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Février 2008
"Demander aux praticiens leurs diplômes"
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Souvent perçue comme une discipline destinée à soigner le mal de dos en faisant craquer des articulations, l'ostéopathie reste méconnue. Philippe Daems, ostéopathe et membre de l'Union fédérale des ostéopathes de France, a répondu à toutes vos questions lors d'une séance de chat. |
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Philippe Daems est ostéopathe. Photo © L'Internaute
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| "Les otites sont des best-sellers pour l'ostéopathie !" |
Pouvez-vous donner une définition de l'ostéopathie ?
Philippe Daems : c'est la recherche sensitivo-manuelle des restrictions de mobilité sur un organe, un tissu musculaire, un tissu neurologique ou sur une articulation.
Quels conseils donneriez-vous pour choisir un bon praticien ?
Certains ostéopathes ont eu la chance et le privilège de pouvoir suivre un cursus complet de 4 600 heures de pratique et de théorie avec, en fin de cursus, la présentation d'un mémoire qui couronne leurs études. Certains autres ont des formations en ostéopathie qui peuvent aller de 2 mois à 3 ans à temps partiel. Il semble raisonnable de s'adresser aux praticiens, de leur demander leurs diplômes ainsi que leur parcours d'études.
Pourquoi ce métier n'est pas assez reconnu en France ? Et pourquoi les consultations ne sont pas remboursées ?
En 2002, le législateur, a reconnu la profession d'ostéopathe. Depuis 5 ans, nous demandons à obtenir des décrets permettant d'officialiser la profession, ainsi que la formation. En 2007, le législateur de la profession d'ostéopathe en fait un titre partageable par tous les acteurs du système de santé. Ce titre réduit donc la profession à une technique de traitement et non plus à une philosophie de traitement.
Le système de remboursement en France est lié à l'assujettissement du praticien au système de Sécurité sociale. En raison du titre et de son exploitation, certains praticiens sont exclus de ce système et ne peuvent donc prétendre au remboursement de leurs actes. Par contre, se met en place un système d'assurance volontaire par l'intermédiaire des mutuelles, de plus en plus nombreuses à prendre en charge tout ou partie d'un traitement d'ostéopathie, qui représente en moyenne par an 3 à 4 consultations.
Combien coûte une séance? Combien sont nécessaires pour arriver à des résultats, pour le mal de dos par exemple ?
Si on considère un ostéopathe exclusif, c'est-à-dire n'étant ni médecin ni masseur kinésithérapeute ni tout autre acteur de santé, les consultations peuvent coûter de 50 à 80 euros, chaque séance durant en moyenne 45 à 60 minutes.
Il n'existe pas de magie, un problème simple, ancien peut très bien être réglé en une à deux séances, alors qu'un problème simple récent peut demander trois à quatre séances. Il est malheureusement impossible de prédire la guérison mais si le traitement peut soulager quelques mois voire plusieurs années, le patient en est d'autant plus satisfait.
Pour ce qui est du mal de dos, malheureusement tout dépend de l'étiologie.
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Photo © L'Internaute
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| "Chaque séance durant en moyenne 45 à 60 minutes." |
Comment se déroule une consultation chez un ostéopathe ?
Bien, en général ! C'est un interrogatoire assez poussé sur le passé du patient, que ce soit au niveau affectif, traumatique, sur ses maladies simples ou chroniques, de façon à glaner le maximum d'informations sur la façon dont son organisme a pu se défendre et s'adapter à ces situations.
Ensuite, il y a un examen du dossier médical dont le patient dispose. On aura donc un bilan uniquement valable pour la séance présente, qui nous permettra ou non de prendre en charge ce patient. Si tel est le cas, on établira un diagnostic ostéopathique où nous irons à la recherche des restrictions de mobilité afin de savoir ce que nous devrons éliminer, améliorer ou faciliter pour le traitement.
La date de la séance suivante sera à l'appréciation du praticien, qui devra évaluer le temps de réaction de l'organisme du patient. En général, cette seconde séance n'intervient pas avant une vingtaine de jours, afin que les adaptations de la séance précédente puissent se faire.
Une amie m'a parlé de manipulations des articulations pendant ses consultations chez un ostéopathe, j'avoue que j'ai des réticences, est-ce douloureux, dangereux ?
En ce qui concerne les manipulations articulaires (il existe d'autres sortes de manipulation), il est effectivement regrettable que l'ostéopathie soit réduite à ce genre de termes. La libération articulaire après un traitement ostéopathique doit pouvoir se faire spontanément. Néanmoins, s'il existe en fin de séance une restriction de mobilité de l'articulation, on peut avoir recours à la manipulation articulaire non forcée, respectant les limites physiologiques de celle-ci. Ayez des réticences si vous, en tant que patiente, ne ressentez pas libre de toute contrainte cette manipulation.
