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INTERVIEW
Juin 2006
Obésité : comment s'en sortir ?
Le Dr Sébastien Czernichow est médecin nutritionniste, chef de clinique dans le service de Nutrition du Pr Arnaud Basdevant à l'hôpital Hôtel-Dieu à Paris.
L'obésité est une maladie chronique qui passe par différents stades : prise de poids, stabilisation, perte ou reprise de poids, etc. Sa définition est basée sur le calcul de l'indice de masse corporelle ou IMC. Il est calculé en divisant le poids par la taille élevée au carré (kg/m²). Grâce à cet indice, il est possible de dépister les sujets à risque, de mettre en place des stratégies de prévention et si besoin de traitement. Concrètement, pour l'adulte, si l'IMC est inférieur à 18,5 kg/m² on parle de maigreur, si l'IMC est compris entre 18,5 et 24,9 kg/m² on parle de poids de référence, si l'IMC est compris entre 25 et 29,9 kg/m² on parle de surpoids, et enfin pour un IMC supérieur à 30 kg/m², on parle d'obésité.
L'obésité est une maladie multifactorielle qui apparaît lors d'une interaction entre le patrimoine génétique (dans certains familles l'obésité est plus fréquente) et un environnement favorable à son developpement (diminution de l'activité physique, mauvaises habitudes alimentaires…). Les deux sont complémentaires et il n'y a jamais une seule cause isolée. Cependant, il est possible qu'une situation ou un événement favorisent une obésité : une immobilité prolongée, l'arrêt du tabac, un traitement particulier, une grossesse etc.
Les complications associées à l'obésité sont nombreuses et variées : complications cardiovasculaires (hypertension artérielle, troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque…), pneumologiques (apnée du sommeil, asthme), métaboliques (excès de cholestérol, diabète), rhumatologiques (arthrose des genoux et des hanches), et certains cancers. Lorsque l'obésité est associée à un risque plus élevé de ces complications et que l'IMC dépasse 40 kg/m², on parle d'obésité massive ou morbide. Cela concerne 0,6% des français (étude Obepi 2003).
Dans un premier temps, la prise en charge est globale. Elle associe des conseils diététiques, la reprise de l'activité physique et une prise en charge psychologique. La majorité des complications liées à l'obésité peuvent être ainsi prévenues et si besoin traitées par des mesures simples. En cas de diabète par exemple, le traitement passe avant tout par l'activité physique et l'équilibre alimentaire. L'activité physique favorise en effet la perte de poids et surtout son maintien en préservant les muscles, tout en améliorant l'état de santé. La réduction de la sédentarité associée à une marche régulière de 30 à 45 minutes par jour est le premier objectif . Progressivement une activité physique plus soutenue est conseillée. Si l'IMC est supérieur à 30kg/m² un traitement médicamenteux peut également être envisagé. Il existe pour le moment deux types de médicaments dont les principes sont différents, l'un augmente la sensation de satiété (sibutramine) et l'autre limite l'absorption intestinale des graisses (orlistat).
Tout d'abord il faut éviter une perte de poids trop rapide. Tous les régimes d'exclusion qui sont trop restrictifs entraînent des fluctuations du poids, c'est le fameux phénomène du " yoyo ". Le risque est de se retrouver au final avec un poids plus élevé… Pour éviter ces fluctuations de poids, il faut mettre au point avec un diététicien un projet alimentaire réaliste. Des solutions sont proposées pour diversifier et équilibrer l'alimentation, garder un plaisir alimentaire et donc lever les « interdits » qui rendent les régimes si difficiles à tenir. Clairement, je conseille une alimentation équilibrée qui autorise tous les aliments, même si certains groupes d'aliments, qui ont une plus forte densité énergétique doivent être consommés en plus en petite quantité (produits riches en sucres et en graisses).
La chirurgie n'est envisagée que chez les personnes dont l'indice de masse corporelle (IMC) est supérieur à 40 kg/m2 ou celles pour lesquelles l'IMC est supérieur à 35 kg/m2 avec des complications associées. De plus, la décision d'intervention doit être mûrement réfléchie afin de comparer les avantages et les inconvénients de l'intervention. Pour cela, la personne obèse doit être obligatoirement suivie pendant un an par une équipe médicale composée d'un médecin nutritionniste, d'un diététicien et d'un psychologue. La décision finale se prendra avec le chirurgien et l'anesthésiste. Des réunions de patients sont même organisées dans certains services pour que les personnes déjà opérées puissent partager leurs expériences avec les futurs opérés. Par ailleurs il existe certaines contre-indications à l'intervention, notamment les troubles psychiatriques non stabilisés, les troubles du comportement alimentaire (boulimie), l'alcoolisme et les toxicomanies, les maladies hormonales et bien entendu un suivi préalable insuffisant.
Actuellement, il existe principalement deux méthodes de chirurgie. La gastroplastie tout d'abord consiste à réduire le volume de l'estomac à l'aide d'un anneau gastrique dont le diamètre peut être ajusté. Ainsi, le volume de l'estomac au-dessus de l'anneau est d'environ 15-20 ml (il ne représente plus que 15 à 20% de son volume initial). Une seconde méthode, le "by pass", consiste à réaliser un " court-circuit " digestif entre le haut de l'estomac et l'intestin grêle. Dans ces conditions, les aliments passent directement du haut de l'estomac à l'intestin. Il en résulte une diminution de la faim, une augmentation de la satiété et un certain degré de malabsorption des aliments.
Après l'opération, les habitudes alimentaires sont profondément transformées. Il faut manger en petites quantités, très lentement et mastiquer longuement… Il n'est plus possible de faire de gros repas. Il est indispensable de respecter un équilibre alimentaire pour éviter des carences nutritionnelles (fer, calcium, vitamines) et pour favoriser la perte de poids. Après une gastroplastie, il arrive que les patients aient des intolérances aux aliments solides, et des complications au niveau de l'estomac et de l'œsophage. Les courts-circuits gastriques peuvent entraîner principalement des diarrhées et un " dumping syndrome " c'est-à-dire un malaise lors de l'absorption trop rapide d'aliments. C'est la raison pour laquelle un suivi médical régulier et à long terme est impératif.
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