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Janvier 2007

Dr Sauteraud : "soigné, le TOC s'améliore dans 70 à 80 % des cas".

Comment différencier un TOC d'un tic ou d'une petite manie ? Quelles sont les formes les plus fréquentes ? A qui s'adresser lorsque l'on est atteint de TOC ? Autant de questions qui ont été posées au Dr Sauteraud.
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Comment attrape t-on un TOC ?

Psychiatre et ancien chef de clinique des universités, le Dr Alain Sauteraud est un spécialiste du TOC et le président de l'IRCCADE. Il exerce à Bordeaux. Il est l'auteur de "Je ne peux pas m'arrêter de Laver, Vérifier, Compter", aux éditions Odile Jacob. © L'Internaute

Dr Alain Sauteraud : C'est une maladie qui, comme la plupart des maladies mentales, arrive sans raison. Dans le cas du TOC, la cause est inconnue.

Comment faire la différence entre des TOC et des petites manies ?
Les petites manies sont normales. Toute la population en a, comme vérifier la porte d'entrée quand on part en vacances, ou se laver consciencieusement les mains après avoir utilisé les toilettes publiques. Dans le cas du TOC, il y a un envahissement dans la vie du sujet, qui est perturbé dans son quotidien pendant plus d'une heure par jour. Cette durée est un critère reconnu dans le monde entier.

Le mot TOC fait un peu péjoratif car il évoque l'adjectif "toqué", les deux ont-ils un rapport ?
Effectivement, le mot TOC prête à un très mauvais jeu de mot avec le mot

"TOC est l'abréviation du terme "trouble obsessionnel-compulsif""

"toqué". En réalité, TOC est l'abréviation du terme "trouble obsessionnel-compulsif" qui est lui-même la traduction du mot anglo-saxon "Obsessive Compulsive Disorder", dont l'abréviation est OCD. On voit donc bien que ce jeu de mot possible entre "TOC" et "toqué " n'est que le fruit d'un triste hasard, blessant pour les patients.

Les TOC apparaissent-ils du jour au lendemain ou progressivement ?
Le plus souvent, progressivement en quelques mois ou années. Mais parfois, dans environ un tiers des cas, le TOC apparaît en quelques jours.

A quel âge apparaît en général le TOC
?

En moyenne vers l'âge de 12 ans, mais il faut savoir que les premières formes s'observent dès 5-6 ans et que les deux tiers des personnes qui vont souffrir de TOC ont débuté le trouble avant 25 ans. Comme la plupart des troubles mentaux, c'est une maladie du sujet jeune.

Les TOC concernent-ils plus les hommes ou les femmes ?
Autant d'hommes que de femmes pour ce qui est de la maladie. Cependant, on dit souvent que les femmes ont plus de problèmes d'obsessions de souillure et les hommes plus d'obsessions d'erreur. Reste que depuis quelques années, ces différences ont tendance à être discutées.

Quels sont les TOC les plus fréquents ?
Obsessions de souillure et d'erreur, rituels de lavage et de vérifications sont les formes les plus courantes.

L'anorexie et la boulimie sont-elles des TOC ?
Non.

Se ronger les ongles, c'est un TOC ?
Non plus.

Y a-t-il une signification particulière pour chaque TOC ? Exemple, la trichotillomanie et le refus de la féminité ?
La trichotillomanie ne fait pas partie du TOC, c'est un trouble à part. Il n'a a priori pas de rapport avec la question de la féminité. La signification en général revient un peu à la question de la cause, et on ne connaît pas de cause au TOC. Par exemple, on l'observe partout dans le monde, dans toutes les cultures, dans toutes les religions.

"La plupart des gens souffrant de TOC le cachent, le dissimulent et en ont honte."


Quelle différence entre Tics et TOC ?
C'est un peu compliqué de répondre brièvement, mais on peut dire pour simplifier qu'un tic est un un mouvement brusque qui est indépendant de toute pensée. La compulsion du TOC, quant à elle, est un geste précis qui vise à chasser une pensée, à répondre à une inquiétude. Par exemple, la compulsion de lavage vient chasser la l'inquiétude de la souillure. Le tic ne répond à rien de particulier.

Quels sont les facteurs aggravant le TOC ?
Le stress, la dépression aggravent le TOC. Mais le TOC peut naturellement être aggravé aussi par des situations concernant directement les thèmes d'obsessions. Par exemple, une femme de ménage qui aurait des obsessions de souillure, ou un veilleur de nuit qui aurait des obsessions d'erreur.

Peut-on dire que le TOC est un moyen de montrer sa souffrance et sa fragilité ? N'est-ce pas au final un appel au secours ?
Non. D'autant plus que la plupart des gens souffrant de TOC le cachent, le dissimulent et en ont honte.

Pour se débarrasser d'un TOC, un suivi psychologique ou psychiatrique est-il nécessaire ? Peut-on réellement s'en débarrasser d'ailleurs ?
Le TOC guérit rarement tout seul, spontanément. Donc, dans la plupart des cas, un traitement est nécessaire. C'est une maladie, qui, si elle est soignée, s'améliore dans la grande majorité des cas, c'est-à-dire environ 70 à 80 % des cas, et près de 20% des patients traités en guérissent.

