Le lieutenant Romuald Malblanc, 36 ans, a participé à presque toutes les missions du Charles De Gaulle depuis son lancement. Il nous raconte sa vie à bord et son travail quotidien.
Comment avez-vous été choisi pour partir en mission sur le Charles De Gaulle ? Lieutenant Romuald Malblanc :
J'ai été affecté dans une unité Hawkeye [avion-radar], dès la première mission du Charles De Gaulle en 2000. En général, le personnel navigant est affecté à une flotille. Depuis 17 ans que je suis dans la marine, j'ai toujours été affecté dans une flotille embarquée. Mais pour travailler sur un porte-avion, il faut être passionné : les missions durent de un mois et demi à 7 mois [dans le cas de la mission Héraclès en Afghanistan en 2002].
Quelles étaient vos missions à bord ?
J'étais tacticien à bord des Hawkeye. Nous nous occupions de la surveillance autour du porte-avions, en mer et sur terre. Durant la mission Héraclès [pendant la guerre d'Afghanistan], nous étions basés au sud du Pakistan, dans les eaux internationales, et nous faisions des missions de reconnaissance jusqu'en Afghanistan. Sinon ce sont des missions d'entraînement, soit entre Français soit avec d'autres pays. Nous avons par exemple fait des exercices communs avec l'Italie, l'Inde…
Comment se déroule une journée à bord du Charles De Gaulle ?
On se lève le matin en fonction de l'heure où l'on doit partir en mission. Après le petit-déjeuner, on passe au briefing avant le vol, pour voir avec qui on va travailler (autres avions, flottilles étrangères…), et la répartition des tâches. Après on doit s'équiper : c'est assez long car on ne part pas en T-shirt ! Puis on effectue des tests avant de décoller pour la mission. Nous partons à 5 pour une mission d'une durée de 2h à 5h 30. Au retour, on fait immédiatement un débriefing d'une demi-heure environ, avec tous les gens qui ont participé à la mission. On discute des résultats, des difficultés éventuelles rencontrées, des observations… Après on peut enfin passer à la douche, et au déjeuner ou dîner selon l'heure qu'il est. Mais il faut savoir que comme on est là en permanence, il n'y a pas vraiment d'horaires de travail : on peut très bien être appelé à 22h alors qu'on regarde un film à la télévision.
Quelles sont les distractions à bord ?
Je faisais beaucoup de sport, de une heure à deux heures par jour. Ca détend vraiment après les missions ! Il y a une petite salle de musculation, ouverte à tout le personnel, avec des rameurs, des vélos… De temps en temps, une journée de "relache" est organisée, avec un tournoi de volley par exemple, ou une course de vélo (mais les vélos restent attachés !).
Qu'est-ce qui vous manquait le plus ?
Le manque d'intimité, peut-être. Il faut vraiment être prêt à la vie en communauté pour partir sur un porte-avions pendant plusieurs mois. J'étais dans une cabine avec 3 autres officiers, mais heureusement nous nous entendions parfaitement, et en 7 mois nous ne nous sommes pas disputés une seule fois ! Ce qui manque aussi au bout d'un moment, c'est la vie à l'extérieur. Je rêvais de boire un café à une terrasse !
Et la famille ?
Je suis marié [sans enfants], mais je pense que c'est plus difficile pour ma femme que pour moi : à bord on est très occupé, on n'a pas trop le temps de penser. Alors que ceux qui restent doivent trouver le temps plus long. Ceci dit, Internet a beaucoup amélioré la communication : sur les autres bateaux, on ne pouvait que passer quelques appels de temps en temps. Maintenant on s'envoie des e-mails, c'est vraiment pratique. On peut aussi téléphoner, mais ça passe par une liaison satellite, il ne faut donc pas en abuser.
Allez-vous repartir sur le Charles de Gaulle ?
Je ne pense pas, non. Je suis trop vieux pour ça (rires). Et puis je n'ai peut-être plus très envie aussi. Ca fait 17 ans que je pars en missions : j'ai aussi été sur le Foch et le Clémenceau, et d'autres bateaux. Aujourd'hui je suis basé à Paris, et je travaille à l'état-major ; nous faisons les briefings et débriefings par téléphone.