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DOSSIER
 
Mai 2006

"Il fallait faire entrer la lumière dans le musée"

Le nouveau musée de l'Orangerie a été dessiné par l'architecte Olivier Brochet. Ce dernier a répondu aux questions de L'Internaute lors d'une visite des lieux rénovés.

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" Tout a été pensé pour porter le visiteur vers les Nymphéas. "

Quels étaient les objectifs de la restauration du Musée de l'Orangerie ?
La priorité était de faire entrer la lumière dans le musée et de créer une ambiance de "recueillement" autour des Nymphéas. En résumé : nous avons voulu redonner à l'Orangerie l'aspect que Monet avait imaginé.
Notre deuxième objectif était de présenter les toiles de la collection Jean Walter et Paul Guillaume dans un espace propre et avec une scénographie repensée.


Concrètement, qu'est-ce que cela impliquait ?

Pour la lumière, il fallait à tout prix casser le plafond construit au-dessus des Nymphéas, dans les années 60, par l'architecte Olivier Lahalle. Mais c'était très ambitieux : parmi les différents projets qui avaient participé au concours en 1998, seul le nôtre avait osé envisager de tels travaux. Le coût en était donc plus élevé et les délais plus longs. Mais c'est sans doute cela qui nous a permis de remporter le contrat. En détruisant l'étage construit dans les années 60, il nous fallait gagner de la place autre part : nous avons donc imaginé de creuser une extension sous le jardin des Tuileries pour la collection Jean Walter et Paul Guillaume.

Quelles ont été les grandes étapes du chantier ?
Il a duré environ 2 ans. Ça a commencé avec une phase de démolition, longue et difficile, puis d'excavations. Ensuite nous avons créé une verrière. Et enfin, on a creusé sur le côté, sous le jardin des Tuileries avant d'entamer la phase de construction.

Salle des Nymphéas  © Jean-Christophe Ballot / EMOC

Et "l'ambiance" ?
Il fallait créer un chemin fluide qui porte naturellement le visiteur vers les Nymphéas, sans le distraire. D'abord, vous arrivez dans le hall avec cette grande dalle de béton, très sobre. Puis vous passez par un petit vestibule extrêmement dépouillé. Deux ouvertures, l'une donnant sur la Seine, l'autre sur le jardin des Tuileries, préparent d'ores et déjà le visiteur à contempler les Nymphéas en rappelant les thèmes principaux de l'œuvre : nature et eau. Toujours dans le vestibule, nous avons rajouté une porte d'accès à la première salle des Nymphéas pour laisser le visiteur déambuler plus librement.

Quels sont les principaux changements des salles des Nymphéas ?
Le principal changement a été la disparition du plafond, ce qui a replongé les Nymphéas dans la lumière du jour. C'est un élément très important car Monet avait peint son œuvre à la lumière naturelle, dans un immense atelier à Giverny. Les murs ont été peints en blanc et le sol est très clair, toujours dans l'idée de ne pas distraire le visiteur du tableau, mais aussi pour inscrire l'œuvre dans la modernité.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées au cours des travaux ?
Deux principalement. La première a été de réaliser des travaux d'une telle

Façade arrière avant travaux.
Façade arrière après travaux. Photos © Jean-Christophe Ballot / EMOC

ampleur sans déplacer les Nymphéas. D'autres projets candidats avaient prévu de le faire, mais c'était extrêmement risqué. On a donc dû créer un coffrage de bois à un mètre de la toile, qui la protège tout en permettant d'y accéder. Juste devant la toile, il y avait un cadre avec du plastique qui permettait de contrôler l'état de la surface. Et il fallait en plus être très attentif aux vibrations.
La deuxième difficulté a été la découverte d'une partie du mur d'enceintes de Charles IX pendant les travaux. On a été contraints d'arrêter le chantier pendant près d'un an et demie pour laisser travailler les archéologues, et de modifier nos plans.


Vous avez complètement changé la présentation de la collection Paul Guillaume et Jean Walter… quelle était votre idée ?

Nous avons cherché à lui donner un espace propre en créant une extension de plus de 3 000 m² en sous-sol, avec une grande galerie sous verrière exposée à la lumière naturelle. Les autres salles, plus sombres, sont néanmoins chacune égayées par une couleur différente.


Vous avez choisi un décor sobre dans lequel le béton occupe une place très importante... quel est votre message ?

C'est vrai. Dans la galerie par exemple, on a laissé un mur de 100 mètres de long en béton brut, sur lequel on a suspendu des toiles de la collection. Cela provoque un contraste intéressant entre des cadres assez chargés et l'authenticité de la matière à l'état brut. C'est une scénographie très naturelle. Pour le mur, l'idée était de montrer l'excavation, le creux et le mur qu'on avait créés, notamment parce que le mur est particulier. Il a été coulé en une seule passe, avec un seul coffrage d'un côté puisque de l'autre côté c'est la terre du jardin.


Pour en revenir à la scénographie, comment avez-vous travaillé avec le conservateur du musée, Pierre Georgel ?

C'est un travail à quatre mains. On propose des plans puis on les travaille avec le conservateur pour la longueur des salles, leurs dimensions, les ouvertures. La présentation des œuvres commence avec l'architecture même du bâtiment.


EN IMAGES Les plus belles photos du musée de l'Orangerie
Le musée en chantier L'Orangerie restaurée

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