En 2004, les grandes entreprises françaises ont réalisé des bénéfices records, à l'instar de Total et de ses 9 milliards de bénéfices. Qui gagne le plus ? Où va cet argent ? Les pièces du dossier.
Année record
L'année 2004 a été particulièrement prolifique pour les grandes entreprises françaises. Comme les autres groupes pétroliers, Total a ainsi bénéficié du cours exceptionnellement élevé du pétrole, et enregistre le record absolu pour une entreprise française (Exxon Mobil est tout de même loin devant avec 25,3 milliards de dollars). Le groupe Arcelor (sidérurgie) a lui aussi profité de l'explosion de la demande mondiale d'acier, en particulier sur le marché chinois. Les grandes banques, elles, ont surfent sur la bonne forme du marché immobilier et continuent leur expansion à l'étranger.
Rang
Entreprise*
Bénéfice 2004 * (milliards d'euros)
Variation
2004/2003
1
Total
9,04
+ 23%
2
BNP Paribas
4,668
+ 24,1%
3
L'Oréal
3,626
+ 143%
4
Renault
3,551
+ 43%
5
Société générale
3,125
+ 25,4%
6
France Telecom
2,784
- 13,2%
7
Arcelor
2,314
+ 800%
8
Bouygues
0,858
+ 91%
9
Danone
0,317
+ 9,3%
10
Alcatel
0,281
+ 114 %
* Résultat net ajusté. Certains groupes n'ont pas encore publié leurs chiffres
L'arbre qui cache la forêt
La situation n'est pourtant pas rose pour tout le monde. La part des 24 plus grandes entreprises est ainsi en augmentation constante depuis 10 ans, alors que les petites et moyennes entreprises, souvent sous-traitantes des grands groupes, doivent réduire leurs marges et baisser les coûts. De plus, la croissance de ces multinationales est réalisée pour une bonne part à l'étranger, marchés sur lesquels les PME françaises ne sont pas encore suffisamment présentes.
Que faire de tant d'argent ? Malgré ces bénéfices record, les grandes entreprises ont peu investi et peu embauché. Mais que faire alors de tous ces bénéfices ? Tout simplement les redistribuer aux actionnaires : cette année, les dividendes de Total ont augmenté de 15%, ceux de la Société générale de 32%, et ceux de la BNP de 38%. Certaines entreprises comme Bouygues ajoutent même des "surdividendes". Autre solution : racheter ses propres actions pour faire monter le cours de bourse. Bref, tout cela profite peu à la croissance économique et à la création d'emploi.
Cela-dit, les entreprises françaises sont encore très loin des niveaux de rémunération des actionnaires qui se pratiquent dans certains pays. Ainsi, aux Etats-Unis, Microsoft a versé 32 milliards de dollars de dividendes en 2004. Oui mais voilà : alors que presque un ménage américain sur deux possède des actions, seuls 14,1% des Français sont actionnaires. D'ailleurs, la moitié du capital des entreprises du CAC 40 (l'indice boursier de référence) est aujourd'hui détenue par des fonds de pension américains.