La question d'une guerre communautaire à échelle régionale
entre sunnites et chiites est une question que se posent
certains observateurs. Depuis le renversement de Saddam
Hussein par les Américains en 2003, l'Irak est divisé :
la communauté chiite majoritaire, écrasée sous le régime
du dictateur sunnite, a pris les rênes du pouvoir, au détriment
de la minorité sunnite jusque-là en position dominante.
Au Liban, une coalition chiite réclame, avec le soutien
de Téhéran et de Damas, la démission du Premier ministre
sunnite Fouad Siniora. Evénements sans lien ou début d'un
affrontement global entre chiites et sunnites dans tout
le Moyen-Orient ? Est-il vraiment pertinent d'analyser
la situation du Moyen-Orient à travers le prisme
communautaire ?
La peur d'un arc chiite : la construction d'un arc "arabo-sunnite"
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La Mecque, Arabie Saoudite Photo
© DR
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Il y a quelques mois, le roi Abdallah de Jordanie a évoqué
l'émergence d'un "arc chiite" allant du Liban à l'Iran,
en passant par l'Irak. La résistance du Hezbollah (chiite)
à l'armée israélienne, lors de la guerre Israël/Liban de
l'été 2006, a suscité admiration et enthousiasme dans de
nombreux pays du Moyen-Orient, y compris dans des pays à
majorité sunnite. Certains Etats musulmans sunnites se sont
rassemblés contre ce qu'ils perçoivent comme une menace
chiite régionale. Sur un plan politique et diplomatique,
l'Arabie saoudite, l'Egypte et la Jordanie ont ainsi constitué
un "triangle arabo-sunnite" pour contrer ce qu'ils perçoivent
comme une influence iranienne grandissante, relayée par
l'impact des idées du Hezbollah auprès des opinions publiques
de ces trois pays. Cependant, bien que cette menace
soit aujourd'hui sérieusement prise en compte, l'idée
de solidarités entre sunnnites ou entre chiites transcendant
les frontières dans tout le Moyen-Orient semble pour
le moins simplificatrice et oublie les spécificités
des conflits actuels dans ces différents pays. Tous
les chiites ne sont pas nécessairement pro-iraniens.
Iran : l'amalgame politique-religion
En Iran, il est difficile d'analyser la situation politique
sans se référer à l'appartenance religieuse. En effet, l'un
et l'autre sont inextricablement liés dans ce pays où le
chiisme est religion d'Etat depuis 1979. Après la révolution
islamique, les religieux chiites ont accédé au pouvoir politique.
Une situation qui a bouleversé la donne géopolitique dans
la région : la politique étrangère de l'Iran, empreinte
de "pan chiisme" a engendré la création de mouvements radicaux
bénéficiant de son soutien direct : Nasr, puis Wahdat en
Afghanistan, les mouvements Amal et Hezbollah au Liban,
le Conseil de la révolution islamique en Irak… L'Iran
entend ainsi devenir un acteur majeur du Moyen-Orient, en
fédérant un front anti-occidental chiite : un activisme
qui effraie Washington, qui considère l'Iran comme un "état
voyou", mais aussi certains Etats arabes sunnites, au premier
rang desquels on trouve l'Arabie Saoudite.