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INTERVIEW
Janvier 2007
Dr Benhamou: "il y a 10 fois moins de décès liés à l'anesthésie qu'il y a 20 ans"
Pr Dan Benhamou dirige le département d'Anesthésie-Réanimation de l'hôpital de Bicêtre. Il est membre de la SFAR (Société Française d'Anesthésie et de Réanimation) . En quoi consiste l'anesthésie exactement ? L'anesthésie est une discipline de spécialité médicale qui comprend deux activités : l'anesthésie mais aussi la réanimation. Elle permet au patient de supporter l'acte chirurgicale. Mais aussi les actes interventionnels (examens endoscopiques, ponctions...). Sur 8 millions d'anesthésies effectuées chaque année, le tiers ne concerne pas directement la chirurgie. Notre métier d'anesthésiste-réanimateur, se déroule en trois phases :
Avant l'opération : la consultation chez l'anesthésiste est obligatoire depuis 1994. L'objectif étant de laisser le temps à l'anesthésiste de faire appel à des spécialistes ou à demander des examens complémentaires. En outre, il informe et rassure le patient sur l'anesthésie mais aussi sur l'opération chirurgicale qu'il va subir. Pendant : l'anesthésiste a pour rôle d'endormir le patient ou de désensibiliser la partie du corps à opérer. Il veille à ce que les grandes fonctions vitales soient préservées et assure le bon réveil du malade. Dans l'idéal, l'anesthésiste est présent tout au long de l'opération. Dans la réalité, il gère, le plus souvent, deux malades à la fois et n'assure que l'endormissement et le réveil, les phases les plus délicates. Le reste du temps, c'est une infirmière anesthésiste, toujours en lien avec l'anesthésiste, qui gère le sommeil du patient. Si l'opération est délicate ou qu'elle concerne un être fragile (les enfants), l'anesthésiste assiste à toute l'opération. Après : il gère le réveil du patient. Quelle est la différence entre une anesthésie génréale et une anesthésie locale ? Il y a l'anesthésie générale qui se concrétise par une perte totale de conscience du patient. Que ce soit par voie respiratoire ou par intraveineuse, on injecte un cocktail de médicaments. Certains permettent de passer de la phase d'éveil au sommeil. D'autres (analgésiques, dérivés morphiniques) évitent de ressentir la douleur. Une troisième classe (curare) relâchent les muscles, ce qui facilite l'intubation et l'opération chirurgicale. Enfin, la dernière catégorie (produits halogénés) permettent de maintenir le sommeil. Lors d'une anesthésie générale, la respiration s'arrête. On est donc obligé de la compenser en intubant le malade. L'anesthésie loco-régionale est par définition locale. La péridurale en est l'exemple le plus connu. Cette technique consiste à endormir uniquement un nerf, ce qui anesthésie le muscle ou la partie du corps qu'il innerve. L'intérêt ? Puisqu'il n'a pas été endormi, le patient récupère plus facilement. En outre, les médicaments utilisés ont des effets anesthésiants plus longs. Du coup, le malade a moins de calmants à prendre après l'opération, ceux de l'anesthésie perdurant toujours. Fort de cet avantage, ce procédé se développe de plus en plus. Aujourd'hui, il y a, chaque année, plus de 400 000 péridurales éxécutées en France. Ce sont 6 femmes sur 10 qui en bénéficient.
Pourquoi ne doit-on pas manger avant une opération sous anesthésie ? Lors de l'anesthésie, les muscles sont relâchés. Le système qui empêche la nourriture de remonter ne fonctionne donc plus. Si vous avez mangé avant une opération, les aliments peuvent remonter dans vos poumons. Quels sont les risques à chaque étape de l'anesthésie ? Les anesthésies générales sur des patients présentant des maladies cardio-vasculaires ou des problèmes respiratoires sont plus à risque. D'où l'importance de l'entretien avec l'anesthésiste avant l'opération chirurgicale. Pendant l'anesthésie, le risque le plus redouté est l'allergie à l'un des produits anesthésiants. Ce genre de complications a été très médiatisé à cause de l'accident de Jean-Pierre Chevènement. Pourtant, il est très rare. Il faut savoir que lors d'une anesthésie, il y a un décès par allergie pour 10 000 complications. C'est 100 fois moins fréquent que le risque cardiaque.
La phase de réveil était, il y a encore 10-15 ans, un moment délicat. Aujourd'hui, elle est très encadrée. Des infirmières spécialisées, assistées par des moniteurs cardio-respiratoires, surveillent attentivement les patients. Peut-on ne jamais se réveiller ? Cette angoisse nous vient de la peur de mourir. Les produits anesthésiants sont forcément éliminés en 24 heures. S'il n'y a pas de réveil, c'est qu'il y a des complications. On impose chimiquement le sommeil pour que le patient continue à se reposer et qu'il ne souffre pas. Peut-on se réveiller en plein milieu de l'opération ? Il arrive que l'anesthésie soit insuffisante. Dès lors le patient perçoit ce qu'il se passe lors de l'opération mais il ne souffre pas. La perception est surtout auditive. Nous avons des moniteurs qui surveillent l'état de sommeil du cerveau. Aussi, dès que l'on remarque des signes d'éveil, on administre à nouveau de l'anesthésiant. Que diriez-vous pour rassurer les gens qui, malgré tout, ont peur de se faire anesthésier ? Il faut les rassurer en leur disant que c'est un acte sûr. Le risque n'est évidemment pas nul mais il est très faible. Pour preuve, voici les chiffres d'une étude sur les anesthésies en France, publiée cette année. Les décès totalement secondaires à l'anesthésie (ex : l'allergie) représentent 50 décès par an, soit 7 accidents mortels par million d'anesthésies. Les décès où l'anesthésie a joué un rôle atteignent 366 accidents mortels par an soit 50 décès par million d'anesthésies. Un risque très bas puisqu'il y a 10 fois moins de décès qu'il y a 20 ans. Une baisse que l'on doit notamment à la diminution des décès au moment du réveil.
Reste que les gens continuent à se dire qu'ils peuvent bien faire partie de ces 7 décès par million d'anesthésies. Or, pour bien comprendre le risque, il faut le relativiser avec d'autres types d'accidents. 7 décès par million d'anesthésies c'est équivalent au risque nucléaire ou au risque d'un crash en avion d'une bonne compagnie. Pourtant, cela ne vous empêche pas de partir en vacances en avion ! Pour vous donner une idée, le risque naturel comme celui d'être frappé par la foudre est de 1 sur 1 million. A titre de comparaison, le risque d'accident mortel encouru par un alpiniste est de 1 pour 100 montées !
Comment se sent-on après une anesthésie ? Le patient peut avoir des frissons, car les médicaments anesthésiants gênent la thermorégulation. Dans 1/3 des cas, les personnes souffrent de vomissements ou de nausées. Sinon, on se sent également un peu "vaseux". Ces désagréments ne durent pas plus de deux jours. Y a-t-il une conduite à tenir pour que l'anesthésie se passe au mieux ? Une chose à retenir : bien suivre les recommandations de votre médecin anesthésiste. Si vous avez un traitement, il faut savoir qu'il pourra éventuellement vous demander que certains médicaments soient pris avant l'opération et d'autres non. Autrement dit, votre traitement peut être amené à changer pour le bon déroulement de l'anesthésie.
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