Si les homosexuels sont mieux reconnus
aujourd'hui par la société, ils sont encore souventvictimes d'insultes ou d'agressions
plus ou moins graves en raison de leur orientation sexuelle. La justice française
retient depuis 2003 l'homophobie comme motif aggravant pour punir de tels actes,
au même titre que le racisme. Le point.
Les
agressions homophobes perdurent
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Le droit français punit les actes et les injures à
caratère homophobe © Getty |
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Dans son rapport 2008, l'association
SOS Homophobie a recensé 1 263 témoignages de manifestations d'hostilités
envers des personnes homosexuelles. 132 agressions physiques lui ont été
signalées (21 de moins qu'en 2006). Ces actes ont eu lieu principalement
dans quatre départements : Paris, le Rhône, le Nord et la Moselle.
Les actes
homophobes peuvent prendre plusieurs formes : insultes, gestes déplacés, harcèlement,
violences physiques et vont parfois jusqu'au meurtre. Dans son enquête sur l'homophobie
dans l'entreprise, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour
l'égalité (Halde) relève que 85 % des gays et des lesbiennes estiment
avoir déjà ressenti une homophobie "implicite" sur leur lieu de travail.
Depuis 2002, 14 hommes ont perdu la vie en raison de leur homosexualité.
Près de la moitié avaient plus de 60 ans. Plusieurs affaires d'agressions homophobes
ont été médiatisées ces dernières années comme le meurtre de François Chenu à
Reims en 2002 ou encore l'agression de Bruno Weil, en région parisienne pendant
l'été 2006. Afin de lutter contre l'homophobie, le 17 mai a été déclaré Journée
mondiale de lutte contre l'homophobie en France en 2004.
L'homophobie
devant la justice
Depuis le début des années 2000, plusieurs
lois protègent les personnes homosexuelles. La loi de modernisation sociale,
votée en 2002, interdit officiellement toute discrimination à l'embauche et dans
le monde du travail basée sur le rejet des homosexuels. La loi du 18 mars 2003
introduit l'homophobie dans le Code pénal comme circonstance aggravante d'un crime
ou d'un délit : "constitue une discrimination toute distinction opérée entre personnes
(…) à raison de leur sexe, de leurs murs, de leur orientation sexuelle".
C'est d'ailleurs sur ce même argument que la France a été
condamnée, en janvier 2008, par la Cour européenne de Justice, pour
avoir refusé l'adoption à une femme homosexuelle. Enfin, la loi
du 30 décembre 2004 pénalise les propos liés au sexe ou à l'orientation sexuelle
de la personne.
En cas de discrimination, les sanctions encourues
peuvent atteindre trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros
d'amende. Les peines maximales pour injures homophobes sont de six mois de
prison et 22 500 euros d'amende. Le député UMP du Nord
Christian Vanneste a par exemple été condamné en appel en 2007 à
9 000 euros d'amende et de dommages et intérêts pour avoir
tenu des propos homophobes dans des journaux. Sept des quatorze meurtres de personnes
homosexuelles depuis 2002 ont fait l'objet d'un procès. Cinq ont abouti à
des peines allant de douze à vingt ans de réclusion criminelle.
En 2004, l'Etat a créé la Halde, dont l'objectif est de lutter contre tous les
types de discrimination. Cet organisme peut se saisir lui-même afin d'enquêter
sur des actes supposés illégaux. Sur 4 056 réclamations enregistrées
par la Haute autorité en 2006, 1,5 % concernaient l'orientation sexuelle
(la majorité, 35 %, se rapportait à l'origine ethnique). L'un des cas emblématiques
qui lui a été soumis récemment est celui de Frédéric
Minvielle. Ce Français a été décu de sa nationalité
en mai 2008 parce qu'il a épousé aux Pays-Bas, légalement,
en 2003 un Néerlandais. Comme l'Etat français ne reconnaît
pas le mariage gay, il ne pouvait garder sa nationalité française.
Son cas est actuellement réexaminé. Il pourrait retrouver son passeport
français en 2009.
La lesbophobie
: les discriminations faites aux lesbiennes
L'association SOS
Homophobie s'est intéréssée en 2007 à un phénomène encore peu étudié : la
lesbophobie. Ce terme traduit les disriminations envers les lesbiennes. Au cours
de son enquête, SOS Homophobie a recueilli 1 793 témoignagnes. 57 %
des lesbiennes ayant répondu indiquent en avoir été victime. Parmi elles,
45 % ont été agressées verbalement ou physiquement dans leur vie quotidienne
(dans la rue,dans un lieu public, dans les transports ou en sortant de discothèque).
44 % ont été agressées dans leur famille, 24 % dans leurs relations
amicales, 24 % au travail et 18 % dans leur voisinage. Le lesbophobie
reste un sujet relativement tabou.
»
Et aussi : L'enquête
de L'Internaute sur les droits des homosexuels
» Lire
la suite : Les
bébés français naissent hors mariage