Du jour au lendemain, votre vie a basculé avec l'annonce du diagnostic. Mais ce cancer, vous avez refusé de le laisser s'installer, vous vous êtes battu et avez fini par avoir le dessus. Racontez votre expérience.
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Une mise au point
Christine
, Brive
le 08 décembre 2010
De quel cancer avez-vous souffert et comment l’avez-vous découvert ? Comment avez-vous réagi ?
Cancer du colon droit. J'étais très fatiguée depuis quelques mois et nous avons mis ça sur le compte d'une fatigue nerveuse. Prise de sang le 10/01/2010. Hémoglobine à 6, 8. Examens le 11/01 : hospitalisation, transfusions sanguines, polype au côlon et opération le 01/02/2010 ; ablation de la totalité du colon droit. Ma réaction ? Je déteste me perdre en conjectures. Quand un problème surgit je ne me pose jamais de questions car cela ne me mène à rien. Donc action. Mon médecin m'a dit que j'avais fait un déni. Je ne pense pas. C'est ma façon de gérer les problèmes. Puisque le cancer était là, il fallait le détruire. Je me suis mise "entre parenthèse" pour éviter de trop réfléchir. Comme si ce n'était pas à moi que cela arrivait. Mon médecin avait peut-être raison quand il parlait de déni. Mais ma première réaction a été : comment je vais annoncer ça à mon compagnon, à mes enfants et mes parents. C'est d'abord à eux que j'ai pensé.Quels étaient votre vie et votre état d’esprit durant le traitement ? Avez-vous toujours cru que vous vous en sortiriez ?
Après l'opération j'ai été soulagée de rentrer chez moi. J'étais même heureuse car j'étais fatiguée de mon travail. J'allais rester chez moi pendant un an, écrire peindre jardiner. Tout a changé avec la chimiothérapie commencée le 30/04/10. Ce fut la dégringolade. Je l'ai très mal vécue malgré la chance que j'ai eue de ne pas perdre mes cheveux. 12 séances en 6 mois ; j'étais dégoûtée de tout mais paradoxalement j'ai beaucoup grossi. Plus de sport, inactivité et ennui profond tout en essayant et c'est cela le plus dur de ne pas le montrer et de faire comme si de rien n'était. Tout le monde autour de moi me disait que j'avais un moral incroyable. Et je disais toujours en riant que ce coucou avait eu tort de venir nicher dans mon nid. Mais à l'antépénultième séance, j'ai commencé à vivre les séances différemment et à me dire que j'avais fait le plus dur ; il faut dire que je suis du genre hyperactive, et de devoir reconnaître ma fatigue était dur ; à aucun moment je n'ai pensé à la mort.Au bout de combien de temps le médecin vous a-t-il annoncé que vous étiez en rémission ? Quelle a été votre réaction ?
Je serai (théoriquement) en rémission dans 4 ans. J'ai toujours ma chambre implantable au cas où. Mais ce n'est pas pour moi que je m'inquiète. J'ai toujours peur d'infliger de la souffrance aux autres. Donc quand il y aura rémission c'est à eux que je penserai ; moi je sais que je ne suis que de passage ici donc maintenant ou plus tard quelle importance si ce n'est pour ceux que l'on laisse.Aujourd’hui, comment vous sentez vous physiquement et moralement ? Le cancer a-t-il changé votre façon d’appréhender la vie ?
Je vais reprendre mon travail le 12/01/2011. Je me sens fatiguée, déprimée, diminuée intellectuellement. Je peux le dire ici et cela me fait du bien de le reconnaître. Mais j'ai un médecin exceptionnel qui lit en moi d'où la reprise de travail. Il veut que je me prouve à moi-même que j'en suis capable. Ce sera un mi-temps thérapeutique. Donc je reconnais que moralement je suis "au 36ème dessous" mais j'arrive à en rire. J'ai du mal aussi à accepter mes kilos mais je pense qu'ils partiront quand j'aurais repris le travail. J'ai accepté ma cicatrice et ma bosse sur le coté droit ; mais finalement je pense que je ne m'en suis pas mal sortie. C'est juste que je ne réalise que maintenant ce qui m'est arrivé. Ce qui nous sauve c'est de toujours penser aux autres. Enfin je crois.
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