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Décembre 2006

"Sur les 2 400 maladies rares, un traitement est disponible pour environ 100 d'entre elles"

A l'occasion du 20ème Téléthon, Jean-François Prud'homme, chercheur à Généthon, a répondu à toutes vos questions sur les maladies rares, et sur les progrès de la recherche.
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Jean-François Prud'homme est Docteur en médecine, ancien interne et assistant des Hôpitaux de Paris, ancien assistant à la Faculté de Médecine de Paris, ancien responsable de la Banque d'ADN, des cellules et de la collecte de Généthon. Il est actuellement chercheur à Généthon. Photo © L'Internaute

L'année passée, quels ont été les principaux résultats de la recherche sur les maladies rares ?
Jean-François Prud'homme : le nombre actuel de maladies rares dont le gène est identifié est d'environ 2 400. En moyenne, 2 à 3 par semaine ont été identifiés l'année derniere, multiplié par 52 semaines. En thérapie, le nombre d'essais est de 5.

Comment se définit une maladie rare ?
Par une notion épidémiologique 1 pour 2000 naissances.

Les maladies rares se manifestent-elles uniquement à la naissance ?
Non mais dans l'état des connaissances, 95% des maladies génétiques qui représentent 80% des maladies rares sont dépistées avant 15 ans.

Quelle est la différence entre thérapie génique et thérapie cellulaire ?
La première est d'introduire un gène ou de modifier l'expression d'un gène dans une cellule, la deuxième de "changer la cellule".

De nouveaux essais de thérapie génique sont-ils en cours au Généthon ? Lesquels, pour quelles maladies ?

Plusieurs projets sont en cours dont le 1er qui va démarrer dans les prochains jours, 3 sur des maladies neuromusculaires (gamma sarcoglycanopathie, calpainopathie, maladie de Duchenne et de Becker), et le dernier sur un déficit immunitaire, le syndrome de Wiskott-Aldrich Steffano.

Concrêtement au jour d'aujourd'hui l'argent des dons suffit-il à vous permettre de travailler en faisant avancer la recherche ?
Difficile à répondre car en théorie 2400 maladies (dont le gène est identifié) devraient être traitées. Les difficultés sont nombreuses : disponibilité des patients, connaissance de la maladie, moyens financiers...

J'aimerais savoir par quelle procédure l`AFM choisit les programmes de recherche qu`elle va soutenir financièrement.
Sur les conseils d'un "conseil scientifique" avec 4 commissions, le conseil d'administration de l'AFM décide ou non du financement ou du taux de financement des projets retenus.

"Il faut 4 à 20 ans entre le moment où le gène est identifié et le moment où la thérapie démarre"

Une fois qu'on a trouvé le gène d'une maladie, combien de temps faut-il à la recherche pour trouver une thérapie ?
En pratique pour les enfants bulles traités par le Pr A. Fischer, le gène a été identifié par lui-même en 1995, la thérapie a démarré en 1999. Pour la myopathie de Duchenne de Boulogne, le gène a été identifié en 1986. Des essais non concluants ont été réalisés à partir de 1995. De nouveaux essais curatifs bien sûr, avec une nouvelle technologie le saut d'exon, vont démarrer maintenant. Donc de 4 à 20 ans.

Pourquoi n'existe t-il aucun traitement efficace pour la fibromyalgie ? Où en sont les recherches ?
La condition était d'identifier au moins un gène ce qui vient d'être fait. Donc malheureusement il faut être patient.

Avec nos connaissances actuelles, pensez-vous que la sclérose en plaque pourra un jour bénéficier de la thérapie génique ?
Il existe de très nombreux travaux sur cette maladie. Le traitement par l'interféron produit par génie génétique est quand même un progrès.

Y a t-il des maladies plus "oubliées" que d'autres dans la recherche pour un traitement ? Soit parce qu'elles concernent encore moins de gens ou qu'elles nécessitent une stratégie thérapeutique difficile à mettre en place ?
Difficile de répondre, mais bien sûr les maladies comme l'Alzheimer ou le Parkinson ont une plus grande visibilié au moins médiatique.

L'industrie pharmaceutique est-elle toujours aussi frileuse quant à financer des médicaments pour les maladies rares, sachant que c'est peu rentable ?
Elle a été aussi un peu déçue par les promesses un peu trop précoces.
L'industrie pharmaceutique va revenir sous réserve que les chercheurs démontrent la réalité des traitements proposés.

