La simple composition du mot lui-même suffit à en comprendre ses
implications. En grec, psycho, c'est l'esprit et soma, c'est le corps. Une maladie
psychosomatique concerne donc à la fois, et en premier, notre esprit, et
notre corps. Mal à l'aise, torturée, maltraitée par le
quotidien, notre âme va s'exprimer en maux plutôt qu'en mots, via
notre corps.
Difficile de comprendre, à première vue, comment une telle conversion
des émotions peut s'effectuer. "De nombreuses études ont pourtant
prouvé ces interactions, explique le Docteur Jean-Michel Thurin, psychiatre,
auteur de l'ouvrage "Stress, pathologies et immunité". Le stress
et l'anxiété déclenchent des processus qui peuvent faire
chuter les défenses immunitaires, qui constituent notre rempart contre
les maladies."
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Se sentir mal psychiquement conduit assez souvent à
développer plus tard des pathologies physiques. © Images
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Il s'agit là tout simplement de réactions chimiques : les émotions,
notamment le stress, induisent une sécrétion de diverses substances,
telles que l'adrénaline ou la noradrénaline dans le cas du stress,
par exemple. Ces molécules vont à leur tour jouer un rôle
sur le système endocrinien, qui régule le fonctionnement de nombreux
organes, dont le cur. Hypertension, tachycardie, augmentation de la concentration
en acides gras, de la glycémie peuvent donc être induits par une
cause psychologique.
De même, le système immunitaire est lui aussi gouverné
par ces petites molécules. Ainsi, un stress peut engendrer, selon les
cas, une chute ou une stimulation de ces globules blancs chargés de
défendre notre corps contre les attaques extérieures. Pas bon, dans
un cas comme dans l'autre. L'organisme peut alors devenir la proie plus facile
de toutes les infections ou reconnaître certaines cellules non toxiques
comme méchantes et les attaquer. Si ces cellules nous appartiennent, on
parle alors de maladie auto-immunitaire.
| "Il faut rompre le cercle vicieux" |
Vous l'aurez donc compris, bon nombre de maladies ont dont potentiellement
une composante psychosomatique. D'ailleurs, à l'instar du Dr Flory Azoulay,
praticienne à l'Institut de psychosomatique Pierre Marty à Paris,
nombre de spécialistes refusent d'employer le terme de "maladie psychosomatique".
"Pour nous, l'être humain est psychosomatique par définition.
Toute maladie peut donc être psychosomatique." "Attention, souligne
le Dr Thurin, ce n'est bien sûr pas le seul facteur qui entre en ligne de
compte. Disons qu'il y a une articulation entre le psychisme et le physique.
Soulignons également qu'il s'agit bien d'une vraie maladie, contrairement
à une idée reçue, avec de vrais symptômes, qui peuvent
être graves et qu'il faut évidemment soigner."
Certaines affections sont reconnues pour avoir une composante psychosomatique
souvent importante : maladies de peau, troubles digestifs et même certaines
formes de cancer du sein ou de la peau seraient particulièrement soumis
à nos troubles de l'humeur. Inversement, une fois que la maladie, souvent
chronique, est installée, il n'est pas rare qu'elle influe à son
tour sur le moral, surtout si elle entraîne une gêne ou un handicap
important. Un cercle vicieux qu'il va falloir rompre pour se débarrasser
de cette pathologie.