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INTERVIEW
 
Novembre 2006

Fabienne Rancé : "l'allergie alimentaire aurait doublé en cinq ans"

Bien qu'en pleine recrudescence, l'allergie alimentaire est encore mal connue. Quels sont les principaux aliments à éviter ? Comment faire ses courses ? Que faire quand son enfant va à la cantine ? Réponses.
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Le docteur Fabienne Rancé est pédiatre allergologue, à l'hopital des enfants du CHU de Toulouse. Elle a co-écrit la brochure "Les allergies alimentaires".

Comment peut-on définir l'allergie alimentaire ?

L'allergie alimentaire est l'ensemble des symptômes qui surviennent après l'ingestion d'un aliment. Le simple fait de sentir ou de toucher l'allergène peut aussi déclencher l'allergie. Le corps réagit en synthétisant des anticorps spécifiques, les IgE.

Dr Rancé
  • Docteur Rancé, pédiatre allergologue, CHU de Toulouse.

Il ne faut pas la confondre avec une intolérance alimentaire, où il n'y a pas de réaction immunitaire. On parle d'ailleurs de fausse allergie. Je précise que la maladie coeliaque n'est pas une allergie au gluten, mais une intolérance.

Quelles sont les allergènes les plus fréquents ?

Tout aliment est susceptible d'entraîner une réaction allergique. Reste que certains sont plus allergènes que d'autres. Chez l'enfant, les plus courants sont le lait, l'œuf, le poisson, les fruits à coque, l'arachide, le blé et la crevette. Chez l'adulte, on retrouve les mêmes allergies. S'y ajoutent les allergies croisées, soient l'association d'une allergie alimentaire avec une allergie aux pollens d'arbre. Le bouleau et la pomme, le latex avec la banane, etc.

On parle d'une recrudescence des allergies alimentaires, comment expliquer un tel phénomène ?

Les médias en parlent beaucoup. Résultat, tout le monde se croit allergique. Or, beaucoup ont été victime de fausses allergies ! Néanmoins, il est vrai de dire que l'allergie alimentaire est en constante augmentation, elle aurait doublé en plus de 5 ans. Elle touche 3,4 % de la population générale et 5 à 7 % des enfants de moins de 15 ans.

"Notre manière de manger a changé"

Les raisons sont multiples. Tout d'abord, notre manière de manger a changé. Nos repas se sont diversifiés, notamment avec l'ajout de nombreux produits exotiques tels que le sésame, les fruits à coque (noix de macadamia, noix de pécan...). Puis, nos muqueuses digestives seraient devenues plus sensibles. Enfin, la façon dont on cultive nos aliments pourrait jouer un rôle. Par exemple, une pêche qui a été cultivée de manière intensive, sécrète des protéines de stress, très allergisantes.

Quels sont les symptômes les plus courants ?

Les signes se manifestent immédiatement jusqu'à 4 h après l'ingestion de l'aliment en cause. On voit apparaître sur la peau, de l'urticaire, de l'eczéma et/ou un œdème de Quincke. Un grattage dans la bouche, des douleurs abdominales, des nausées, des vomissements, des diarrhées sont les principaux signes digestifs. Quant aux symptômes respiratoires, il y a la rhinite, la conjonctivite, la toux et la gène respiratoire.

Ces signes font penser à ceux de l'asthme. Peut-on confondre ces deux pathologies ?

Effectivement, les symptômes sont proches. D'ailleurs, ils peuvent être associés. Seul, un interrogatoire minutieux, complété par des tests cutanés et sanguins permettent de confirmer le diagnostic.

En savoir plus
  • Brochure disponible à l'association Asthme et Allergies.

Quelle est la prise en charge de l'allergie dès lors que l'allergène a été identifié ?

Il y a une panoplie de médicaments qui traitent les symptômes de l'allergie. Anti-histaminiques, corticoïdes et bronchodilatateurs sont les principaux traitements. On peut aussi administrer de l'adrénaline en cas de choc anaphylactique (une réaction allergique exacerbée tant par les symptômes que par la rapidité de leur apparition : ndlr). Bien que ce soit une réaction très rare (4 % des allergies, plus fréquemment chez l'adulte), elle peut mettre en jeu le pronostic vital. Là, une seule chose à faire : injecter l'adrénaline et appeler les secours. Au quotidien, on recommande aux allergiques d'avoir en permanence leur traitement avec eux. Ainsi, dès que les symptômes apparaissent, on peut prendre au plus tôt son traitement, ce qui le rend d'autant plus efficace.

La désensibilisation est-elle possible ?

Malheureusement, la désensibilisation - qui est efficace pour les allergies respiratoires - n'est pas encore possible pour les allergies alimentaires. Mais des études sont en cours, il y a de l'espoir. En attendant, la seule solution reste l'éviction des aliments en cause.

Comment faire ses courses quand on est allergique ?

Beaucoup de personnes allergiques consomment leurs propres préparations. Ils s'évitent ainsi tout risque d'allergie. Sinon, il reste la possibilité de regarder attentivement les étiquettes sur les emballages des aliments.

"Depuis 2005, une réglementation oblige à mentionner dans la liste des ingrédients toutes substances appartenant à la liste des 12 allergènes à étiquetage obligatoire"

Depuis le 25 novembre 2005, une réglementation oblige à mentionner dans la liste des ingrédients toutes substances ou dérivées de substances appartenant à la liste des 12 allergènes à étiquetage obligatoire. Et cela, quelque soit la quantité d'aliment. Cette inscription doit être lisible et compréhensible par tout le monde. Par exemple, il sera noté le mot œuf à la place d'albumine.

Et comment faire lorsque son enfant mange à la cantine ?

Depuis la crèche jusqu'au secondaire, dans les centres aérés et de loisirs, il existe une directive qui facilite l'insertion des enfants à l'école. Ce protocole appelé PAI (Projet d'Accueil Individualisé) peut s'adapter aux restaurations collectives. Sa mise en place se fait à la demande des parents notamment auprès du directeur d'établissement. Exceptionnellement, la restauration collective est contre-indiquée en cas d'allergie particulièrement sévère ou de comportement inadapté de l'enfant, s'il venait à prendre le repas de son copain, par exemple.

Y a t-il des moyens de prévention ?

La seule prévention s'adresse aux enfants à risque, qui ont un antécédant familial d'allergie. On recommande à la mère d'allaiter ou, le cas échéant, de nourrir son bébé avec une formule spécifique à base d'hydrolysat de protéines jusqu'à l'âge de 6 mois. Comme pour tout enfant, l'introduction des aliments est conseillé à 6 mois. En outre, depuis peu et en dehors d'allergie prouvée, on ne préconise plus d'attendre l'âge de 12 mois voire de 3 ans pour introduire les aliments dits à haut risque d'allergie. Dès 8-9 mois, l'enfant peut être éduqué à de nouvelles saveurs.

 

En savoir plus : Association Asthme et Allergies

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