Connaître avec exactitude le nombre
de couples homosexuels ayant des enfants est difficile. Patrick Festy, statisticien
à l'Ined, estime qu'il existe 30 000 à 40 000 familles homosexuelles.
Mais l'Association des parents gays et lesbiens (APGL) avance des chiffres bien
plus élevés, 100 000 familles homosexuelles et 200 à 400 000 enfants élevés
par au moins un parent homosexuel. Créée en 1986 pour défendre la cause homoparentale,
cette association, qui comptait 75 adhérents en 1995, est forte de 1 800
adhérents et d'autant de sympathisants à l'heure actuelle.
 |
| |
Le mariage : la solution pour être parents ? ©
Getty | |
Droit à la filiation
Pour
l'APGL, le pacs a été le premier pas vers le mariage homosexuel et par conséquent
le droit d'avoir des enfants, à l'instar des couples mariés hétéros. De l'homoconjugalité,
le débat s'est déplacé vers l'homoparentalité, c'est-à-dire l'existence d'un lien
juridique de filiation entre chacun des deux parents, gays ou lesbiennes, et un
enfant qui serait considéré comme le leur. Ce débat a été mis en
avant pendant la campagne présidentielle de 2007 : Ségolène Royal s'étend prononcé
plutôt en faveur de l'homoparentalité. Pour Nicolas Sarkozy, en revanche,
mariage homosexuel et homoparentalité : c'est non. "C'est mon droit de considérer
que le mariage, c'est l'institution familiale qui permet d'avoir des enfants",
avait-il réaffirmé en janvier 2007. L'élection de Nicolas Sarkozy a donc mis un
frein à toute évolution vers la légalisation du mariage homosexuel.
Deux
papas, deux mamans : c'est pour quand ?
En attendant, la famille
homosexuelle est une réalité sociale, souvent difficile à vivre pour l'un des
deux conjoints. Elle peut être le fruit d'une recomposition familiale, après une
première union hétérosexuelle. Certains couples ont aussi recours à l'aide médicale
à la procréation ou à l'adoption. Mais dans aucune de ces situations, les
deux parents ne sont juridiquement reconnus comme tel. Un seul est légalement
le parent : celui qui a fait, en tant que célibataire, les démarches
pour avoir l'enfant. Un parcours souvent semé d'embûches. Ainsi,
en janvier 2008, la Cour européenne des Droits de l'Homme a condamné
la France pour avoir refusé l'adoption à une enseignante en raison
de son homosexualité. Un arrêt qui aura des conséquences importantes
pour tous les célibataires homosexuels puisqu'on ne pourra plus leur refuser un
agrément en se basant sur leur préférence sexuelle.
Pour
l'heure donc, la famille homosexuelle n'existe pas légalement. La solution la
plus évidente resterait l'ouverture du mariage aux couples homosexuels. Une
solution que refusent encore 60 % des Français. Et sur les 30 % qui y sont
plutôt favorables, la moitié seulement accepte que des couples mariés homosexuels
aient le droit d'adopter.
» Lire
la suite : Homophobie : la justice
punit les agresseurs