Est-ce vrai que certaines maladies rares ne peuvent bénéficier de traitements parce que des labos retirent du marché certains médicaments jugés peu rentables ?
Oui, c'est effectivement le cas autant que je m'en souvienne par exemple pour des familles qui avaient besoin d'un acide aminé l'arginine pour leurs enfants. Ce produit a été retiré du marché.

"Les thérapies pour les syndromes immunitaires sont à l'évidence efficaces et ont transformé la vie d'une trentaine de patients en France et en Angleterre"

Quels sont les plus grands espoirs actuels en ce qui concerne de nouveaux traitements ?
Les thérapies pour des syndromes immunitaires sont à l'évidence efficaces (déficit en ADA, déficit en récepteur de l'interleukine 2) et ont transformé la vie d'une trentaine de patients en France et en Angleterre. Ils ont montré la faisabilité de ces traitements. Pour des maladies dermatologiques comme les formes sévères d'épidermolyse bulleuse, il existe de grands espoirs. De même dans des maladies de la rétine, et il en existe beaucoup.

La maladie mitochondriale ne bénéficie pas de traitement curatif, quelles sont les autres moyens pour aider les malades à mieux vivre ?
Je ne peux vous répondre ne connaissant pas suffisamment ces maladies. Une réponse peut vous être proposée dans la base orphanet www.orpha.net.

Comment se positionne la France dans la lutte contre les maladies rares, par rapport aux pays européens et aux USA par exemple ?
70 % de la recheche biomédicale est effectuée aux USA... En Europe, grâce au Téléthon en France, la France tient sa place.

De nouvelles maladies "rares" peuvent elles encore apparaitre et si oui, pourquoi ?
En 1965, 1 500 maladies génétiques avaient été décrites. Aujourd'hui, 6 100. La raison est la confusion initiale des maladies par les seuls critères, essentiellement cliniques, disponibles à l'époque. Quant on analyse les gènes, on ne trouve pas d'anomalies dans les gènes identifiés. Il s'agit donc de maladies qui se ressemblent, mais qui sont en fait différentes.

Qu'est-ce que la maladie de Fabry et quelles sont les avancées de la recherche ?
Trop précis (6 100 maladies....), vous pouvez vous informer sur www.orpha.net. C'est une base en français pour répondre à ce type de question avec notamment les coordonnées de l'association de patients atteints de la maladie de Fabry, les essais en cours, etc.

Combien de gènes de maladies rares les chercheurs ont-ils découvert au Généthon ?
Sur les prélèvements des patients collectés à Généthon environ 60 gènes. Grâce aux cartes du génome réalisés à Généthon 800 à 1000.

Quelles ont été les plus grandes avancées dans la recherche depuis 20 ans ?
Tous les travaux en génétique.

"Saut d'exon : les premiers essais vont être mis en place chez les patients porteurs d'un Duchenne"

Ou en est-on avec le saut d'exon?
Cette technologie développée notamment à Généthon est destinée à l'évidence à un développement considérable. Le principe est d'enlever l'anomalie présente dans un endroit défini du gène ou exon, en respectant les autres régions du gène. Pour les patients porteurs d'une anomalie précise d'un exon dans la dystrophine, les premiers essais vont être mis en place chez les patients porteurs d'un Duchenne.

Que dire de la qualité de vie et de la durée de vie des malades ? Quels sont les progrès ?
Un exemple, les patients atteints d'un Duchenne avaient il y a 20 ans un pronostic vital de 15-20 ans environ, maintenant il est passé à 35-40 ans. C'est le cas de beaucoup d'autres maladies rares. Globalement, sur les 2 400 maladies un traitement est disponible pour environ 100 d'entre elles.

Quels ont été les premiers facteurs génétiques caractérisés lors de votre recherche des gènes impliqués dans les spondylarthropathies ?
Un seul gène a été identifié à ce jour comme impliqué dans cette maladie, et il était connu depuis longtemps, c'est le HLA (B27). Des progrès devraient enfin apparaître car de nombreuses équipes dans le monde travaillent sur cette maladie.

Comment est utilisé l'argent du Téléthon ?
Jean-François Prud'homme : 55 % est consacré à la recherche, 25 % pour les patients (par exemple l'Institut de Myologie, les consultations multidisciplinaires, etc), 10% pour le Téléthon, 10% pour l'association. Les chiffres ont été contôlés plusieurs fois par la Cour des Comptes et sont disponibles sur le site www.afm-france.org.

En savoir plus : la base des maladies rares orphanet

Le site du Téléthon

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