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 ACTUALITE 
(Mars 2005)

Les ratés de l'humanitaire

Des conserves distribuées sans ouvre-boîte, des médicaments périmés, des tonnes de nourriture jamais acheminées, des organisations en surnombre, les aides détournées par les autorités locales, la militarisation de l'humanitaire...Tout n'est pas idéal dans le petit monde des ONG...
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Des dons à côté de la plaque
Parfois les aides en nature se révèlent complètement en décalage par rapport aux besoins des populations, ou pire, contre-productives. Ainsi lors du Tsunami en décembre dernier les russes ont livré plusieurs tonnes de couvertures alors qu'il ne fait pas loin de 30°C en Indonésie à cette époque de l'année ! On a vu aussi dans d'autres cas des distributions de viande de porc dans des communautés musulmanes, du lait donnés à des personnes allergiques, des boîtes de sardines distribuées sans ouvre-boîte, des biscuits salés en pleine sécheresse…

Un afflux de personnes et de dons
Lors du tsunami en décembre dernier, des milliers de personnes de diverses ONG ont débarqué du jour au lendemain à Banda Aceh. Pas moins de 44 pays ont pris leurs quartiers dans la ville, avec de multiples organisations, des milliers de journalistes, etc… Tout ce personnel devant bien entendu prélever sa nourriture, eau potable dans les aides qu'ils apportaient eux-même et occuper des logements. L'aéroport de Banda Aceh n'a pas tardé à être saturé par les rotations d'avions et d'hélicoptères, les créneaux d'atterrissage étant si serrés que les cartons d'aide étaient balancés sur la piste. Les marchandises se sont ainsi accumulées à proximité de l'aéroport, pourrissant avant de pouvoir être acheminées sur place. Pharmaciens sans frontières a elle aussi dénoncé les tonnes de médicaments de toutes sortes, avec des notices écrites dans des langues inconnues du personnel médical et avec des dates de péremption trop courtes.

Le manque de coordination
Sur le terrain, il est difficile de faire le lien entre les dons et leur affectation. Les ONG reconnaissent qu'un afflux massif d'argent favorise parfois les gaspillages. Ainsi plus de 200 associations étaient présentes à Banda Aceh, alors que les besoins étaient plutôt dans les plaines côtières. De plus, chaque ONG tient à son indépendance. Le risque de double emploi est important : il arrive que 10 ou 20 ONG travaillent sur le même sujet au même moment. A cela il faut ajouter que l'arrivée des secours précède l'évaluation concrète des besoins.

Une confusion entre humanitaire et militaire
De plus en plus souvent les associations humanitaires utilisent les infrastructures et le matériel militaire pour remplir leur mission, et d'autre part les militaires n'hésitent plus à distribuer des vivres et à apporter leur aide à la reconstruction d'un village. Le Pentagone a d'ailleurs déclaré que la " militarisation des aides humanitaires " faisait partie d'une potentialité stratégique. Ainsi des largages de tracts ont lieu en alternance avec les largages de bombes et de nourriture, les soldats circulent dans des 4 x 4 blancs comme ceux des humanitaires… Résultat : le personnel des ONG est de plus en plus pris pour cible par les rebelles locaux, qui ne font plus la différence entre une aide désintéressée et la politique d'un pays.

Des causes oubliées
Si le Tsunami a donné lieu à une mobilisation sans précédent (au total, les promesses de dons publics et privés sont estimées à 10 milliards de dollars), d'autres catastrophes restent souvent dans l'ombre et ne reçoivent que peu de soutien financier et médiatique. Ainsi en Iran les victimes du séisme de Bam n'ont reçu que 2,2% de l'aide promise. Au Honduras, 5 ans après le passage du cyclone Mitch, les populations locales n'ont jamais vu la couleur des 9 milliards de dollars promis, et 20 000 personnes vivent toujours dans des abris temporaires. En 2004, l'ONU a recensé 10 causes oubliées des donateurs et des médias.

Le détournement des aides
Dans les régions peu stabilisées, ce sont souvent les responsables locaux qui s'emparent de l'aide, sans toujours la redistribuer aux populations sinistrées. D'autres en profitent pour "politiser" l'aide : en Birmanie par exemple, les organisations humanitaires doivent payer des dessous-de-table pour avoir accès à certaines zones du territoire. En Indonésie on estime que plus de 30% du milliard de dollars (755 millions d'euros) qui devait être dépensé pour la reconstruction dans le pays pourrait être volé. D'autres fois le nombre de victimes est artificiellement enflé pour obtenir davantage d'aides.
 
 [Céline Deluzarche, L'Internaute]
 
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