension pour les personnes malvoyantes. © Getty Images
 

"J'ai eu mon premier chien-guide en 2003, se souvient Khadija Idamar, jeune maman non voyante de 31 ans. Oui, Ruska a changé ma vie, dans un sens, même si j'étais déjà autonome auparavant. Je me déplaçais à l'extérieur avec une canne blanche, mais elle ne voyait pas les obstacles ! Avec un chien, on est beaucoup plus rapide dans ses déplacements, beaucoup plus autonome. Aujourd'hui, c'est Bélem, un croisé Golden-Labrador, que j'emmène partout. Il est capable de trouver la bouche de métro, l'arrêt de bus le plus proche, le passage clouté, de m'emmener chez le boucher.

Depuis que j'ai un chien, j'ai beaucoup moins peur de m'aventurer dans des endroits que je ne connais pas. Si je dois aller dans un restaurant où je n'ai jamais mis les pieds par exemple, je sais que Bélem saura m'indiquer où se trouve la porte, ce genre de chose. A la base, à l'école, on lui a appris une vingtaine de mots les plus usuels. A nous d'en ajouter de nouveaux qui nous seront particulièrement utiles.

J'ai le droit d'emmener Bélem n'importe où, grâce à une loi de 2005 qui stipule que les chiens guides peuvent se rendre dans tous les lieux publics, à l'exception de ceux qui se doivent de respecter des normes d'hygiène tels que les cuisines d'un restaurant, par exemple. Grâce à cette loi, je peux l'emmener au travail (je travaille au secrétariat de la préfecture de police de Paris), chercher les enfants à la crèche, faire des courses.

"Je peux emmener Bélem n'importe où"

Pour les trajets, il porte un harnais, que je lui enlève dès qu'il est à l'intérieur. D'ailleurs, une fois à la maison, Bélem redevient un chien de compagnie, qui aime se faire câliner, joue avec les enfants. Mais attention, comme je dis toujours, il ne faut pas oublier qu'un chien-guide est avant tout un chien, avec les contraintes qui vont avec : il faut le sortir pour qu'il fasse ses besoins, le nourrir, le soigner…

Les chiens sont également une excellente aide pour socialiser ! Quand j'arrivais avec ma canne blanche au travail, on me disait tout juste bonjour. Depuis que j'ai un chien, tout le monde s'extasie devant lui, veut le caresser, veut savoir comme fonctionne un chien-guide, etc. Cela a aussi ses effets pervers et je leur rappelle que s'ils veulent me parler, ils ont plutôt intérêt à me dire bonjour en premier !

Je n'aimerais pas avoir à retourner en arrière. Entre Ruska et Bélem, j'ai passé un an et demi sans chien. Il a fallu que je reprenne ma canne et là, j'ai vraiment compris la différence. J'étais beaucoup moins rapide et sûre dans mes déplacements, du coup tout me semblait plus loin. J'ai aussi redécouvert l'existence du mobilier urbain, que mes chiens me permettent d'éviter sans avoir à cogner ma canne dedans. Bref, c'est vraiment une grande chance de pouvoir bénéficier d'un chien-guide."


Gratuit pour le bénéficiaire

Une grande chance… Totalement gratuite ! Eh oui, contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, obtenir un chien guide est totalement gratuit pour la personne demandeuse. Le long dressage des animaux est financé par les collectivités locales, les dons et les legs. C'est que le parcours avant de devenir chien-guide opérationnel est plutôt long. Tout commence vers l'âge de trois mois, juste après le sevrage. Le tout est alors confié à une famille d'accueil. Le but : le socialiser au maximum, l'habituer aux situations du quotidien pour qu'il ne prenne plus peur (passage de l'aspirateur, métro, etc.), lui faire rencontrer des gens…

A l'âge de un an, le chiot devenu grand arrive à l'école pour une formation d'environ 6 mois, où des formateurs spécialisés lui apprennent le vocabulaire de base, le confrontent aux situations qu'il rencontrera au quotidien.

"Six mois d'entraînement intensif"

Lorsqu'une personne "postule" pour obtenir un chien-guide, elle doit d'abord rencontrer le directeur de l'établissement ainsi qu'un psychologue, qui jugeront si elle est apte à s'occuper convenablement d'un chien. Tous trois se concernent également quant au type de chien souhaité. Golden Retriever, Labrador, Berger allemand, Ovoevart figurent parmi les plus courants.

Survient alors la première rencontre. Il faut qu'il y ait une alchimie qui se crée entre le chien et son futur maître, qui le choisit. Dans un premier temps, une fois que le couple est formé, le futur propriétaire du chien l'emmènera passer les week-ends chez lui, sans le faire travailler, comme un simple animal de compagnie. Cela permet à l'animal et au maître de s'apprivoiser. En outre, le chien peut commencer à prendre ses repères. Si l'expérience est concluante, le futur maître vient suivre à l'école un "stage de remise" de trois semaines. Il y apprend tout ce que le chien sait : vocabulaire, ordres mais aussi les limites du chien. Il faut apprendre à communiquer avec son chien-guide. S'ensuivent des trajets, autour de l'école mais aussi dans les endroits où se rend régulièrement le futur propriétaire : trajets maison-travail ou maison-école, supermarché, etc. Une fois la formation terminée, si elle est concluante, l'école remet au nouveau maître le harnais du chien. "Quand on lui passe le harnais, il sait qu'il va travailler", conclut Khadija Adamar.


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