L'ostéopathie est-elle une médecine préventive ou curative ?
En recherchant les dysfonctions de l'organisme créées par tout traumatisme quel qu'il soit, on peut prévenir les conséquences de ceux-ci. On se situe donc dans le cas d'une prévention.
Plusieurs années plus tard, on peut diminuer l'impact de ces traumatismes (au sens large du terme). On ne sera peut-être pas curatif mais on évitera l'aggravation.
A part le mal de dos, quelles pathologies peuvent être traitées par cette discipline ?
On peut traiter les pathologies ORL comme les otites, les sinusites, les vertiges, les maux de tête et migraines, les problèmes de déglutition suite ou non à une intervention, les problèmes d'arcade dentaire et de dents.
On traite également les problèmes pneumologiques tels que les suites et les conséquences d'interventions sur la cage thoracique, les séquelles de pneumothorax, les fibroses pulmonaires suite à une intervention ou à une infection, les problèmes digestifs tels certaines hernies hiatales, spasmes digestifs, constipation, suites de chirurgie digestive, problèmes de stases vésiculaires, stases veineuses abdominales.
On peut aussi traiter des troubles articulaires suite à des accidents ou déviations traumatiques telles que le coup du lapin, les luxations de hanche, d'épaule ou encore les déviations dites congénitales de la colonne vertébrale ayant pour origine une mauvaise mobilité viscérale en général.
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Photo © L'Internaute
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| "Un traitement est envisageable, même si le problème date de 15 ans." |
Peut-on réduire et freiner le processus de l'arthrose lombaire par l'ostéopathie ?
L'arthrose avec un grand A majuscule est une conséquence d'une usure des tissus articulaires soumis à des pressions anormales. C'est de l'usure. Pour éviter l'usure, on peut alléger l'articulation en diminuant les pressions dues en partie à des restrictions de mobilité de l'organisme.
J'ai toujours mal au dos quand je suis fatiguée, cela après mon accouchement qui date d'une quinzaine d'années. Que dois-je faire ?
Il faut déjà renseigner l'ostéopathe sur les conditions de l'accouchement, si vous avez ressenti ou non le baby blues, s'il existe des troubles circulatoires au niveau des membres inférieurs depuis cette époque... A partir de là, un traitement est tout à fait envisageable, même si le problème date de 15 ans.
Est-ce que l'ostéopathie peut faire quelque chose pour ma fille qui fait des otites à répétition ? Dans quelle mesure ?
Les otites sont des best-sellers pour l'ostéopathie ! C'est toujours pareil, il faut un bon interrogatoire des parents sur le mode de naissance, les divers traumatismes, aussi minimes soient-ils, intervenus durant la période post-natale.
Est-ce utile d'emmener un bébé qui commence à marcher chez un ostéopathe (on me l'a conseillé) ?
Au moment du passage à la stature debout, certains troubles de la statique peuvent apparaître. Il serait dommage de dire que cela s'arrangera avec le temps car le temps est compté chez l'enfant. Il réalise rapidement son schéma corporel et il me paraît simple et utile de lui donner un petit coup de pouce puisque les techniques sont à la disposition des parents.
L'ostéopathie peut-elle corriger une scoliose chez un jeune enfant (8 ans), suite à une croissance rapide de celui-ci, entraînant une jambe plus courte que l'autre ?
Si l'évolution de la scoliose dans le temps se stabilise, il sera toujours difficile d'affirmer que seul le traitement ostéopathique a agi. Par contre, doit-on se priver d'essayer d'améliorer une scoliose dite idiopathique ?
Certains ostéopathes sont accusés d'abus, notamment sexuels par leurs patientes. Ils se servent de leur jargon pour exercer des pratiques douteuses ou des attouchements. Qu'en pensez-vous ? N'y a-t-il pas un contrôle pour empêcher ces abus ?
L'éthique des ostéopathes ne doit pas différer de celle de tout le milieu médical. L'acte ostéopathique est interprétable, comme tout acte médical. Chaque pratique a son jargon, le patient a tout pouvoir pour mettre au jour les abus de chaque profession de santé.
Philippe Daems : en conclusion et en tant qu'ostéopathe exclusif, j'aimerais faire connaître aux usagers de l'ostéopathie et en quelques mots la philosophie du Dr Still, initiateur de l'esprit ostéopathique. Selon Still, "l'ostéopathe ne doit pas seulement être un forgeron et n'être capable que de frapper de grands os et de grands muscles avec un lourd marteau, mais il doit être capable d'utiliser les instruments les plus délicats du bijoutier, en ajustant les os, les nerfs et les muscles dérangés et déplacés et être capable de supprimer toutes les obstructions et partant, mettre la mécanique vitale en marche. Agir ainsi, c'est être un ostéopathe" (autobiographie - page 360).
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