Dossier
 
Juillet 2007

L'économie a-t-elle les clés du bonheur ?

Sir Richard Layard Les économistes s'attaquent à une notion d'habitude réservée à la philosophie : le bonheur. Parmi eux, Sir Richard Layard dont l'ouvrage "Le prix du bonheur" vient d'être publié en français. Le bonheur vu sous un jour nouveau.
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Le prix du bonheur, Armand Colin
 
"Le prix du bonheur", de Sir Richard Layard © Ed. Armand Colin
 

Peut-on mesurer le bonheur ?

Dans "Le prix du bonheur", Sir Richard Layard, économiste et professeur à la London School of Economics, définit le bonheur comme "Ie fait de se sentir bien, d'aimer la vie et de désirer que ce sentiment perdure". Données subjectives et non quantifiables ? L'économiste pense le contraire. "Le bonheur est une dimension objective de notre existence. Et il peut être mesuré", affirme-t-il. Et il n'est pas le seul à le penser. Cette notion a fait l'objet du forum d'Istanbul, organisé par l'OCDE du 27 au 30 juin dernier, où 1 200 spécialistes se sont penchés sur la manière de mesurer le bien-être. Le royaume du Bhoutan, qui a fait du bonheur son objectif premier, préconise, depuis 1972, un indice qui fait de plus en plus parler de lui, le "Bonheur National Brut". Il est établi à partir de 9 critères, permettant d'évaluer la qualité de vie : croissance et développement économique, conservation et promotion de la culture, sauvegarde de l'environnement et utilisation durable des ressources, bonne gouvernance responsable. Il englobe le PIB (Produit Intérieur Brut) et l'IDH (Indice de Développement Humain), jugés insuffisants pour mesurer le bonheur des habitants d'un pays.

"Alors…heureux ?"

Pour mesurer le degré de bonheur d'une société, Richard Layard considère qu'il suffit de poser la question à un échantillon aléatoire et représentatif de la population : "Diriez-vous que vous êtes très heureux, plutôt heureux, ou pas très heureux ?". D'après une équipe de psychologues américains, ce sentiment varie en fonction des moments de la journée, des personnes avec qui l'on entre en interaction ou des différentes activités. Une étude statistique réalisée auprès de 900 femmes au Texas a, par exemple, démontré que les activités qui leur procurent le plus de bonheur au quotidien sont : le sexe, les contacts, le repos et la prière. En revanche, l'informatique, le ménage, le travail et les transports sont celles qui en procurent le moins. Pour être heureux, la solution est simple : faire l'amour plutôt que la vaisselle !

L'argent ne fait pas le bonheur

Le dicton populaire affirme que "l'argent ne fait pas le bonheur". Et les économistes lui donnent scientifiquement raison : Richard Layard soulève le paradoxe des sociétés contemporaines qui sont plus riches que jamais, mais de moins en moins heureuses. Malgré l'incontestable amélioration de notre qualité de vie (santé, longévité, confort…) ces 50 dernières années, nous souffrons de "malheur chronique". L'économiste va plus loin en faisant un constat accablant : dans nos sociétés, où le souci du bien commun a cédé la place à l'individualisme, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Il démontre que l'on devient plus heureux quand on devient plus riches par rapport à d'autres. En revanche, "quand des sociétés entières s'enrichissent, du moins en Occident, le bonheur ne suit pas".

Une recette miracle ?

Ces nouveaux prophètes du bonheur tentent d'apporter des solutions pour remédier à notre mal-être de privilégiés. Sir Richard Layard pose ainsi les bases d'une "science du bonheur" aux objectifs ambitieux : "faire du plus grand bonheur de tous l'objectif premier de toute politique économique et social". Un idéal auquel il ne manque que de donner des moyens. Pas de recette miracle, mais quelques mesures à appliquer permettraient de mettre nos sociétés sur une heureuse voie :
- dépenser davantage pour les pauvres, surtout dans les pays en développement.
- dépenser plus pour soigner les maladies mentales (une des principales sources de souffrance en Occident).
- subventionner les activités qui consolident le lien social (ex : vie associative) et réduire le chômage (qui isole les individus)
- interdire la publicité qui cible les enfants
- et le plus important : mettre en place un meilleur système d'éducation dispensant, entre autres, "une instruction morale".

Parfois optimiste, parfois pessimiste, Richard Layard formule des propositions audacieuses, mais réalistes, pour redonner de l'espoir aux générations à venir et des mesures à appliquer pour les politiques fassent du bonheur un objectif primordial. Seule une question subsiste : le bonheur est-il une fin en soi ? Laissons les philosophes en débattre…

 

» "Le prix du bonheur" de Richard Layard, consulter les libraires

 

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