INTERVIEW
 
28/03/2008

Sida : "Trouver un vaccin qui fonctionne, c'est possible"

logo Cela fait 25 ans que l'on a isolé le virus du sida. L'occasion de faire le point sur la recherche d'un vaccin contre ce fléau avec Frédéric Tanguy, responsable du laboratoire de génomique virale et vaccination de l'Institut Pasteur.
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Combien d'équipes travaillent à l'élaboration d'un vaccin contre le sida ?

Frédéric Tangy : Je ne sais pas exactement... Je pense qu'il y a une petite dizaine d'équipes qui travaillent sur ce sujet en France et environ une centaine dans le monde.

 

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"Une petite dizaine d'équipes travaillent sur ce sujet en France" © Institut Pasteur
 

Y-a-t-il eu des avancées significatives dans ce domaine ces dernières années ?

Globalement, les politiques de vaccination ont toutes été des échecs ces derniers temps. La communauté scientifique s'est inspirée des méthodes empiriques classiques pour fabriquer un vaccin contre le VIH. L'utilisation d'un virus inactivé, c'est-à-dire auquel on n'a retiré son pouvoir pathogène, s'est avéré peu efficace et peut-être dangereux. Les vaccins sous unitaires, composés de "petits bouts" de virus, ont été inopérants.

Néanmoins, trouver un vaccin qui fonctionne est possible : des essais chez les animaux ont marché, donnant une résistance durable contre l'infection. Nous commençons également à mieux connaître les mécanismes de protection des personnes dites "HIV controllers", résistantes naturellement malgré leur séropositivité. Enfin, nous avons aussi fait des progrès en ce qui concerne la connaissance des cellules mémoires de l'immunité, base d'une protection durable, et sur la propagation du virus de cellule à cellule.

 

Sur quel type de vaccination basez-vous vos recherches ?

Depuis maintenant une dizaine d'années, nous essayons de mettre au point un vaccin contre le VIH à partir d'un virus de la rougeole "atténué" : un vaccin vivant recombinant. En d'autres termes, nous cherchons à utiliser un virus de la rougeole rendu inoffensif par suppression de ses caractéristiques pathogènes. Il constituerait un vecteur. Nous souhaitons y combiner quelques gènes du VIH servant à la synthèse de ses protéines. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer GP120, molécule de surface du virus du sida. Une fois que les cellules immunitaires l'auraient intégrée, elles produiraient des particules de VIH qui seraient vides. L'idée est ensuite de faire réagir le système immunitaire contre ces particules, qui constituent alors ce que l'on nomme des "antigènes".

 

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"L'utilisation d'un vecteur basé sur le virus de la rougeole est intéressante à plusieurs niveaux." © Institut Pasteur
 

Quels sont les avantages à avoir choisi le virus de la rougeole comme vecteur ?

L'utilisation d'un vecteur basé sur le virus de la rougeole est intéressante à plusieurs niveaux. Tout d'abord, l'infection qu'il provoque est non chronique et non intégrative, ne restant pas de manière permanente dans les cellules. La rougeole s'attaque aux mêmes cellules que le virus du HIV. Parmi celles-ci : les monocytes - cellules immatures du système immunitaire -, les macrophages - dont le rôle est de dégrader les pathogènes et leur débris - et les cellules dendritiques, provoquant ainsi une immunosuppression provisoire. Ces deux derniers types sont intéressants, car ce sont eux qui sont chargés de mettre en route les lymphocytes T. Ces cellules sont destinées à la dégradation des cellules infectées. Au cours de cette activation de la production, certaines cellules T se forment, représentant la "mémoire" du système immunitaire. Leur importance est donc considérable pour une immunisation à long terme.

De plus, le virus de la rougeole est un virus avec lequel on sait travailler et auquel on peut ajouter des gènes hétérologues assez facilement (ces gènes n'appartenant pas naturellement au virus d'origine). Il est capable de contenir un génome beaucoup plus important que son patrimoine de départ. Ce n'est pas le cas pour d'autres virus comme celui de la poliomyélite ou de la fièvre jaune.

En savoir plus

Enfin, ce vaccin est très répandu et peu cher, ce qui permettrait une implémentation assez facile : les enfants pourraient être à la fois protégés contre la rougeole et le sida.

 

Pensez-vous avoir rapidement des résultats ?

Nous n'avons pas encore commencé les protocoles d'essais cliniques. Les tests sur l'homme sont assez longs, difficiles et induisent de nombreuses étapes. Ce type de travail prend en moyenne dix ans avant d'aboutir. On ne peut pas prédire de date précise.

 


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