Harry, l'ami des tous-petits ?
Que nenni ! Dès 1999, le second tome de la série, "La
chambre des secrets", se classait premier sur la liste
des best-sellers pour adultes du très respectable New
York Times. Plus récemment, deux heures après avoir
mis à son catalogue "L'ordre du Phénix", le 5e numéro
de la saga, le site anglais Amazon classait en première
place des pré-vente la version "enfants"… talonnée par
la version "adultes". Nombreux sont en effet les Moldus
ayant largement dépassé l'âge fatidique de quinze, et
même de dix-huit ans, qui se passionnent pour les écrits
de madame Rowling. Il paraît même que certains les auraient
dissimulés derrière des journaux sérieux pour les lire
tranquillement dans les transports en commun… Evidemment
les éditeurs ont flairé le filon et rééditent toute
la série en "version adultes", en réalité un simple
changement de couverture dont les nuances s'assombrissent
et se dramatisent.
Retomber en enfance ou entamer
une critique de la société ?
C'est en général par le biais
de leurs enfants que la magie est entrée dans la vie
des fans adultes. On jette un œil sur l'épais bouquin
qui captive le petit généralement si réfractaire à
la lecture, et c'est parti… Et ces convertis ne sont
pas les moins accrochés. Jettez donc un oeil aux témoignages
d'accros de tous âges, recueillis par Antoine Guillemain
(voir notre interview)
dans son ouvrage Mon pote Harry Potter : de
Christine, 41 ans, qui souhaiterait "être la maman
de Harry" jusqu'à Catherine, 54 ans, qui "apprécie
le style satirique" en passant par Jean-François,
50 ans, touché par Harry en "héros malgré lui, plein
de faiblesses, très humain",
tous avancent des raisons différentes de l'apprécier.
Bien sûr, certains "grands"
avouent aimer retomber en enfance (comme Josette,
73 ans), mais la véritable nature de l'attraction
est bien plus complexe. Selon l'ouvrage de la philosophe
Isabelle Smadja, Harry Potter, les raisons d'un
succès, les ouvrages de JK Rowling auraient un
double niveau de lecture : celui des "petits", à qui
plaît surtout l'imagination d'un univers magique,
et celui des grands, plus attirés par les références
à notre monde réel. Critique de la société de consommation,
inspiration biblique et mythologique, allusions au
nazisme et à l'esclavage, on trouve de tout chez Harry
Potter, et les parents se délectent à repérer
les clins d'oeils divers ainsi que les morales sous-jacentes
dans les phrases sentencieuses des adultes sorciers.
Et la version "adulte" d'Harry
Potter va parfois très loin… Parmi les nombreux sites
de "fans fictions" (œuvres fantaisistes mettant en
scène les personnages de JK Rowling dans une intrigue
imaginaire), si certains se tiennent à des histoires
magiques conventionnelles, d'autres utilisent le cadre
de l'école de sorcellerie pour des récits beaucoup
moins avouables. Passionné par le sexe, la violence
ou la drogue, le pauvre Harry devient alors un personnage
peu recommandable dans ces fictions clairement interdites
aux mineurs. Selon le Washington Post, l'auteur
se dit "flattée par le phénomène authentique de fan
fiction, mais s'inquiète de contenus pornographiques
contre-indiqués pour les enfants". Chez les grands,
Harry est parfois un ami qui ne vous veut pas que
du bien…
|