"C'est une maladie, qui, si elle est soignée, s'améliore dans la grande majorité des cas, et environ 20% des patients traités en guérissent. "

Pendant plusieurs années, je me suis lavé les mains "30 fois" par jour. Puis ce TOC a disparu insensiblement. Y a-t-il des explications à la disparition spontanée de mon TOC ?
Probablement que vous faites partie des quelques cas qui guérissent spontanément. Cependant 30 lavages par jour ne veut pas forcément dire que vos rituels étaient graves (un sujet normal se lave 5 à 10 fois les mains par jour). Et dans les formes bénignes, on observe des évolutions qui peuvent aller vers la guérison.

Comment dépiste-t-on le TOC si les gens les dissimulent ?
Ce sont les familles qui s'en rendent compte. Il est fréquent que des parents ou des conjoints viennent me consulter alors que le sujet qui souffre refuse de venir.

Mon fils qui a 9 ans, répète souvent un mouvement de tête, je le remarque de plus en plus, pensez-vous qu'il faut que j'en parle à un psy ? Et est-ce inquiétant ?
Si vous avez un doute, allez naturellement consulter un médecin (pas forcément un psychiatre), mais ce que vous décrivez n'évoque rien d'assez précis pour parler de TOC ou de tout autre trouble.

Vaut-il mieux voir un psychiatre qu'un psychologue pour un TOC ?
Ce sont deux métiers différents. Les psychiatres sont des médecins, qui font le diagnostic et qui ont la possibilité d'utiliser des médicaments. Les psychologues quant à eux, peuvent pratiquer certaines psychothérapies à condition d'être correctement formés, car ils existent plusieurs sous spécialités de psychologues. Mon conseil est que quelqu'un qui souffre de TOC rencontre au moins une fois un psychiatre afin de discuter du diagnostic et des différentes options thérapeutiques possibles.

"Mon conseil est que quelqu'un qui souffre de TOC rencontre au moins une fois un psychiatre afin de discuter du diagnostic et des différentes options thérapeutiques possibles."


Docteur, comment savoir si un psychiatre est spécialiste des TOC ? Existe-t-il une formation spéciale?
En principe, tout psychiatre doit être capable de soigner un TOC. En revanche, tous les psychiatres ne savent pas pratiquer la psychothérapie comportementale et cognitive qui est la psychothérapie recommandée dans le TOC. Il faut que le patient le demande tout simplement au médecin.

Que pensez des thérapies comportementales et cognitives sachant qu'elles ne traitent que le symptôme et non la cause ? D'où un risque important de récidive ?
Prétendre soigner la cause du TOC est malheureusement illusoire. Cette idée que l'on pourrait traiter la cause d'une maladie mentale est une croyance culturelle issue, selon moi, à la fois d'une idéologie mentaliste (la pensée aurait une supériorité sur le corps) et moraliste (la souffrance morale ne serait pas là par hasard, comme le prétendent entre autres les religions) et aussi par le succès immense de la théorie psychanalytique, qui pourtant n'est pas validée et est abandonnée dans la plupart des grands pays développés.

Existe-t-il des TOC d'ordre sexuel ?
Oui, il existe des obsessions sexuelles, qui malheureusement n'ont rien d'agréables et ne rejoignent pas du tout les fantasmes communs. Il s'agit de l'idée obsédante que l'on pourrait sans raison, sans désir, sans volonté et sans contrôle, agresser sexuellement quelqu'un. Qui plus est, souvent quelqu'un de cher ou de fragile, comme un enfant. Ce sont des obsessions extrêmement déprimantes que les patients ont énormément de mal à livrer tellement ils en ont honte. La dépression et la honte peuvent pousser les patients jusqu'au suicide, alors que les traitements sont très efficaces.

Y a-t-il des traitements chimiques pour soigner les TOC ?
Oui, il existe une famille de médicaments très efficaces, qui s'appellent "les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine". Ces médicaments sont également anti-dépresseurs et anti-paniques mais on les utilise ici pour leur formidable effet anti-obsessionnel.

Si les TOC font partie des nouveaux symptômes de notre temps : pour quelle raisons ?
Le TOC n'est pas une "nouvelle maladie". On dispose de descriptions très précises de TOC par des médecins dès le début du 19ème siècle et la description complète date de la fin du 19ème siècle. A l'époque, on l'appelait "névrose obsessionnelle". Mais, bien avant, on note des cas décrits dans la littérature, comme par exemple la célèbre Lady Macbeth dans la pièce "Macbeth" de Shakespeare, qui, si mes souvenirs scolaires sont bons, doit dater du 17ème siècle. En revanche, il a fallu attendre le milieu des années 1960 pour disposer des premiers traitements efficaces.


En savoir plus : Institut de Recherche Comportementale et Congnitive sur l'Anxiété et la Dépression (IRCCADE).

En savoir plus : Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive (AFTCC).


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