En Côte d'Ivoire, le choix du français comme seule langue officielle
répond à une stratégie culturelle, économique
mais surtout d'unité nationale, alors même que ce n'est pas
la langue la plus parlée.
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© Getty Images
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Le dioula, langue des Ivoiriens
La langue officielle de la Côte d'Ivoire est le français. Mais la langue
véhiculaire comprise par la majorité des Ivoiriens est le dioula, langue
africaine parlée ou comprise par 20 millions de personnes en Côte
d'Ivoire, au Mali, au Burkina Faso, en Guinée et au Ghana.
Langue des commerçants, elle s'est imposée comme la langue véhiculaire
de toute l'Afrique de l'Ouest. En Côte d'Ivoire, ce dialecte s'accompagne
d'environ 70 autres langues non reconnues officiellement mais qui permettent
quotidiennement la communication entre les citoyens. Le français reste
donc la langue officielle principalement pour favoriser une ouverture sur
le monde. Dépassée dans l'usage courant par les dialectes,
il est la langue privilégiée de l'administration.
Pourquoi le français comme langue officielle ?
Dès l'indépendance en 1958, les responsables politiques ivoiriens
décident de maintenir la langue qui leur semblait la plus immédiatement disponible
et opérationnelle : celle de l'ancien colonisateur, le français. Le président
Houphouët-Boigny fut d'ailleurs l'un des grands défenseurs du français en
Côte d'Ivoire : pour lui, le français constituait le "ciment de l'unité
nationale" et ne devrait souffrir la concurrence d'aucun dialecte. Le
maintien du français en Côte d'Ivoire apparaît donc comme un moyen
de neutraliser les particularismes locaux et de fondre les groupes ethniques
en une seule nation.
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Différence entre langue et dialecte |
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Une
langue peut être officielle et nationale tandis qu'un dialecte est
un "parler" local propre à une région ou à une ethnie.
Exceptée la communication avec l'extèrieur, le dialecte est
souvent privilégié par les populations qui se sentent ainsi
"moins sous le joug des régles grammaticales".
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L'un des présidents ivoiriens de l'Assemblée nationale a déclaré aux Nations
unies à ce sujet : "L'adoption du français a sans doute été l'un
des facteurs d'unité qui ont favorisé l'aboutissement heureux et si rapide
de l'uvre de construction nationale. Le français (...) a favorisé le
regroupement de nos quelque cent ethnies." L'argument économique
est également avancé : "Le choix du français n'est
pas étranger à la croissance économique (...) de la Côte d'Ivoire. (...)
La Côte d'Ivoire a choisi un développement ouvert sur le monde extérieur
: la nécessité d'utiliser une langue internationale s'impose par de telles
considérations."
Les origines françaises de la Côte d'Ivoire
Les premiers Européens à pénétrer en Côte d'Ivoire sont les navigateurs
portugais, longeant les côtes africaines à la recherche de la route vers
l'Inde. Ils baptisent le pays "Côte des méchants hommes" ou "Côte d'Ivoire"
selon l'accueil fait par les populations. Le premier contact avec la France
date de 1637, lorsque des missionnaires débarquent à Assinie, près de la
Côte-de-l'Or (actuel Ghana). La Côte-d'Ivoire devient officiellement une
colonie française le 10 mars 1893.
Consolidée à la fin du XIXe par le capitaine Binger, premier
gouverneur de Côte d'Ivoire, le pays est inclus dans la Fédération
de l'ouest africain français appelée Afrique occidentale française (AOF).
Elle devient une colonie et un territoire d'outre-mer pendant la Troisième
République. Sujets français sans droit de représentation, les
habitants des colonies restent sous le contrôle de Vichy pendant la
Seconde Guerre Mondiale jusqu'en 1943, quand le gouvernement provisoire de
la république française prit le contrôle de l'Afrique Occidentale
française.
Après la guerre, la gratitude de la France pour la loyauté des Africains
pousse à des réformes à partir de 1946. La citoyenneté française est accordée
aux sujets africains, le droit de s'organiser politiquement leur est reconnu,
et le travail forcé aboli par la loi du 11 avril 1946. En 1956, la loi cadre
de réforme de l'outremer décida du transfert de nombreux pouvoirs de Paris
vers des autorités locales et d'une plus grande uniformisation des conditions
de vote.