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INTERVIEW
 
Décembre 2006

Maurice Ferreri : "la fatigue ne doit pas être négligée, il existe des solutions."

50 % des Français se déclarent fatigués. Mais sait-on ce qu'est exactement la fatigue ? Et sachant qu'il n'existe pas une mais des fatigues, quand faut-il s'inquiéter ? Le Pr Ferreri nous répond.

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Maurice Ferreri est chef du service psychiatrie et de psychologie médicale de l'hôpital Saint-Antoine à Paris, où il existe une consultation spécialisée sur la fatigue.

A l'image du mal de dos, on parle de la fatigue comme de la maladie du siècle, comment expliquez-vous un tel "succès" ?

C'est vrai que l'on peut parler de fléau. De nos jours, la pression est partout. Notamment dans le travail où la compétitivité et le rendement sont de mise. Et c'est sans compter sur l'instabilité qui règne dans le monde du travail. Or, le stress qui en découle est un grand pourvoyeur de fatigue.

Dr Ferreri
  • Docteur Ferreri, Hôpital Saint-Antoine, Paris.

Qui sont les plus concernés ?

Parce que le monde de l'entreprise est devenu particulièrement stressant, les cadres dynamiques sont les plus exposés au stress, et donc à la fatigue. Et, plus les situations de stress se multiplient, plus le risque de fatigue augmente. Si une femme cumule activité professionnelle et activité domestique, surtout si elle n'est pas soutenue par son conjoint, elle sera particulièrement sujette à la fatigue. C'est pourquoi, les femmes semblent être plus touchées que les hommes.

Finalement à quoi ça sert la fatigue ?

La fatigue est un symptôme qui nous signale que notre corps a dépassé ses limites et qu'il a besoin de repos. Autrement dit, c'est un signal d'alarme qui indique une lutte, un effort excessif de l'organisme pour s'adapter à une situation.

"La fatigue est un symptôme qui nous signale que notre corps a dépassé ses limites et qu'il a besoin de repos."

Reste que c'est un concept très subjectif. D'un côté, il y a des manifestations précises que l'on peut mesurer. De l'autre, il y a le "ressenti" de la fatigue qui correspond à la façon dont la personne vit la situation. Les deux aspects sont importants. Surtout que, comme la douleur, nous ne sommes pas égaux face à la fatigue.

Y a-t-il des signes qui ne trompent pas ?

La fatigue peut se traduire de plusieurs façons. Au plan physique, elle se manifeste par un affaiblissement général, un épuisement mais aussi par des modifications dans la gestuelle (maladresse...). Des douleurs diverses (troubles digestifs, maux de tête, vertiges...) peuvent s'y associer.

Au plan psychique, la fatigue se concrétise par une démotivation, une anxiété, une irritabilité, une intolérance à la frustration. Ce qui peut se traduire par des difficultés de concentration, de mémorisation, une altération de la réflexion et du jugement. Typiquement, on vient de lire une page d'un livre, et on n'a rien retenu. D'autres signes tels que la perte d'appétit, la baisse de libido peuvent s'ajouter. En général, il faut se faire confiance car on sait quand on est fatigué.

Après une journée de travail intense ou une pratique sportive importante, il est normal de se sentir fatigué. Alors quand faut-il s'inquiéter ?

Que se soit après un effort physique important ou un stress transitoire lié au travail, la fatigue qui en résulte doit disparaître après quelques nuits de sommeil réparateur. Le matin, la fatigue s'est envolée ou du moins vous avez suffisamment d'allant pour aller travailler. On considère cette fatigue comme normale. Car, elle cède toujours au repos. Mais, si elle perdure, c'est qu'il y a un problème. On parle alors d'asthénie. Là, il faut chercher la cause.

Sous le terme fatigue se cachent des réalités différentes (fatigue physique, psychologique, liée à une maladie...), comment faire la distinction ?

Il existe différentes formes de fatigue selon la cause qui la sous-tend. On parlera de fatigue physique normale lorsqu'elle est liée à un excès d'effort physique.

En savoir plus
  • Le Pr Ferreri a co-écrit avec Flavie Baudrier "La fatigue", aux éditions Solar.

Elle est pathologique, si des maladies (cardiovasculaires, pulmonaires, hormonales...) en sont la cause. Dans ce cas, d'autres symptômes viennent se surajouter à la fatigue. Consulter un médecin est nécessaire. La prise de toxiques ou d'alcool ou une mauvaise utilisation de médicaments peut aussi induire une fatigue physique anormale.

De la même manière, une fatigue psychique normale sera liée à une activité psychique excessive. On parle, par exemple, de fatigue sensorielle quand une personne s'abîme les yeux après avoir travaillé trop longtemps sur l'ordinateur ; de fatigue émotionnelle à la suite d' un évènement traumatisant (conflits familiaux, décès...), etc.

La fatigue psychique pathologique peut cacher une anxiété généralisée ou une dépression. Il faut savoir que 20 % des dépressions majeures induisent une fatigue chronique.

Que dois-je faire pour me protéger efficacement de la fatigue ?

Toute sensation de fatigue ne doit pas être négligée. Ne pas en tenir compte, c'est prendre le risque de tomber dans la fatigue pathologique !

"Toute sensation de fatigue ne doit pas être négligée. Ne pas en tenir compte, c'est prendre le risque de tomber dans la fatigue pathologique !"

N'hésitez pas à changer d'activité, cela suffit pour récupérer. Laissez ainsi une place pour vos loisirs (bricolage, lecture, jardinage...). Par ailleurs, il convient de respecter quelques mesures d'hygiène et de diététiques. Evitez de prendre trop de stimulants (café, alcool et autres toxiques...). Mangez équilibrer et évitez le surpoids.

On veillera également à respecter sa propre durée de sommeil, celle qui permet de vous lever "en forme". Sachez que les premières heures de la soirée sont les plus récupératrices.

Mais si la fatigue perdure ?

Il ne faut pas rester dans une situation de stress et donc de fatigue alors qu'il existe des solutions. Consultez !

Ainsi, si le stress perdure, on peut apprendre à le gérer plus facilement. La relaxation et des techniques de respiration permettent de désensibiliser le corps aux effets du stress (tachycardie, palpitations, fatigue...). Parallèlement, on apprend à mieux s'affirmer et à mieux gérer sa colère. Ces techniques appelées TCC (pour thérapies comportementales et cognitives) donnent des résultats probants en une dizaine de séances. Ainsi, un étudiant peut tout à fait y recourir, quelque temps avant ses examens.

On peut également entreprendre, de manière plus approfondie, un travail psychanalytique. Celui-ci prendra évidemment plus de temps. Et, l'un n'empêche pas l'autre.


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